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La Grosse Radio / Rock / Webzine rock / Chronique / Nadj - L'oeuvre au noir
Nadj - L'oeuvre au noir
Mercredi 15 Février 2012 à 11h00, by Seijitsu , vu 657 fois

Je dois dire que j'ai eu peur en lisant la revue de presse sur NADJ pour la sortie de son nouvel album L'oeuvre au noir : ne connaissant pas le groupe, j'ai failli croire que j'avais affaire à un ènième combo de rock maniéré qui joue sur le côté sombre pour donner l'illusion d'une identité.

Chacun ses phobies, cela fait partie des choses qui me braquent sévèrement ; j'en ai entendu des caisses, de la soupe grunge qui pleure et qui braille pour cacher la pauvreté du style, et j'en ai ma claque. Mais bien m'a pris d'écouter cet album, car il y a une différence essentielle entre NADJ et les "fakes", ces artistes maudits en toc qu'on veut nous faire passer pour des rockeurs écorchés pur jus : NADJ aime ce qui est beau, et il y a du spirituel dans sa musique.

L'oeuvre au noir, comme son nom l'indique, est bien un travail d'alchimiste, de préparation méticuleuse. Depuis son opus en 2007, NADJ s'est visiblement échinée à séparer les éléments, épurer, filtrer, éliminer, affiner. L'oeuvre au noir est dans la veine du plus récent Lasse Vegas (2009), et contrairement à mon appréhension première, on n'y trouve pas de guitare couineuse qui hurle au vide, pas de Don Quichotte dans les amplis, pas d'abus de lamentation affectée. Plutôt de la finesse combinée à un rock douloureux, une galette capable de faire la peau à bien des fakes, en somme.

L'oeuvre au noir est un pays contrasté entre ombres et lumière diffuse, une complainte mélodique des landes brumeuses, et certainement une oeuvre sincère. Je retrouve chez NADJ des couleurs qui m'évoquent une des inspirations du groupe, Calexico, certaines anciennes chanson du Prince Miiaou, et un je ne sais quoi à la Pillars and Tongues. La production se veut live, et donne beaucoup de présence à l'ensemble. L'album alterne chansons en français et en anglais (avec un accent français... qui plaira certainement aux anglophones !), l'ensemble passe extrêmement bien ; NADJ réussit donc à surmonter ma deuxième phobie, celle du rock français dénaturé par son passé monolithique... Plutôt rare !


NADJ L'oeuvre au noir


J'approuve à 200% la légereté du jeu de batterie et les intros ultra épurées («Point de suspension», «Retrouvailles» et sa splendide montée frissonnante), ainsi que les instruments invités mais largement valorisés (l'orgue d'«Eternae», le violon chinois de «Ride the dragon»...). Si j'accroche moins sur certains détails ou sur ce qui me semble quelques petites longueurs, il est rarement un morceau qui ne présente un atout («So heavy» et son très bon riff de guitare).

NADJ est aussi allée chercher son inspiration du côté du Grand Esprit, et sa musique y gagne une valeur profonde (le genre de valeur qu'un fake n'atteint jamais, ça fait plaisir de le dire). Guitare et harmonium sont arrangés comme un véritable duo organique et spirituel. Les percussions parfois en mode tribal et les thèmes lancinants («He falls», «Marcher sa peur»), les nappes vocales souvent saturées en reverb et en delay, donnent aux chansons des allures tantôt de complaintes, tantôt de prières. Oscillant entre country sombre et rock méditatif, l'album dégage dans l'ensemble un véritable parfum de transe chamanique qui sied bien aux questionnement existentiel des textes.

On sent ici la réalité de l'introspection, les échos d'un regard largement désabusé par le monde qui l'entoure, et la volonté d'en tirer quand même toujours assez d'énergie pour faire une note de plus. «La fin de la route» me semble bien emblématique du groupe, aussi rock que planant, aussi mélodique que mélancolique.

On se dit parfois que tant de tristesse doit être bien pesante à porter. On pourrait même qualifier cet univers de romantique au sens premier du terme, tant on sent la lourde décharge émotionnelle qui anime le groupe. NADJ ne cache d'ailleurs pas que son parcours artistique est un véritable parcours du combattant, et que le dernier opus a été accouché dans la douleur. On compatit d'autant plus quand on sait à quel point il est compliqué de valoriser un travail artistique non formaté dans notre beau pays. Mais la symbolique de L'oeuvre au noir, c'est bien la première étape du travail alchimique ; il reste encore des étapes avant la transformation finale, et souhaitons à NADJ que, tel le plomb transmuté en or, elle transformera les lourdes épreuves en brillante réussite.

A lire également, la chronique de Nadj - L'oeuvre au noir dans le Longueur d'Ondes n°63

NADJ sur facebook

Note de la rédaction :
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7 / 10
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Vos commentaires
Edgecrusher90 - le Jeudi 16 Février 2012, à 11h14
Superbe chro'. C'est marrant, à te lire, en arrivant au bout je m'attendais à une note plus élevée. Mais bon 7 ça reste une bonne note (n'en déplaise aux gens qui aiment surnoter sans raison), et tu m'as donné envie d'écouter ça (dès que mon album de napalm death sera fini). Je partage tes phobies, donc j'espère que j'aurai le même sentiment de découvrir quelque chose d'authentique.
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Seijitsu - le Jeudi 16 Février 2012, à 13h59
Merci Edgecrusher, je suis contente que la chronique te donne envie d'écouter le disque, car c'était son objectif ; je n'ai pas non plus trop détaillé ce qui me plaisait moins, mais c'était volontaire car l'essentiel n'était pas là pour ce disque.

Ah, la notation... c'est certain, c'est toujours subjectif.
Effectivement je ne mets pas facilement une bonne note à un disque (d'ailleurs avant que j'ai envie d'écouter un disque en entier, faut se lever tôt...), donc oui, 7 est vraiment une bonne note dans mon système.

Par ailleurs, plutôt que de refléter mon appréciation définitive d'un travail (dur dur quand on n'a pas soi même sué sang et eau sur le disque qu'on écoute), j'y vois plutôt une image de ce que je ressens du potentiel du groupe ; par exemple si je mets 7, je considère que l'album est super bon et que le groupe a, en plus, encore un gros potentiel d'évolution positive ; 8 c'est excellent et on frôle la maturité ; 9 c'est génial, le groupe est au max de son potentiel, ça devient un de mes principaux groupe de référence ; 10 on n'est pas loin du divin, par contre c'est tendu pour que l'album suivant soit aussi bon, donc avoir 10 sur 10 avec moi c'est plutôt mauvais signe pour la suite, ah ah :D
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Edgecrusher90 - le Vendredi 17 Février 2012, à 14h28
Je partage ce point de vue. La presse musicale n'est pas la seule concernée d'ailleurs, de façon générale l'esprit critique se perd et c'est bien dommage. Car comment faire le tri par la suite entre une avalanche de sorties notées 8 et plus ?

J'ai écouté j'aime vraiment bien. Je ne suis pas un spécialiste du genre mais en tant que néophyte je partage ton avis.

Donnez une chance à Nadj, non seulement c'est bien mais on la trouve facilement sur les moteurs de recherche.
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