
Un programme complet donc pour un week end culturel sombre et féérique, avec en prime la certitude de recontrer des gens hors du commun.
Samedi :
Je suis arrivé au 23 rue Emile Zola à St Ouen le samedi dans l'après midi, une situation idéale à deux pas du périphérique, du métro Garibaldi et de la station St Ouen du RER C. Après avoir passé un porche et suivi une allée sur plusieurs centaines de metres, j'ai débouché dans la cour qui s'étend devant les locaux du Sous-marin34. Sur la poubelle, écris à la peinture blanche, l'inscription "Sriracha" témoignait encore de l'ancienne occupation des lieux par le label indépendant du même nom.
Une fois salué les gens qui se trouvaient là, j'ai traversé une première salle, monté un escalier, et j'ai retrouvé l'équipe d'Une nuit cent lunes qui s'afférait à l'étage pour que tout soit fin prèt pour la fête.
NLH :
Sur le palier et les murs de la salle, les oeuvres de NLH avaient été installées la veille. Une peinture organique, travaillée à l'acrylique avec beaucoup de matière, "écorchée au couteau" comme aime à le dire la peintre elle-même. Des visages, des corps nus, des espaces colorés qui se muent en spirales et se meuvent en volutes comme si l'air était lourd et vivant. Pas d'aplat, mais une patte épaisse dans des tons souvent rouges orangés, avec beaucoup de reliefs enfin pour marquer les volumes, les ombres et animer les espaces vides.

Je retiens tout particulièrement la toile appelée justement "La Toile", où l'on voit un homme et une femme arachnéens au centre d'une imposante toile d'araignée. Ils semblent comme suspendus en l'air, dos à la toile, l'homme derrière la femme, et leurs quatre membres filiformes s'étendent autour d'eux pour donner à leur silouette des allures de tarentule. Une alégorie peut-être pour représenter l'amour tel qu'il est pensé et vécu par de trop nombreux couples d'humains pourtant dit civilisés...?
La peinture de NLH est en définitive très vivante, sensuelle, plastique, pas morbide quoi que torturée, et ce fut un réèl plaisir pour les yeux que d'avoir ainsi l'occasion de profiter de son travail (et de sa présence) tout au long du week end.
Haxan Reload II :
J'ai ensuite pris le soleil en attendant la venue du public, ce qui m'a permis peu à peu de mettre mes idées au clair pour la mini conférence que j'allais bientôt animer. Avec un peu de retard sur l'horaire prévu, les gens se sont assis par terre devant un drap blanc tendu au mur, et après une courte introduction nous avons projeté le premier volet du film Haxan. Il s'agit d'un film Allemand de 1921 sur la sorcellerie, le pays qui a été le plus touché par les vagues de chasse aux sorcières entre 1486 (date de rédaction du Malleus Maléficarum) et la fin du XVIIIeme siècle. Le propos se voulait démystificateur et moderne sur la question, mais la responsabilité imputée à l'inquisition et à l'église chrétienne et des images souvent osées pour l'époque, ont vallu au film d'être censuré.
C'est dans le but de remettre cette oeuvre au gout du jour qu'avec Mr Lamort nous avons réduit les sept chapitres d'une heure trente, à quatre volets d'une quarantaine de minutes. Nous avons redynamisé les scènes au montage et plusieurs artistes (Jean de la Pierre de Nova et Vetera, Essem avec Philoxera de Krepuscule, Steff Th de Control Z, et Torg d'Under All) ont participé à l'élaboration de quatre bandes son plus modernes.
Entre chacune des quatre projections, j'ai utilisé le thème de la sorcellerie comme support pour introduire quelques notions de psychologie ésotérique et succiter un débat. Le public fut réceptif, des questions furent posées, des idées soulevées, et les discussions se sont poursuivies jusqu'à tard dans la nuit pour mon plus grand plaisir.
Entre temps vînt le moment de démonter le projecteur et de faire place à la musique.
Lacrima Nercmanzia :
Ce sont les membres du groupe Lacrima Necromanzia qui ont les premiers investi la petite scène à même le sol du Sous-marin34 pour nous envouter de leur rock psychédélique aux accents gothiques, une musique dégentée et pour le moins habitée. La formation se compose d'une section rythmique basse batterie très solide assurée par Zebulon et Xtasy, d'une guitare parfois metal, souvent mélodique ou atmosphérique tenue par Cerbère, le tout réhaussé par les deux voix venues d'ailleurs de Beetle et 6eyes.

C'est sans conteste les chants entremellés de la belle 6eyes et de Beetle qui font toute l'originalité de ce groupe. Le répertoire est vaste, alternant entre des passages calmes en chant clair et des explosions de folie pendant lesquelles les mélodies se transforment en hurlements inhumains voir parfois en hululements ou même en plaintes déchirantes. Beetle tout particulièrement a assuré le spectacle, arborant un T-shirt de Magma, les yeux hallucinés perdu dans le lointain. Il a vécu son concert à fond, tombant même au sol à la fin d'un morceau et traduisant toute l'intensité de ses paroles par de grands gestes évocateurs. 6eyes, plus sage derrière son micro, n'en a pas été moins présente, réussissant à séduire l'auditoire de sa voix tantôt suave, tantôt grinçante ou même chevrotante.


L'ensemble est difficilement classable, Lacrima Necromanzia ayant laissé libre court à ses inspirations et à ses envies pour créer une musique originale et expressive. Malgré des influences pourtant indéniablement multiples, du rock 70" au metal en passant par le gothique, voilà un groupe qui a su se démarquer des clichés et inventer son propre univers musical.
Nova et Vetera :
Ce fut ensuite au groupe Nova et Vetera de s'installer pour nous proposer un véritable spectacle bien plus qu'un simple concert. Pour commencer, les six musiciens, Mr Lamort au chant et à la guitare, Miss Lamort aux percussions, Herrich le grand à la basse, Jean De la pierre au clavier, Shae Nolis à la guitare et Frère Stef' au violoncelle, jouent en costumes sur lesquels ils ont pris soin de répandre de la cendre pour se donner une allure grisonnante et poussièreuse. Un traitre diplomatique, un libertaire sanguinaire, une pretresse Atlante et un moine satanique, tels sont les gardiens du temple qui accompagnent le père assassin en queue de pie et la fille/femme victime de ce drame musical en dix actes. L'histoire en filigrane transparait tout au long de leur prestation au travers des textes, mais surtout par l'intermédiaire d'une série de dessins animés que le groupe projète en arrière scène pour illustrer chaque morceau. Ajoutez à cela le gong majesteux situé légèrement en retrait, et vous aurez une petite idée de l'effet visuel que produit cet ensemble.

Musicalement, Nova et Vetera propose un mélange baroque de rock et d'éléctro aux accents gothiques, à base de guitares saturées, de claviers délirants, de coeurs inquiétants, le tout rythmé par la peau sourde d'une timbale et ponctué par le son ample du gong. Le violoncelle et les samples parachèvent ce tableau sonore qui évolue volontier sur des tempos lents et pesants.

Dès les deux premiers morceaux, j'ai été très agréablement surpris par les progrès que le groupe a accompli en quelques mois, les niveaux étaient harmonieusement dosés et les musiciens bien en place. Malheureusement, le projecteur à laché dès le quatrième morceau à cause d'une surchauffe, et cet incident à quelque peu fait retomber la magie, privant le public des séquences sans concessions des dessins animés.
Pour le reste, je note l'excellente prestation de miss Lamort dont les coups de timbales étaient assurés et quasi métronomiques, celle de Mr Lamort au chant qui a pris soin de vivre et de bien articuler ses textes, sans oublier le travail du reste de la troupe, tant au niveau musical que sur quelques petites touches techniques qui ont réussi à blufer tout le monde.

Sur le dernier titre "Après la mort", Mr Lamort est venu s'assoir à même le sol parmi le public, puis sur une impulsion il s'est approché de moi, et c'est à deux que nous avons terminé de chanter le morceau en nous tenant dans les bras l'un de l'autre. Une très bonne surprise qui m'a fait grandement plaisir et qui a cloturé le show sur une touche conviviale à l'image du reste de la soirée.
Les discussions se sont poursuivies jusqu'au petit matin et nous avons dansé sur la programmation musicale de Dj Sioux' boy, puis tout le monde est rentré se coucher pour récupérer afin d'être prèt pour le deuxième acte de ce reload II pas comme les autres.

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