Festival Les Nuits de l’Alligator 19e édition

Mercredi 29 janvier. Seconde Nuit et 19e édition donc pour ce merveilleux festival de blues protéiforme ; mais le Gator est toujours installé dans le 20e, à la Maroquinerie et proposait comme chaque année son plateau rock. Une nuit estampillée U Turn Touring, le tourneur de Osees, Kid Congo et autres Ty Segall, qui nous avait offert Gyasi et The Courettes en 2024. 

Lors de la première nuit de l’Alligator 2025, deux héritiers du rythm’n’blues et de la soul d’antan - Quinn Deveau et Jon Muq - avaient ensoleillé la scène de la Maroquinerie, prodiguant un baume au cœur bienvenu en ces temps si grisâtres. Dans le même esprit, le Gator avait choisi ce soir-là de nous faire une p’tite surprise avec la présence en ouverture d’un folkeux humoriste. Comme pour le jeune Jon Muq, ce sont les parlotes de John Craigie qui se sont avérées plaisantes (car à moins d’être un fan de Dylan, difficile d’être véritablement réceptif à son folk certes rugueux). L’homme de Portland, Oregon (il mentionnera sa provenance à plusieurs reprises) est un véritable showman ; l’anecdote piquetée d’auto-dérision fuse à tout-va. On retiendra notamment celle racontée durant le morceau Mallory ou comment il a donné un concert devant seulement deux spectatrices sourdes et fans de Bowie. Avec son côté pince-sans-rire, Mister Craigie aurait mérité de naître plutôt chez nos voisins d’Outre Manche !

Las Robertas

Venons-en à celles et ceux prévus de longue date pour la soirée. C’est une constante du Gator que de prouver que le blues originel a irrigué (et irrigue toujours) la musique populaire d’influence anglo-saxonne en programmant des groupes de toutes nationalités. Las Robertas viennent de San José, Costa Rica. Cinq musicos pétris d’influences psyché rock, qui ont visiblement coopté un sixième larron guitariste pour les besoins de la tournée (sans doute celui qui, relégué en arrière-plan en faisait des caisses pour se faire remarquer…). Pour celles et ceux qui comme nous étaient devant, aux premières loges donc, les trois guitares - Mercedes Oller, la chanteuse, en joue également - furent malheureusement très (trop) omniprésentes, à tel point qu’on n’entendait quasiment pas sa voix, ni celle de Daniela García, sa comparse aux claviers. Difficile donc de discourir longuement sur leur performance. On aura malgré tout repéré trois morceaux issus de leur dernier album Love is the answer et perçu que le titre de ce dernier sonne comme un manifeste, tant effectivement le son Robertas évoque les Seventies. Hippies power certes, mais en moderne plus énervé, comme le Brian Jonestown Massacre, dont ils reprennent « Fingertips ». À l’instar du groupe qui va suivre, c’est la fin du set qui nous a convaincu ; leur « Our Imperium » final notamment.

The belair lip bombs

Indie rock from Frankston, Melbourne, Australia. C’est ce qui est indiqué sur la page Facebook de The belair lip bombs et pour ce qui est de l’étiquette, il n’y a pas tromperie sur la marchandise. Un rock pas « commercial » donc, par définition, mais dont le potentiel a déjà été remarqué ; l’an passé, The belair lip bombs sont devenus le premier groupe australien à signer avec Third Man Records, le label de Jack White, qui a ressorti pour l’occase «Lush Life » leur premier album. Nos quatre jeunes australiens, emmenés par la chanteuse et guitariste Maisie Everett venaient de faire leur première date du Gator Tour à Rouen, après une tournée chez les Britons. On dit, on écrit d’eux que leur musique évoque les Strokes, voire Television. Pas vraiment raccord avec la première ref ; dans le rôle des mentors, on verrait plutôt les Pixies, dont ils ont fait la première partie en novembre dernier. Bonne pioche en revanche pour la seconde ; le jeu de scène des trois comparses de Maisie Everette a des relents de punk attitude par son côté minimaliste. Et c’est sans doute un choix judicieux ; leur frontwoman capte ainsi d’autant plus l’attention. Un choix logique également ;  c’est elle la boss, qui écrit et compose, et surtout, elle dégage quelque chose, un magnétisme singulier pour son jeune âge. Comme les Vénézuéliens, la machine australienne n’atteindra son plein régime que lors des deux derniers titres, « Say My Name » et « Don’t Let Them Tell You It’s Fair ». Manque d’expérience scénique ou volonté de conserver l’énergie pour le final, faudra revoir ces deux groupes pour se faire une opinion définitive…



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