Boiretrop.fr: la lucidité a un site
Dimanche 20 Juillet 2008 Ã 14:21 par Ellan
Quelle ne fut pas ma joie lorsque je tombai, il y a dix minutes de cela, sur le site http://www.boiretrop.fr .
D'abord poussé par la curiosité, je clique sur le lien, et tombe sur un site aux illustrations modernes, comme pour toucher au mieux les jeunes, en leur parlant avec des codes qui sont sensés être les leurs. J'en déduis qu'une pertinente étude sur le comportement de la jeunesse fraçaise a été rondement menée par une délégation du ministère, qui a bien du mettre tous les moyens en oeuvre afin de débusquer une bande d'adulescents (adolescents en voie de passage à l'âge adulte), l'étalon-crédibilité.
Avec fébrilité, je parcours les différentes rubriques de cette nouvelle mine d'Or qui m'est offerte sur un plateau. Première rubrique, représentée par une sorte de couronne, et première phrase choc, totalement objective: "TROP, C'EST QUOI?!". Là, je me dis que notre cher ministère de la santé a du engager philosophes, sociologues, psychologues, psychiatres, neurologues et consorts pour définir de manière exacte un mot qui, pourtant, est une perpétuelle allusion à la subjectivité, j'ai nommé le mot "TROP". Mais, je suis content: je vois à quoi servent les impôts que je paye, en tant que bon citoyen. Et c'est parti pour la fête du bon conseil paternel, comme si le ministère de la santé vous prenait par la main, pour gentiment vous gronder, le regard empli d'empathie et de compréhension:
- "Trop, c'est le moment où l'alcool se retourne contre soi". A cette observation, je propose que nous nous retournions aussi: ainsi, nous aurons l'alcool dans le dos, et il nous suffira donc de l'ignorer comme on peut le faire avec un individu nous insultant de mots creux et vulgaires, comme si ce dernier était en proie à une alcoolisation prononcée... ce qui prouve bien que celui-ci n'a pas su se retourner au bon moment.
- "Trop, c'est lorsqu'on se met à courir des risques et lorsqu'on en fait courir aux autres...". Je propose donc d'arrêter de courir, et de marcher: ainsi, nous verrons les risques arriver de plus loin. Un peu comme lorsqu'on manque deux autostoppeuses charmantes, parce que l'on roule trop vite. En marchant, nous pourrons voir les risques sur le bord de la route, et choisir ou non de les prendre à notre bord.
- "Trop, c'est le moment où l'on se dit qu'il faudrait arrêter mais que l'on continue". Là, je dis BRAVO: où est l'empirisme dans une démarche qui consiste à s'arrêter aux premiers signes de danger?
- "Trop, c'est plus de 4 verres en une seule occasion pour les consommations festives." Deux idées fondamentales dans cette phrase. Si vous n'allez pas bien, ou que vous n'avez rien de particulier à fêter, c'est jour de fête justement: ainsi, vous pourrez consommer le nombre de verres qu'il vous plaît de vous envoyer dans le gosier. Seconde piste de réflexion: adoptons de ce pas le verre d'un litre: il semblerait qu'au bout de 4 verres d'une telle contenance, la soif inextinguible qui vous hantait en début de soirée ait disparu.
Tout excité, je passe à "L'Alcool, c'est quoi?". Dans la liste énoncée, voici ce que je peux lire: bière, whisky, pastis, rhum... et prémix. Quelle n'est pas ma stupéfaction: le prémix est donc dangereux pour notre santé: voici enfin une bonne raison d'annoncer un nouveau retard de l'album de mITYX. Vous ne voudriez quand même pas que Totocaca et moi-même nous tuions à la tâche?!
Seconce rubrique du site: les cocktails, que nous baptiserons, dans un souci de clareté, "Cocktails de l'horreur", afin de mieux coller à l'esprit global. Mon préféré est le "Bloody Shot". Je vous en cite les ingrédients: 5 doses de mix d'alcool, 2 doses de provocation, 1 dose de Vulnérabilité. Résultat énoncé: Prenez quelques verres de trop (décidément, ce mot est récurrent). Ajoutez-y quelques remarques désobligeantes. Rehaussez le tout avec une bousculade, deux ou trois regards provocateurs, (...), et un coup de poing en pleine tête, et c'est gagné!!! Enfin, pour vous, ce serait plutôt: et c'est perdu...". Saperlipopette!!! Quel humour!!! J'en suis abasourdi. Plaisantez avec tant de brio sur un sujet si sensible... voilà qui n'est donné à tout le monde! En réaction à ce très bon cocktail, je propose le "Happy Dry-Ass" (traduire par "Joyeux Cul Sec"). La recette: prenez quelques verres de pas assez, ajoutez-y de la bonne humeur et des amis, rehaussez le tout de de bonne ambiance, pimentez avec de l'humour à tout va: vous obtenez une bonne soirée, où tout le monde sait où sont ses limites, où tout le monde respecte l'autre, où personne ne s'adonne aux pulsions primates que l'on voudrait nous alléguer en guise de fardeau ancestral à chacune de nos consommations alcoolisées de trop (décidément, je ne peux me défaire de ce mot!).
Je ne ferai pas le tour de tout le site, afin de vous laisser la joie de la découvrir par vous-mêmes. Vous aurez bien entendu le droit aux "Vraies questions qu'il faut vous poser", comme "Etes-vous ivre de manière régulière?", ou encore "Avez-vous déjà consommé de l'alcool couplé avec d'autres produits (non, les petits pois et les carottes ne font pas partie de la catégorie incriminée, rassurez-vous)?".
Je tiens donc à féliciter les personnes qui ont travaillé sur ce site. Ainsi que le Minsitère qui dépense de façon totalement pertinente les deniers de la Nation. Vivement que ce dernier songe à publier un site abordant les causes de l'alcoolisme chez les jeunes, et non pas les conséquences: peut-être pourrait-on le nommer ainsi: http://www.lesjeunesboiventpouroublierqueleuravenirestbiensombre.fr .
PS: sur les 4 pages que j'ai à ouvrir pour atteindre l'outil de publication de mes articles, la publicité pour ce site est apparu à chacune des pages affichées: quelle constance que celle du ministère.