Massilia sound system / Interview de Papet J pour Damage Dread
Mercredi 3 Septembre 2008 Ã 19:35 par daddyshaved
Daddyshaved
Salut MASSILIA SOUND SYSTEM bienvenue sur la grosse radio damage dread.
Ici bàs Daddyshaved & Essem à Fontenay aux roses, où le groupe se produit ce soir, dans le cadre du festival ‘Chorus des Hauts de seine’.
Alors, félicitations pour votre action et votre son, est-ce que tu peux te présenter
Papet J
Mon nom moi c’est Papet J, je suis un des MC du Massilia depuis… très longtemps
Daddyshaved
Ça fait maintenant plus de 20 piges que vous carburez sans une altération de vos convictions et de votre état d’esprit. C’est selon l’expression occitane ‘de longue’, qui veut dire ‘sans cesse’, c’est comme la bonne marche du monde, ça se durcit…
C’est quoi la recette magique de Massilia Sound System ?
Papet J
Recette magique, hum… Y’a pas de véritable recette magique, y’a pas de recette de toute façon. Y’a une façon de faire, si ce n’est peut-être de s’être posé des bonnes questions au départ.
C'est-à-dire, quand on a choisi de faire du reggae et notamment pratiquer l’art du Sound System, c’est parce que bien sûr on avait une attirance par goût musical, et aussi que…
Très vite on s’est rendu compte qu’il y avait un truc génial dans ce style, tu prenais une face b d’un disque, et tu avais écris un petit truc le matin, le soir même tu faisais danser les gens avec ça, ça sonnait pro, tu vois, sans être obligé de répéter pendant trois mois un morceau avec un groupe.
Là tu faisais un truc qui satisfaisait, et qui avait du sens parce que ça s’adressait aux gens de ta communauté, en direct, in vivo, sur des sujets qui les concernent que vous connaissez, avec ce côté sympa, ce qui fait qu’en même temps tu as la fête, en même temps tu as les revendications, ou la critique…
Là on s’est posé des questions quant à pourquoi c’est si intéressant, et pourquoi les jamaïcains ont inventé ce truc, et pourquoi c’est si fort et que ça nous plaît ?
On y a répondu assez rapidement, on s’est dit finalement qu’ils étaient des musiciens folkloriques, qu’ils s’appuyaient sur une tradition très forte, avec des pratiques culturelles connues de tous, des petits des grands des vieux, et qu’ils avaient ce continuum là grâce à ce folklore très fort hérité du Calypso, du Mento, des chants de coton et d’Afrique aussi, où l’on retrouve cet art de la tchatche, du griot.
C’est savoureux, c’est très réactif et ça parle à tout le monde.
Ça c’était la bonne recette pour traverser les âges, sans se poser la question si je suis à la mode ou pas, et si y’a une recette peut-être que c’est celle-ci…
Daddyshaved
A la grosse radio, on s’intéresse tout particulièrement à l’auto-production. Massilia a fondé par le passé sa propre structure, quels sont pour toi les avantages d’un tel fonctionnement ?
Papet J
Massilia a fondé sa propre structure au tout début, et on a arrêté ça y’a une dizaine d’année, parce que ça devenait un peu difficile.
Il est vrai que quand j’ai créé ‘Rocker Promoçion’ en 1990 par là, c’était un peu la fin des labels alternatifs rock, qui ont créé l’épopée du rock alternatif en France, les Bondage, Gouniaf records, etc …
Pendant cette époque où ces labels étaient disons, à leur apogée, toute proportion gardée, ils n’ont jamais vendu des millions de disques, mais ont révélé des dizaines et dizaines d’artistes majeurs qui ont inspiré et fait boulèguer toute une génération…
Tous ces gens nous ont nourri, ça nous a servi.
Nous on était jeune sound system, jeunes artistes, on courait dans le pays en se débrouillant pour jouer le plus possible, avec des groupes comme les Wampas, les Ejectés, les Cafards, …
Et on était assez impressionnés de voir la réussite de ce mouvement qui s’était fait sans l’aide des majors, et simplement par des petits labels indépendants.
Tu penses bien quand on rencontrait des gens artisans de ça, on était avides de questions, comment vous avez fait, ce qui faut faire, pas faire, les majors, la sacem…
C’était une grosse nébuleuse, je veux dire aujourd’hui, y’a un grand professionnalisme de la part de la scène musicale française, que ce soit les tourneurs, les producteurs, les artistes
eux-même, à l’époque on étaient des naïfs, ça se développait à peine.
C’est vrai qu’au moment où les labels fermaient les uns après les autres à la fin des années 80, nous on a lancé le nôtre, non pas pour dire ‘y zi sont plus, nous on y vient’
C’était que nous on était à Marseille, loin des centres de décisions comme Paris…
On s’est dit faisons le depuis chez nous !
Et d’une, parce que on avait pas trop d’alternative, notre truc était neuf, personne ne connaissait, personne n’avait envie d’aller vers ça.
Donc on a crée ce label parce que personne ne voulait signer Massilia, à une époque où il était pas du tout à l’ordre du jour de signer un groupe qui se présente avec un électrophone sur scène, tu vois…
On faisait halluciner les organisateurs, quand ils voyaient qu’on n’avait pas de batterie, pas de guitare, pas de basse, « Ils arrivent avec UNE platine !! ».
Alors imagine toi un producteur, ou un distributeur, c’est même pas la peine d’y penser, ils nous prenaient pour des guignols.
Et surtout parce que Massilia s’était très vite déterminé comme un artiste qui avait un engagement et un militantisme particulier, celui du dé centralisme.
C’est pour ça quand on nous demande si on est pour les idées de gauche ou de droite, on est bien gênés pour répondre, par contre on les renvoie dos à dos sur ce sujet là, ce sont tous des jacobins…
Comment faire en sorte que les français puissent vivre libérés de la tutelle, du joug permanent de l’Etat centraliste qui siège à Paris.
On aime Paris comme on aime Marseille, les pierres, tout ça, c’est rien du tout !
(Papet se marre…)
Les parisiens sont les premiers à subir le centralisme, puisqu’ils sont à l’épicentre du séisme.
On s’est toujours élevé contre le fait qu’on ne pouvait pas réussir à faire quelque chose, si Paris ne validait pas, surtout en tant qu’artiste.
Les centres de décisions sont là, ça passe à travers un filtre qui est le même dans tous les domaines, qui correspond à des critères qui s’élaborent à Paris, qui ne tiennent pas compte de la réalité du terrain, de la diversité.
Donc c’était naturel chez nous de tenter cette expérience décentralisatrice.
Se produire depuis notre région, produire des artistes marseillais, mais aussi des gens d’autres endroits comme par exemple les Fabulous Troubadours à Toulouse.
Daddyshaved
Justement je voulais te poser une question sur le Massilia Chourmo, ce réseau associatif tissé tout au long de ces années…
Papet J
Chourmo c’est une association qui est née à Marseille et chevillée à Massilia depuis 1993.
Chourmo, ça veut dire, les rameurs de la galère, c’est la chiourme… Des gens qui sont ensemble pour promotionner certaines valeurs, certaines idées, le côté philosophique de Massilia, sachant que ! nous n’avons jamais été des idéologues…
Pas d’idéologie, encore moins de dogme, c’est une proposition ouverte, qui est l’étude de l’identité choisie, l’identité obligatoire ne nous intéresse pas.
C’est un concept à remplir de sens. Puisque personne ne le fait nous on s’en empare.
C’est un réflexe de la pensée française, que dès que quelqu’un parle de chez lui, parle d’identité, les oreilles se ferment automatiquement. C’est à l’école qu’on t’a appris à penser et à réagir comme ça, c’est un réflexe paranoïaque.
La Chourmo a un conseil d’administration qui se réunit souvent, qui tente de mettre en pratique les idées que Massilia promotionne :
Le souci majeur de vivre ensemble, et d’améliorer la vie de chacun par l’effort et l’implication collective.
C’est pas bêtifier, et c’est pas être utopique que de penser ça…
Daddyshaved
Suite à la sortie du dernier album ‘Oai & libertat’ en octobre 2007, vous êtes en tournée depuis plusieurs mois, comment se passent ces retrouvailles avec le public de Massilia, et d’ailleurs, qui se déplace voir Massilia…
Papet J
Toutes sortes de gens et de plus en plus variés.
Ces dernières années, on trouve que c’est un public de plus en plus jeune, ça fait plaisir…
Une grosse proportion de filles, ce qui fait encore plus plaisir, faut pas oublier on fait la musique c’est pour les filles aussi, hein ?
Souvent quand on commence comme ça, petit groupe de quartier, c’est pour impressionner les copines.
Des gens de tous horizons, et qui viennent aussi en famille. Ça me fait du bien et ça me rassure de savoir que des gens écoutent nos chansons en famille, je trouve ça fort.
Tu as le sentiment d’avoir fait ton truc comme il faut
Daddyshaved
Le titre de ce nouvel opus respire la santé et la lutte, une vraie campagne politique, on vous sent bien énervés… des précisions svp sur le sens de ce nouvel album, et sur l’état d’esprit dans lequel il a été composé
Papet J
On essaie de ne pas être agressifs, c’est un album revendicatif, un album de militants, de gens qui s’emparent d’une époque et qui la passe à la moulinette de leur propre réflexion.
On prend les thèmes, on les met sur l’établi et on utilise toujours les mêmes outils.
Ce qui nous intéresse de savoir, où en est aujourd’hui notre ville Marseille, cet espèce de gros chantier – laboratoire, qui sert à mettre notre ville au même format que les grandes villes du nord…
Comme si tout devait se ressembler. Des poteaux comme ça, des dallages comme çi, des magasins avec telle enseigne, telle couleur, tel truc…
Tu commences à traverser finalement toutes les grandes villes d’Europe tu as l’impression de pas avoir bougé de place.
Daddyshaved
Là exactement ou les échoppes sont remplacées par des banques ?
Papet J
Voilà ! Et cette mondialisation là ne nous intéresse pas trop, on y voit à terme une vie d’ennui, pour nos enfants mais déjà pour nous, tu vois !
Ce côté bien aseptisé, rien qui dépasse, restez chez vous avec votre télé et votre Internet…
Le meilleur des mondes…
Et le revers de la médaille, c’est que… C’est pas un monde, mais deux, avec une fracture terrible au milieu.
Ceux qui peuvent se payer le luxe de cette asepsie, de cette sécurité d’avoir toujours ses produits, ses ceci, ses celà, … rassurant, bien propre et tout
Et puis ceux qui n’auront pas les moyens, qui n’auront rien du tout…
Ce n’est pas de la science fiction.
Donc oui cet album essaie de mettre le doigt une fois de plus sur ces problèmes là, en montrant qu’en 2008 ils sont encore plus aigus qu’avant.
Ça n’a pas fini d’aller dans du négatif si on laisse faire des gens, qui avec le sourire…
Viennent vous dire très convaincants qu’ils ne pensent qu’à notre bien.
Et qui prennent des mesures qui sabrent un peu plus les libertés, le jugement, le droit à ceci, la qualité de celà, la santé, l’éducation…
Tout est rongé par la base. Un jour ou l’autre on risque de se retrouver dans la merde, je veux dire avec de la violence, où le plus démuni va ne plus hésiter à s’en prendre à celui qui a juste un peu plus que lui.
Daddyshaved
Comme on peut voir dans certains pays dits tiers-mondistes ou émergents…
Papet J
A la limite ces pays sont sur une courbe ascendante. C’est nous qui allons vers une courbe descendante.
L’individu lambda vivant dans les pays occidentaux se déshumanise au point, où effectivement la vie de l’autre ne compte plus. On peut en arriver à du barbarisme… Et ne pas y voir le problème, le côté amoral de la situation…
Daddyshaved
Un petit big up pour l’émission de reggae damage dread ?
Papet J
Alors on va faire un grand aïoli pour Damage Dread !
Ok ? Tu le sais, avec Damage Dread, tu écoutes la radio sur Internet
Tu fumes un bambou et tu es bien raide
Damage Dread, l’émission qui te rend raide
Merci Papet