Le football est LA Philosophie
Dimanche 29 Mars 2009 Ã 20:19 par totocaca
S’intéresser au football, c’est être philosophe. Philisophe, oui, semblable à cet homme qui se penche au dessus d’une lucarne pour y comprendre l’Homme, sa société, ses angoisses.
Seulement voilà, lorsque vous abordez le sujet avec un novice, le dialogue tourne court le plus souvent.
“Tu suis le foot ?
- Oui.
- Ah le beauf !
- Comment ça le beauf ?
- Le foot c’est un truc de beauf”.
Le noble art de la balle au pied est souvent associée à cette image d’Epinal du supporter abierré éructant insultes et saluts nazis en direction de la ligne ennemie, séparée par un front de stadiers et de grillages délimitant la frontière du parcage visiteur.
La plupart de ces pamphlétaires du ballon rond n’ont jamais mis les pieds dans un stade.
Car que voit-on dans un stade ?
L’on voit 22 millionaires agés de 19 à 38 ans, fruit du résultat d’une sélection qui aura brisé les illusions et les rêves de la majorité, 22 hommes pour qui la quête des 3 points aura le plus souvent pris le pas sur d’autres épanouissements, 22 gars qui auront tout sacrifié pour en arriver là.
Où ?
Là, sur le terrain à donner corps et âme, quitte à y laisser un tibia péroné, pour l’accomplissement d’une quête, saisir de l’air enfermé dans un rond de plastique. Sans les mains en plus car là où tout nourrisson se saisirai d’une balle naturellement avec les mains, le footballeur, lui, est forcé de ne la toucher qu’avec les pieds.
Et que voit-on autour du pré vert ? Des tribunes emplies de gens. Plusieurs tribunes, oui. Tout en haut, au milieu, l’on distingue un nid d’aigle, une loge protégée de vitres aussi solides qu’opaques. Là haut, les huiles de la métropole se divertissent au chaud, un oeil sur le terrain, une lèvre sur une coupe de champagne. Entre notables, on s’échange civilités et cartes de visites. On dit même que des contrats se signent là haut.
En dessous de ce bunker sur balcon, on a disposé sur les tribunes des tablettes avec toutes les commodités : courant, moniteurs, prises en tous genres connectant tous les réseaux possibles, pour que les rapporteurs du monde puissent s’y sentir à leur aise et y s’installer pour 90 minutes afin d’y brancher leurs casques audio, écrans et matériels en tout genre afin qu’ils puissent rendre compte de ce qu’il se passe sur et autour du terrain, mettant l’accent sur l’actualité du gazon parfois, sur le fait divers du gradin d’autres fois, selon la conjoncture soi-disant.
Les gens, les vrais gens, sont disposés autour de l’anneau que forment les tribunes. Les virages sont réservés à la plèbe, bruyante, parfois exhubérante, parfois exaspérante, parfois enthousiasmante, c’est selon.
Sur les latérales, on trouve ceux qui aspirent à un peu de confort, ceux qui de par leur parcours ont droit au siège en plastique, à l’autocollant avec leur nom sur le siège, voire au petit coussin pour les plus méritants.
Tous sont là habités d’un même voeu, d’un même espoir, d’une raison commune, et pourtant les dissensions sont nombreuses entre les différentes tribunes : ceux du virage gauche marquent leur différence avec ceux du virage droit et réciproquement par un ballet de banderoles montrant son appartenance à tel ou tel clan de cette même caste du supporter.
Et dans le plus petit groupe d’Ultras, la hiérarchie est présente, le chef tourne le dos au terrain, rotant dans son mégaphone une ballade sur les moeurs de la génitrice du gardien adverse, son bras droit, le gars à la grosse caisse l’accompagne sur un tempo régulier et rarement ternaire.
Plus loin, on trouve l’ancien, lui il ne sait plus trop depuis quand il est là ni pourquoi il vient, il a tout connu à tel point sa fidélité lui a valu de voir son surnom gravé sur la place qu’il occupe depuis toujours.
A côté de soi, il y a toujours une grande gueule, l’insulteur d’arbitre, un gamin qui ne comprend rien mais dont le père espère secrètement qu’il lui succèdera en 1/4 de virage qu’il venait à lui arriver quelque chose et au milieu de tout ça un gars s’attachant à délier les ficelles de la conscience collective de ses 11 protégés, préférant s’intéresser au ballet des placements, replacements, appels dans le vide, oubliant même d’en regarder le graalé ballon.
Et parfois, ce joyeux merdier s’emporte au point d’en oublier qu’il est plusieurs, emporté qu’il est par un même élan, expulsant à la gueule du monde une émotion aussi violente que synchrone, provoquant un court instant où plus rien n’a d’importance si ce n’est la satisfaction de communier autour d’une hystérie portée par le cri le plus bestial, le plus primaire, le plus primate.
“T’as été au match ?
- Ah ! Le beauf !
- Non.
- Comment non ?
- J'y ai compris l'Homme à ce match et j'y ai même trouvé le sens de la vie.
- Le sens de la vie ? Révèle moi le sens de la vie alors.
- Non, t'avais qu'à aller au match".
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