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Cabaret Vert - Jour 2/4 : Du heavy, des cheveux et une petite radio
26 août 2016 : deuxième journée sur quatre de cette édition du Cabaret Vert, dont la première étape hier a déjà placé la barre qui mesure la qualité du rock'n'roll très, très haut dans le ciel de Charleville-Mézières. La nuit a été très courte : lorsque les trois solutions de couchage nous ont été proposées, à savoir l'hôtel, le camping « calme » ou le camping « festif », en bons journalistes, nous nous sommes logiquement demandé ce qu'aurait fait Élise Lucet à notre place ; notre choix s'est donc naturellement porté sur la troisième option – on bosse sur le terrain, nous. Oui, mais il se trouve qu'ici le seul créneau pour pioncer un coup se situe approximativement entre 6 heures du matin, lorsque les joyeux « à l'apéro ! », hantant déjà la nuit des temps, s'estompent peu à peu, et 8 heures, moment où le soleil commence de nous cuire dans la tente façon papillote. Ce qui ne nous laisse que bien peu de temps pour profiter d'un sommeil déjà bien perturbé par la réminiscence, en sons subliminaux, des hurlements déments de Lias Saoudi, leader de la Fat White Family.


Aujourd'hui c'est Wolfmother, principalement, qui nous pousse à nous risquer loin de l'ombre protectrice d'un grand pont au-dessus de la Meuse, à défier l'insolation pour nous faire une idée de la qualité des prestations live du trio-rétro.


Cabaret vert, 2016, Wolfmother, L7, Louise Attaque, Jacques


Mais puisqu'il faut être honnête, même s'il brave allègrement les recommandations bienveillantes du Ministère de la Santé, ça n'est pas le public qui s'expose le plus aux dangers du coup de chaud cet après-midi : en raison de l'orientation de la scène, à vue de nez sud-sud-ouest, si le soleil rougira les mollets des spectateurs, c'est en revanche de pleine face qu'il attaque les musiciens qui osent grimper sur Zanzibar. De ce fait, on s'attend logiquement à un concert mou du genou, où les musiciens joueraient repliés en fond de scène tels de petits farfadets tapis dans la nuit, au plus près de leur ventilateur ; que nenni, il n'en est rien. C'est un show tendu et incroyablement dynamique que les musiciens de Wolfmother vont offrir au public du Cabaret Vert, sans s'économiser le moins du monde, ni faire cas des 38 degrés relevés au thermomètre.


Cabaret vert, 2016, Wolfmother, L7, Louise Attaque, Jacques


Guitariste et bassiste courent sur le plancher sans relâche, ici sollicitent le public, là haranguent leurs partenaires... Alex Carapetis, assis sur son tabouret de batterie se donne tout entier à la scène, frappe comme une racaille, transpire à grosses gouttes – de quoi abreuver toute la Champagne-Ardenne. Assurément, le « touring drummer » du groupe australien est son moteur indispensable, l'enthousiasme qu'il injecte dans chaque coup de baguette, en même temps que son sourire immense et inaltérable illuminent la scène mieux que le dieu Râ lui-même. Il perdra en précision en fin de spectacle, ratera quelques breaks, laissera le tempo lui échapper : la plus belle des preuves de générosité, et de respect des fans, que celle de ne pas en « garder sous le coude », de lutter jusqu'à l'épuisement. La révélation de ces quelques failles, d'une humanité rare, est appréciable. D'ailleurs, le public ne s'y trompe pas, il est reconnaissant ; c'est qu'il aime voir les gladiateurs mourir au combat.


Cabaret vert, 2016, Wolfmother, L7, Louise Attaque, Jacques


C'est donc par la pureté de leur démarche que le groupe conquiert la foule. Car les morceaux, s'ils sont bons, ne relèvent pas non plus de l'exceptionnel, puisant largement dans la tradition rock des années 70. Wolfmother mise en quelque sorte sur le voyage dans le temps, sur l'orthodoxie heavy, déployant une large gamme de clichés fédérateurs : une panoplie de chevelures volumineuses, lunettes rondes, bandanas, guitare douze cordes à double manche et voix puissamment haut-perchées... Tout pour plaire à un public brûlant d'assister à un show à l'ancienne, ce que les Australiens mettent en place parfaitement. L'ambiance, en toute logique, est électrique, les musiciens semblent prendre un plaisir fou à se trouver là, et savent le communiquer, le partager – la Cabaret Vert est conquis.


Cabaret vert, 2016, Wolfmother, L7, Louise Attaque, Jacques


Cette fureur et cette bonne humeur ostensible sont sans doute ce qui manquait un peu plus tôt dans l'après-midi à Yeti Lane, sur la scène des Illuminations. Le groupe local (car le Cabaret Vert a à cœur de faire vivre sa scène régionale, ce qui est parfaitement admirable et qui devrait d'ailleurs être la norme pour tout festival qui se respecte), n'a pas su mettre ses compositions en valeur, sans doute encore un peu fragiles pour un événement de cette ampleur. Une sorte de timidité tout à fait compréhensible les empêche de se montrer parfaitement à l'aise sur scène, et les plonge dans une torpeur peu engageante ; on n'accroche pas.


Cabaret vert, 2016, Wolfmother, L7, Louise Attaque, Jacques, Yeti Lane


On aurait beaucoup aimé assister au concert de Sharon Jones and the Dap-Kings, mais nous savions depuis quelques semaines que la chanteuse, malade, ne viendrait pas nous voir au Cabaret Vert. En revanche, ce qu'on ne nous avait pas dit, c'est que L7 prenait leur créneau, une heure et demie avant l'horaire inscrit sur les programmes. Un manque de communication qui aurait pu nous être fatal si par un hasard heureux, le bar Groin-Groin ne s'était pas trouvé à proximité de la scène des Illuminations. On manque donc les premières minutes de la prestation de ces figures emblématiques de la période grunge – grunge, le style de musique, pas les fringues de chez H&M. Étonnamment, tout le monde semble nous avoir attendu : si les musiciennes font déjà gueuler les guitares sur scène, le concert ne semble pas avoir encore commencé dans la fosse ; le public est amorphe, l'ambiance peine à s'échauffer. Mais les L7 sont des professionnelles, elles relèvent le défi et s’essaient à charmer la foule à grands coups de pied au cul – elles y arriveront.


Cabaret vert, 2016, Wolfmother, L7, Louise Attaque, Jacques, Yeti Lane


Le son du groupe est loin d'être dégueulasse ; les guitares sont chargées d'une disto incisive, corrosive peut-être, mais au final relativement propre (relativement, relativement). Plutôt que les PDG du genre, Nirvana, il évoquera les années 70, un heavy metal crado avec vent dans les cheveux (la filiation avec les Runaways semble inévitable). L'attitude du quatuor sur scène, quant à elle, s'inscrit dans la lignée de la tradition punk la plus stricte : une irrévérence festive, un bordélisme ambiant (de nombreux faux-départs qui ne semblent pas les émouvoir plus que ça), des cheveux rouges, des vilains mots et des roulés-par-terre, ainsi que quelques interventions plus ou moins politiques ; on connaît l'engagement féministe de ces dames. Quoi qu'il en soit, le jeu viril de Dee Plakas à la batterie, ultra-percussif, propulse ses camarades, Jennifer Finch cogne sur sa basse comme un bonhomme et Donita Parks, couillue, s'égosille tel le charretier d'antan ; pendant ce temps, un type en string et porte jarretelles est porté par la foule, dégrafe son soutien-gorge sous l'émotion, le brandit au-dessus de sa tête. Le public s'est réveillé, comme s'il se rendait compte tout d'un coup que nom d'une pipe, c'est quand même les L7 qu'ils sont sous les yeux ; le premier concert de la tournée européenne des ces Américaines est donc une réussite.


Cabaret vert, 2016, Wolfmother, L7, Louise Attaque, Jacques, Yeti Lane


Entendu dans la foule.

Jeune fille n°1 : « Oh ! Y'a que des gonzesses ? »
Jeune fille n°2 : « Ouais, même à la batterie ! »
Jeune fille n°1 : « Elles sont dégueulasses. »
Jeune fille n°2 : « Ouais, mais au moins, c'est des gonzesses ! »
[Se tapent dans le dos en riant.]


Un type pas au courant, arrivant en courant à la fin du concert : « Quoi ? C'est fini ? Bah merde. »


Cabaret vert, 2016, Wolfmother, L7, Louise Attaque, Jacques, Yeti Lane


Louise Attaque, à présent, comme Indochine hier, draine une sacrée foule devant la scène Zanzibar. La cuvette est pleine, ça se bouscule dans les escaliers jusqu'à l'heure fatidique où Gaëtan Roussel et ses camarades foulent finalement les planches. Le concert est exactement comme vous l'imaginez : de vieux succès emmenant au vent des quadragénaires tout contents de faire leur premier festival depuis la fête de la châtaigne de Colobrières, il y a huit ans, quand ils avaient été en vacances dans le Sud-Est en septembre, pour voir ce que ça fait, mais également des jeunes brûlant de découvrir un nouveau quart du Big Four francophone (après Indochine hier, donc ; il aurait fallu aller à Rock en Seine pour voir un genre de Téléphone ; quant à Noir Désir, il vaut mieux avoir pas mal d'imagination). Le problème avec les paroles en français, c'est qu'on les comprend et que dans le cas présent, ce que l'on entend ne nous sied guère : on reste dubitatifs face aux textes fades et rimes faciles portés par Gaëtan Roussel. Petit spoil : la fête de la francophonie, ça ne sera que dimanche. Comme le concert de L7 a été déplacé, la seule alternative possible à Louise Attaque semble être le bar à absinthes de l'espace média – faut bien soutenir l'artisanat local. L'homme derrière le comptoir nous parle avec passion de son histoire, de son produit, de l'histoire de son produit, dénonce le lobby des producteurs de bordeaux qui firent interdire l'absinthe parce qu'elle devenait plus populaire que leur vin. On en ressort abreuvés, cultivés, tout heureux de n'être que de vilains râleurs qui n'aiment pas les têtes d'affiche.


Il est minuit quarante lorsque les projecteurs se dirigent vers ce gars au dessus du crane rasé, assis en tailleur au bord de la scène des Illuminations, attendant visiblement, comme le public, que son spectacle commence. L'heure est à la désormais inévitable fin de soirée électro pour les festivals populaires. Peu importe ce que l'on en pense, qu'on apprécie ou non, il s'agit d'un temps qui en toute logique n'entre que difficilement dans notre ligne éditoriale ; mais comme l'artiste de ce soir sera probablement l'un des seuls types à avoir joué de la guitare après une heure du matin, on en dira quelques mots.

Cabaret vert, 2016, Wolfmother, L7, Louise Attaque, Jacques, Yeti Lane

« Salut ! Ça y est, je vais faire un concert. » Lorsque l'on parle de Jacques, le terme d'électro-bricolo est sur toutes les lèvres. Derrière ce slogan qui pourrait avoir été élaboré par n'importe quel mauvais publicitaire de chez Casto, se cache un concept déjà bien connu, que l'artiste réactualise avec brio : celui de faire de la musique avec des sons d'objet ; plus ou moins n'importe lesquels - Tout est magnifique, revendique son premier EP. Avec des pots en verre, un mètre, une cloche de vache et mille autres conneries qu'un complice lui a fourni par surprise, Jacques improvise, enregistre des sons, les teste, trouve ça pas bon, réessaie, crée des boucles, enregistre un chœur bringuebalant, ajoute des basses... Tout cela pour créer une musique étrange, apaisante en même temps qu’intrigante, magnifique effectivement, propice au dérèglement des sens qu'exigeait jadis le maître des lieux, Rimbaud rigolo.

Cabaret vert, 2016, Wolfmother, L7, Louise Attaque, Jacques, Yeti Lane

Le personnage a également quelque chose de formidablement attachant ; il est plus ou moins le guide touristique rêvé, laissant à son auditoire le soin de se construire son propre voyage, tout en attirant parfois, à bon escient, son attention sur divers exotismes survenus en chemin ([« Regardez, j'ai amené une petite radio... On va voir ce que le hasard nous envoie »], l'allumant [au hasard] et réussissant à placer là où il faut ce morceau de voix féminine sentant le r'n'b passe-partout), prenant bien soin de son assistance. On comprend mieux certaines choses ; l'héritage d'une certaine tradition rock pourrait être aperçu, si on le souhaitait : une entreprise DIY (toujours pas les fringues H&M) un peu punk, sur douceur psychédélique dont des chevelus posèrent les bases dans les 60's... Quelque chose de jazz aussi : toutes ces constructions autour du climax, du it kérouacien, que l'on ne recherche plus vraiment à présent, que l'on fait languir. Les programmations électro irritent tout un tas de puristes, qui voudraient, sans doute légitimement, dans un festival rock, avoir un peu plus de rock au milieu de la nuit. Mais il existe des passerelles, qu'une foule gigantesque a choisi d'emprunter, puisque de toute façon, elle est là. Il est une heure du matin, un peu plus, ou un peu moins, et ce sera dit : Jacques est un pont.



Crédits photos : Thomas Sanna

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