Urne (+ Theraphosa) à la Maroquinerie (Paris) – 21.02.26

En pleine ascension, le groupe de sludge et de metal progressif Urne se lance dans sa première tournée en tête d'affiche en-dehors de son Royaume-Uni natal. Première halte à Paris, dans une Maroquinerie bien remplie qui l'attend de pied ferme... 

Theraphosa

La setlist de Theraphosa est un modèle d’équilibre : le combo francilien encadre son concert avec deux titres issus de son tout premier EP éponyme sorti en 2018, comme pour rappeler d’où il vient et mesurer le chemin parcouru. L’entame avec « Vestibule » frappe juste. Vincent Dubout (guitare, chant) s’avance rapidement au bord de la scène, libère un solo lumineux et pose un chant clair d’une grande justesse. L’énergie monte sans détour et la salle comprend vite qu’elle va assister à un set aussi intense que maîtrisé.

Le final convoque « The God Within », qui impose une conclusion millimétrée. Les deux frères, Vincent à la guitare et Matthieu à la basse, y partagent le chant avec une complémentarité évidente, tissant un dialogue vocal habité. Entre ces deux bornes, Theraphosa déroule une setlist solide où les titres du premier album Transcendence (2020) trouvent naturellement leur place. « Obsession » déploie un groove redoutable avant de durcir le ton à coups d’énormes riffs, tandis que « Stigmata of the Purest Pain » confirme la capacité du groupe à conjuguer puissance et précision.

La part belle revient toutefois au dernier opus, Inferno, aux thématiques et à l’esthétique inspirées de L’Enfer de Dante. Quatre morceaux en sont extraits et explorent plusieurs péchés capitaux. Les riffs de metal moderne et le refrain imparable de « Greed », le funk irrésistible, les lignes de basse séductrice et les "Asmodeus" chuchotés de « Lust » fonctionnent à merveille en live. Les envolées progressives s’y multiplient, la guitare se place en avant, et la maîtrise technique impressionne sans jamais verser dans la démonstration gratuite. Matthieu et Vincent échangent très peu de regards, mais semblent reliés par une forme de télépathie.

Matthieu incarne une force tranquille. Les yeux souvent fermés, il porte bien haut sa magnifique basse en bois et enchaîne les lignes virtuoses en imposant un groove irrésistible qui structure chaque morceau. Vincent, placé au centre, se montre plus mobile et plus loquace. Entre deux titres particulièrement intenses, il glisse quelques traits d’humour et adresse de nombreux remerciements. Le groupe affiche un plaisir évident à jouer à la Maroquinerie, à domicile, et le public, nombreux et attentif, le lui rend bien.

Dans leurs tenues sobres et élégantes, les musiciens affichent une classe très française. Musicalement, les couplets en growl alternent avec des refrains en chant clair, parfois inversés, et l’ombre d’influences à la Opeth plane sur l’ensemble. Deux membres ont rejoint l’aventure récemment, Thomas Artaud à la guitare rythmique et Thomas Cremier derrière les fûts (en remplacement de Martin, cofondateur contraint de quitter le groupe pour raisons médicales). Pourtant, aucune hésitation ne transparaît : le set reste fluide, engagé et d’une grande cohérence. La Maroquinerie ne s’y trompe pas et réserve une ovation bruyante au groupe, que l’on espère revoir très vite sur scène.

Urne 

Au moment des balances, le guitariste Angus Neyra est acclamé pour sa performance impeccable. Le public parisien est chaud, très chaud, et les quatre Londoniens l’ont bien compris. L’air ravi, ils viennent filmer la fosse fiévreuse de la Maroquinerie qui répond, avant même le début du concert, à leurs cris de ralliement.

De la cavalcade « Be Not Dismayed » à l’épopée progressive de neuf minutes « Harken the Waves », les Anglais déroulent un set dense et conquérant qui confirme que leur récent passage du trio au quatuor n’a rien d’un détail. Bien au contraire : cette nouvelle configuration, avec un second guitariste, Kurt Bagley, permet de libérer toute l’ampleur et la densité de leurs compositions. Dans la petite salle parisienne, rapidement pleine à craquer, l’électricité circule déjà avant même la première note. Les premiers rangs se serrent contre la scène, les bras se lèvent, la communion est immédiate.

Dès les premières salves, le groupe impose un déferlement d’énergie, de force et de maîtrise. Angus cisèle ses arpèges avec précision et enchaîne les solos déments avec une aisance incroyable. À droite de la scène, Kurt trouve sa place sans forcer : solide à la guitare, appliqué aux chœurs, il soutient l’édifice avec sérieux, même si son chant est peu audible au début du concert. La machine se rôde vite, et le son, globalement très correct, permet d’apprécier les nuances d’un set tout en relief.

En bon taulier, Joe Nally occupe l’espace avec une autorité naturelle. Ses lignes de basse se révèlent redoutables de précision et de groove, tandis que sa gestuelle ample capte les regards. Il s’avance, mime les paroles, harangue la foule et demande au public de taper des mains. La Maroquinerie répond au quart de tour. Mais le frontman ne se contente pas de diriger la manœuvre : il module aussi sa voix avec une polyvalence accrue, alternant hurlements rageurs et passages en chant clair plus doux, chargés d’émotion.

Quatre morceaux du dernier album, Setting Fire to the Sky, paru trois semaines plus tôt, jalonnent la setlist. « The Spirit, Alive » déclenche une fièvre instantanée : son énergie hardcore et son refrain imparable embrasent la salle, tandis que les passages criés achèvent de faire basculer le public dans une transe collective. Sur « The Ancient Horizon », les riffs mélancoliques du début sont repris en chœur par un auditoire déjà conquis. Le morceau évolue vers des couplets aux accents grungy, avant l’irruption de hurlements intenses et d’un refrain où Joe assure les cris pendant que Kurt pose un chant clair complémentaire. L’équilibre fonctionne, et la tension ne retombe jamais.

La soirée connaît aussi un épisode plus mouvementé lorsqu’un fan un peu trop enthousiaste (et alcoolisé) bouscule les premiers rangs. Sans hésiter, Joe fait passer en backstage des enfants présents devant et calme l’individu avec une fermeté qui force le respect. Service d’ordre improvisé, certes, mais surtout démonstration d’une vigilance sincère envers son public. Quelques minutes plus tard, le bassiste remercie chaleureusement la salle et confie son émotion de voir le groupe attirer des fans au-delà du Royaume-Uni. Il retrace le parcours d’Urne et s’attarde sur une rencontre déterminante : celle de Joe Duplantier de Gojira qui leur a proposé de produire leur deuxième album. Une main tendue inespérée qui a donné naissance à A Feast on Sorrow et changé à jamais la trajectoire du groupe.

Trois morceaux de cet album sont joués ce soir. L’excellente « Becoming the Ocean » lance une rythmique galopante et effrénée que viennent ponctuer des haltes millimétrées, presque suffocantes. « A Feast on Sorrow », introduit par quelques notes de piano sur piste signées Joe Duplantier, bascule rapidement dans des riffs pachydermiques que percent des lignes de guitare lead poignantes. Quant à « Burden », impossible d’y résister : son énergie déchirante déclenche un headbanging massif, porté par la prestation monstrueuse de James Cook, impérial derrière son kit, sourire aux lèvres et double pédale affûtée.

Lorsque retentissent les dernières notes de « Harken the Waves », la salle exulte. Les applaudissements nourris saluent la prestation intense, impeccable, mais humble d'un groupe capable de conjuguer puissance brute et sensibilité assumée. La soirée pourrait s’arrêter là, mais les musiciens rejoignent très vite leur public du côté du stand de merch. Les sourires s’échangent, les discussions s’engagent, et la communion se prolonge encore un peu …

Photos : Lil'Goth Live Picture. Toute reproduction interdite sans l'autorisation de la photographe. 



Partagez cet article sur vos réseaux sociaux :

Ces articles en relation peuvent aussi vous intéresser...