Peter Doherty (+ Nox+ Charlie Buller+ Luvcat) à l’Aéronef (Lille) 05/02/2026

C'est par une soirée pluvieuse que l'on se dirige vers l'Aéronef, une salle de 1850 spectateurs située à Lille, au sein du complexe Euralille. Principalement dédiée aux musiques actuelles, elle accueille aussi d’autres formes d’expression artistique comme la danse ou les arts visuels. En ce Jeudi 05 février 2026, c'est à guichet fermé pour Peter Doherty.

La soirée débute dans une salle encore clairsemée. Un peu avant 20 heures, Pete Doherty se tient déjà devant la scène, discutant avec les spectateurs du premier rang, signant des affiches et posant pour quelques photos. Dans cette ambiance détendue, il invite une personne du public à monter sur scène. Rien n’était prévu, mais il la fait installer au clavier et la présente comme Nox, chanteuse lilloise. Honorée, celle-ci interprète alors deux titres avec assurance, comme si son passage avait été préparé de longue date, lançant la soirée sur un moment improvisé aussi inattendu que réussi.

La première partie est assurée par le Londonien Charlie Bueller. Seul avec sa guitare, il propose des morceaux sombres portés par une voix grave et des textes très personnels. L’atmosphère est dépouillée, presque brute, ponctuée de quelques larsens qui renforcent ce sentiment de fragilité et d’absence d’artifice. Pete Doherty l’introduit lui-même, « beautiful man, beautiful songs ». Le public écoute attentivement mais demeure réservé, sans doute freiné par la barrière de la langue et la densité des textes. L’intention est là, mais le tempo peine à capter pleinement l’oreille. En fin de passage, l’arrivée d’un trompettiste apporte un second souffle et un rythme plus vivant, réveillant légèrement l’ambiance. Charlie Bueller, dont le premier album The Kindly Ones, produit par Doherty, doit paraître au printemps 2026, quitte la scène sous des applaudissements timides mais respectueux.

À l’issue de cette prestation, Pete Doherty revient brièvement alors que l’installation suivante se prépare. Micro capricieux, masque de Titi enfilé puis retiré, il profite de ce moment flottant pour ouvrir une mallette remplie de fanzines. Il descend lui-même dans la salle pour les vendre en espèces, à 10 €, échange quelques mots, signe les fascicules au passage et transforme cette transition en une scène délicieusement surréaliste. Une dizaine d’exemplaires trouvent preneur (qu’il n’oubliera pas de déclarer aux impôts) avant qu’il ne disparaisse à nouveau en coulisses, laissant place à la suite de la soirée.

Luvcat investit la scène. Originaire de Liverpool, la chanteuse, accompagnée d’un guitariste en kilt et d’un claviériste, impose une esthétique marquée, entre glamour sombre et rock alternatif aux accents gothiques. Son univers, nourri d’histoires d’amours cabossées ou comme elle le dit elle-même, « du poison qu’est l’amour » et d’une imagerie soignée, repose sur une voix envoûtante et une présence scénique affirmée. Le concert débute dans une atmosphère épurée, mais peine par moments à trouver un véritable relief rythmique. La salle reste polie, parfois bavarde au fond, et l’enthousiasme ne décolle jamais totalement malgré quelques encouragements. Pete Doherty est régulièrement visible à l’arrière de la scène, allant et venant nonchalamment, verre à la main, observant la prestation. La chanteuse reçoit également une rose artificielle d’un spectateur à la fin d’une chanson, geste simple mais touchant. Malgré une performance sincère et habitée, l’ensemble demeure contenu, et les applaudissements restent discrets lorsque la prestation s’achève aux alentours de 21h09. La salle, elle, commence seulement à se remplir pour atteindre sa pleine capacité.

À 21h30, les lumières s’éteignent pour la tête d’affiche. Pete Doherty apparaît simplement sur scène entouré de ses six musiciens et de Gladys, son chien. Loin de toute posture de star, il est là devant nous comme devant des amis dans un pub. Il impose son univers, les yeux souvent fermés, l’air désinvolte, se déplaçant sans relâche d’un côté à l’autre de la scène dans une danse à en faire pâlir d’envie le tonton esseulé sur la piste à la fin d’un mariage, après après avoir bu une demie bière. Son attitude insolente et totalement assumée participe pleinement à l’ambiance. Et il nous emporte avec lui.

Entre les morceaux, il s’adresse au public avec humour et bienveillance. Il demande à un moment si un médecin est présent dans la salle, ou quelqu’un du milieu médical, pour finalement préciser : « un épidémiologiste ? ». Par chance, il y en a un ce soir-là. Doherty lui lance alors « attends, je vais mettre mon masque », remet brièvement le masque de Titi, le remercie pour son travail sur le Covid avant de lui dédicacer The Epidemiologist. Il partage aussi ses impressions sur Lille, expliquant qu’il est toujours heureux d’y revenir, car la ville a cette atmosphère, selon lui, post-apocalyptique, car il a notamment vu quelqu’un faire ses besoins dans la rue... Dans un moment aussi absurde que fédérateur, il invite la foule à sortir les griffes avec les mains et à grogner vers le voisin de gauche dans un « grrrrr » parfaitement assumé pour introduire Baron’s Claw !

Le chant est clair et précis, sans prompteur, chaque mot racontant une histoire. Pete transforme chaque chanson en un moment vivant et singulier. Gladys l’accompagne naturellement, réclamant parfois quelques caresses. Le concert s’enchaîne sans pause ni rappel, dans un équilibre parfait entre décontraction et maîtrise. On notera la superbe reprise de l’ancien groupe de son batteur (Mike Joyce), The Smiths, avec How Soon Is Now. Les musiciens l’accompagnent parfaitement (à l’exception des chœurs, trop discrets pour être entendus), mais la force du concert repose avant tout sur Pete lui-même. Le public se laisse happer, la fosse bondit dès les premières notes de Time for Heroes des Libertines, avant un final triomphal, aux alentours de 23 heures, sur Fuck Forever des Babyshambles.

Ce soir, Doherty nous a offert une véritable leçon de rock’n’roll british insolent à l’ancienne, prouvant une nouvelle fois qu’il n’est jamais entré dans un moule ni dans la conformité. On en redemande volontiers !

Crédits photos : Antoine.S



Partagez cet article sur vos réseaux sociaux :

Ces articles en relation peuvent aussi vous intéresser...