Après quarante-trois ans d’existence, Megadeth a annoncé sa fin de carrière. Il s’agit donc du second groupe du Big Four du thrash à raccrocher les gants après Slayer. Pourtant, Dave Mustaine l’avait promis, avant cela, Megadeth sortirait un dernier opus, sobrement intitulé… Megadeth. De quoi boucler la boucle, avec un album de qualité, qui fait une belle synthèse de la carrière du groupe et montre qu’à près de 65 ans, le père Mustaine en a encore sous la pédale…

Les deux albums précédents, The Sick The Dying and the Dead ainsi que Dystopia, étaient déjà de belles réussites et montraient un Megadeth en grande forme. Pourtant, une fois de plus, le line-up a été renouvelé depuis la dernière sortie discographique du quatuor : exit Kiko Loureiro (dont l’arrivée avait renoué avec un grand duo de guitariste et avait redonné un petit coup d’inspiration à la musique des Californiens), welcome Teemu Mäntysaari (Wintersun). Avec de tels changements dans le groupe, depuis la formation classique des années 90, aucun album de Megadeth n’aura eu la même formation que sur le précédent à l’exception du duo Thirteen (2011) / Super Collider (2013)…
Mais passons outre ce point, puisque l’arrivée du Finlandais à la six-cordes constitue également une belle plus-value pour le quatuor : Teemu propose des leads de guitare précis, qui complètent parfaitement ceux de Mustaine (« Puppet Parade »). Certes, on pourrait rétorquer que ses lignes de guitare semblent moins aventureuses et inventives que celles de Kiko Loureiro sur les deux albums précédents mais elles restent bien dans la lignée de l’histoire du groupe. Les rythmiques de Mustaine montrent qu’il est également en forme, proposant des titres thrash dans la lignée de l’ère Rust In Peace (1990), où le riffing est acéré ("Let There Be Shred" et "Tipping Point", tous les deux judicieusement choisis en single et parmi les meilleurs titres du groupe tous albums confondus, ou encore « Made to Kill » et sa rythmique qui s’emballe à 1:15).
Stylistiquement parlant, Megadeth propose également des détours vers sa facette la plus mélodique (évitant soigneusement les errances de Risk en 1999 ou la platitude d’un The World Needs a Hero en 2001), dans la lignée des Countdown to Extinction / Youthanasia. C’est notamment flagrant à travers “Another Bad Day”, “Obey the Call”, “I Don’t Care” ou encore “Puppet Parade”. Ces titres sont bien écrits, proposent des refrains et des thèmes mémorables à la première écoute et sont conçus comme des chansons et non pas seulement comme des empilements de riffs. On peut surtout y constater que la voix du leader s’est bonifiée avec le temps. Elle apparait bien plus rauque qu’aux débuts du groupe, bien loin de l’image de voix que canard qui lui a longtemps collé à la peau ("Obey the Call", ou "The Last Note", aux textes hautement symboliques). L’alternance de chansons mélodiques et de titres plus thrash dans la construction de l’album fait qu’aucun ventre mou n’apparait à l’écoute de l’ensemble de l’œuvre. A l’écoute de ce dix-septième album, on pourrait même choisir une longue liste de titres qui mériteraient de faire partie des setlists de la tournée d’adieux (au hasard, « Made to Kill », « Puppet Parade », « I am War », « The Last Note », « Tipping Point », « Let there be Shred »), en espérant que le groupe ne se contente pas de mettre seulement en avant les singles dévoilés. C’est finalement à cela que l’on peut juger que l’album est bon, chaque titre mérite sa place en live.

Evoquant enfin les deux derniers titres de la galette : "The Last Note" propose des parties de guitares acoustiques délicates (dommage que le quatuor n’en ait pas intégré un peu plus, comme sur les deux opus précédents). Ce titre aux paroles lourdes de sens conclue parfaitement une belle trilogie d’album et une belle carrière, avec une approche très mélodique.
Enfin, en guise de bonus et pour boucler la boucle, Dave Mustaine lorgne vers ses premiers camarades de jeu de Metallica et propose une reprise de "Ride the Lightning" (qu’il a co-écrit avec James Hetfield se défend-il). Si la présence de ce titre a fait couler de l’encre avant d’être dévoilé, précisons toutefois que la reprise est très proche de l’originale et n’a pas été modifiée outre mesure (à la différence du "Mechanix" / "The Four Horsemen", précédemment dans sa carrière). La présence de ce titre relève donc plutôt de l’anecdotique mais constituera un clin d’œil sympathique pour les fans des deux formations.
En soit, ce Megadeth est une belle façon de conclure l’histoire discographique du quatuor. Dans la lignée des deux précédents opus particulièrement inspirés, il propose également une belle synthèse du travail de Dave Mustaine et ses (nombreux) collaborateurs au cours de quatre décennies. Si la carrière de Megadeth a connu des périodes fastes (la première partie de l’histoire du groupe jusqu’à Youthanasia inclus en 1994, et de très bons albums depuis 2004 tels que Endgame, Dystopia ou The System Has Failed) ainsi que quelques moments moins glorieux (Risk, The World Needs A Hero, United Abominations sorti en 2007), le talent d’écriture de son leader est indéniable, comme le montrent les dix titres originaux de ce final discographique. Si le combo s’en tient bien à sa décision (on connait la chanson, Scorpions, Ozzy ou encore Motley Crüe sont passés par là !), ce bien nommé Megadeth sera une dernière œuvre bien plus qu’honorable et aura montré un groupe inspiré jusqu’au bout ! Merci pour tout Dave !
Note réelle : 8,5/10
Tracklist :
Tipping Point
I Don’t Care
Hey, God?!
Let There Be Shred
Puppet Parade
Another Bad Day
Made To Kill
Obey The Call
I Am War
The Last Note
Ride The Lightning (Bonus Track)
Megadeth, disponible chez BLKIIBLK Records le 23 janvier 2026
Photographies promotionnelles : © Ross Halfin / Photographies fournies par le label.











