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Festival TINALS 2017 - Jour 3 : Coups de soleil, coup de je t'aime

11 juin 2017 : troisième et dernière journée à transpirer sous le soleil de Nîmes, pour cette cinquième édition du This Is Not A Love Song. Les organismes sont affaiblis, les corps marqués par la fatigue, mais les esprits sont encore vifs. Quelques badauds hagards couronnés de fleurs cuvent leur vin de la veille, déambulent entre un guitariste surf à masque de catcheur mexicain et la roulote d'Elvis qui, en plein cagnard, attend de célébrer une nouvelle union ; prévenant, il met en garde les festivaliers : « Ne prenez pas les acides bleus, je répète, ne prenez pas les acides bleus ».




LES  GRY-GRYS


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D'autres souvenirs de Woodstock apparaissent en flash à la vue de la dégaine des Gry-Grys, arborant tous la panoplie du rocker intemporel, du genre vestes sans manches ouvertes sur torses nus et virils. Le groupe montpelliérain ouvre la journée avec une bande-son de road trip en Chevrolet balancée pied au plancher. Comme il était nécessaire, au milieu de cet après-midi caniculaire, de braver la chaleur autant que les harangues potaches du King pour atteindre la scène Bamboo, le public n'est pas très nombreux, et quelque peu amorphe ; ça se dandine timidement, en contraste total avec l'énergie investie sur scène par le quintet en sueur, notamment celle de l'harmoniciste bousculant les spectateurs dans la fosse ou escaladant frénétiquement la structure de la scène.


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Si les instrumentaux sont bien rodés, avec notamment une section rythmique roulant impeccablement, il nous semble que les lignes de chant manquent légèrement d'inspiration et de folie, ronronnent un peu trop pour enfiévrer le genre choisi qui, très référencé, peine à sortir de l'ordinaire.


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L'après-midi est tranquille, sous l'écrasante chaleur méridionnale : le show stéréotypé de Frank Carter and the Rattlesnakes ne nous émeut guère, tandis que Kokoko!, sans nous transporter vraiment, attise au moins notre curiosité par l'étrangeté de sa musique du monde bricolée par des types habillés de plastique jaune. Hugo, sympathique festivalier croisé à l'ombre de la scène Bamboo, avise avec fort à-propos que le travail du DJ laisse trop peu de places aux autres instruments faits maison ; nous souscrivons à cette appréciation.



SLAVES


Le duo britannique, entré en scène à 20h, fait preuve d'une belle brutalité pour défendre son punk criard. Le jeu survolté et minimaliste du batteur-chanteur est séduisant un temps, mais se révèle lassant assez rapidement. Tant que les tempos sont rapides, le combo guitare saturée-tom basse-caisse claire est efficace : les moments les plus enragés tiennent la route, mais les subtilités de structure tentées, qui fonctionnent assez mal, ont tendance à amenuiser leur efficacité. Le moindre ralenti nous sort du concert, dans lequel nous n'entrons à nouveau qu'avec effort. Et alors que le concept global montre déjà trop vite ses limites, les bavardages interminables de Isaac Holman viennent définitivement annihiler notre bonne volonté ; on décroche définitivement.


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THE BLACK ANGELS


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Sur les coups de 22h, les Black Angels ouvrent leur concert comme leur dernier album Death Song, avec l'excellent "Currency". L'ambiance est très étrange sur scène, où l'une des guitares fait de drôles de choses, des sons parasites hors rythme qui pourraient provenir d'un delay mal calibré ou de quelque maléfice de cet acabit (partiellement gommés à la vidéo, semble-t-il), et où quelques irrégularités rythmiques se font parfois entendre (pas gommés à la vidéo), mais également dans la fosse, où deux sociétés antagonistes se trouvent, bien malgré elles, forcées de cohabiter ; celles des mères de famille, et celles des jeunes types barbus sous acide ; la tension est papable, les regards en coin, belliqueux. On se bouscule timidement, on joue des coudes l'air de rien. Après quelques minutes angoissantes, la collision a lieu, inévitable, face à face agressif, et c'est finalement le barbu qui prend la fuite, apeuré par les vociférations de la mère de famille.






En dépit de ces détails désagréables, la transe prend étonnamment bien. La voix d'Alex Maas, haute, quasiment féminine, hypnotisante et touchante, y est pour beaucoup. L'aspect visuel du show est également très soigné, ou au moins celui de la deuxième partie : une fois tous les écrans de veille Windows 98 passés en revue, l'écran géant derrière le groupe s'anime véritablement, sort de sa torpeur et accentue positivement la nôtre, diffuse les Black Angels en direct, dédouble les musiciens, les multiplie à l'infini : des tas de Stephanie Bailey tapent sur des tambours dans nos têtes, jusqu'à la fin de l'heure de set que nous offrent les Texans.


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KING GIZZARD AND THE LIZARD WIZARD



King Gizzard and the Lizard Wizard a été l'un des derniers groupes annoncés lors de la révélation de la programmation du TINALS ; une bonne prise que celle-ci, tant la demande pour les Australiens ne cesse de croître, au rythme effréné des sorties d'albums tous plus dingues les uns que les autres. Ce soir, le groupe emmené par Stu Mackenzie (dont nous avons obtenu une interview à paraître prochainement) rend justice à quatre des cinq albums sortis ces trois dernières années : Quarters, Nonagon Infinity, Flying Microtonal Banana et Murder of The Universe (paru entre le festival et ce live-report, le 23 juin), ce qui permet, en live, la restitution de liens entre les albums qui existaient déjà en studio : on entendait les premières notes de "People Vultures" au début du chapitre Lord of Lightning VS. Balrog sur Murder of The Universe, il est maintenant replacé avant le titre "Lord of Lightning" au sein d'une grande mise en abyme auto-référente – et ici, l'illustration édifiante de l'une des caractéristiques du groupe, dont l'œuvre est d'une complexité si inhabituelle qu'elle pousse à l'intellectualisation de n'importe quoi.


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Tout au long du set en revanche, on se laisse joyeusement abrutir par les rythmiques fascinantes du groupe. Si l'on regrette un certain manque d'expressivité de la part des musiciens, concentrés et fermés, on les en gracie finalement, tant les vibrations qu'ils produisent trouvent leur écho dans la fosse. La Grande Salle est en ébullition dès le premier titre, "Rattlesnake", et l'enthousiasme du public semble influer sur l'ambiance des morceaux qui, alors qu'ils proviennent d'albums parfois très différents, sonnent avec une homogénéité nouvelle. L'aspect hypnotique des titres repose souvent sur la répétition d'une seule note, martelée à la guitare ou à la basse, laissant le soin aux autres instruments d'explorer toutes les possibilités mélodiques liées à cette base harmonique simpliste. Ce procédé trouve véritablement son aboutissement en live, qui plus est dans une salle fermée aux qualités acoustiques aussi marquées. La transe qui en émane est à l'opposé de celle, aérienne et vaporeuse, dégagée plus tôt par les Black Angels : face à King Gizzard, on est très près du sol, magnétisés par un rituel tribal nous renvoyant à quelque chose comme les origines de l'humanité, où la transcendance n'est pas tournée vers le ciel mais vers les tréfonds de la terre, des corps et des esprits des hommes, des plantes, et des crustacés.


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Comme la veille avec Thee Oh Sees, l'association des deux batteurs exerce sa fascination, tant visuelle que sonore. Le registre étudié est en revanche totalement différent ; si d'ordinaire, le dédoublement de ce poste tend à brutaliser le son global, ici, c'est au service du groove que Michael Cavannagh et Eric Moore allient leurs forces pour, là encore, désoccidentaliser l'être humain par le biais de rythmes bigarrés et faussement primitifs, de désynchronisations millimétrées.


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Une ultime audace : conclure sur "The River", titre lounge-bossa-nova-soft-cocktail-cigare-cubain de dix minutes est une provocation courageuse lorsque l'on vient d'envoyer un set d'une telle puissance. Le pari est une réussite parfaite, puisque lorsque le dernier accord s'estompe, la salle entière est sur le cul, le coeur brisé, refusant d'admettre que le concert puisse être terminé, hurlant à la mort pour un rappel qui ne viendra pas ; King Gizzard ans the Lizard Wizard devient, au moment de ce sevrage des plus inattendus, la plus terrible des addictions. Une heure auparavant, nous avions discuté avec une jeune fille revenant de Melbourne qui, à la faveur de la semi-obscurité précédant le concert, nous confiait en être à quelque chose comme son huitième concert du groupe ; la Grande Salle toute entière entre désormais en empathie avec sa toxicomanie sévère, et l'on observera pour sûr, à la fin de la tournée de Stu et ses hommes, une vague inédite d'immigration déferler sur la terre rouge du peuple aborigène, simplement pour se rapprocher un peu du nouvel épicentre mystique de la Terre : la ferme MacKenzie.


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King Gizzard and the Lizard Wizard offre une conclusion parfaite à ce festival, plus attachant d'année en année. Tout y est agréable, du site lui-même, havre de paix, aux bénévoles en short accueillant les festivaliers, en passant par les chargés de relation avec la presse, et les artistes eux-mêmes, accessibles comme rarement ; de quoi susciter en chacun une affection immense pour l'endroit.


BILAN DU TINALS


Le bilan est bon puisque la fréquentation augmente, et l'avenir est prometteur, puisque l'augmentation de la fréquentation n'est pas un véritable objectif : la volonté affirmée de garder une échelle humaine est déterminante et, malgré un succès mérité, le TINALS conserve son statut de héros incorruptible dans le paysage français, par le fait même de sa programmation marginale et imprenable, quasi-militante en même temps que positivement fédératrice, et de l'univers paisible qu'il bâtit autour.



Crédits photos : Thomas Sanna

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