Motionless In White à Lyon : une revanche flamboyante au Transbordeur (02.03.26)

Il y a des dates qui prennent une dimension particulière avant même que la première note ne retentisse. Celle du 2 mars 2026 au Transbordeur de Lyon en faisait partie. Annulée l’an dernier suite aux problèmes de santé de Chris Cerulli (chanteur), cette escale française de la tournée européenne de Motionless In White était devenue un rendez-vous de rattrapage, presque une promesse en suspens. Salle sold out (première date de la tournée à l’être), tension palpable, public massé jusque dans les moindres recoins : Lyon n’était pas venu assister à un simple concert, mais à un « make up show », comme l’a si bien dit Chris.

Make Them Suffer 

Ce sont les Australiens de Make Them Suffer qui ouvrent les hostilités. Sean Harmanis, massif et concentré, impose d’entrée son growl abrasif tandis que Nick McLernon et Alex Reade prennent place autour d’un set déjà plongé dans des lumières froides et tranchantes. Dès les premiers titres « Oscillator », « Doomswitch », la fosse s’active.

Mais ce qui distingue réellement Make Them Suffer, c’est cette dualité vocale. Alex Reade, derrière ses claviers, apporte un chant clair qui contraste magnifiquement avec la violence des refrains hurlés. Sa présence scénique, entre headbang énergique et sourires complices, donne une profondeur supplémentaire à l’ensemble. Les sept morceaux enchaînés trouvent immédiatement écho dans la salle : les paroles sont reprises avec conviction, les premiers crowdsurfers apparaissent, et l’énergie ne retombe jamais.

En trente minutes, le groupe réussit exactement ce que l’on attend d’une première partie. La salle est chaude et prête pour la suite.

Dayseeker

Le passage à Dayseeker modifie radicalement l’atmosphère. Là où Make Them Suffer frappait fort, Dayseeker choisit l’introspection. Rory Rodriguez, charismatique et sincère, capte immédiatement l’attention. Sa voix, capable de passer d’un murmure fragile à une montée en puissance vibrante, devient le fil conducteur d’un set plus mélodique.

Des titres comme « Crawl Back To My Coffin » ou « Sleeptalk » déclenchent des chants collectifs. Il faut dire que la performance est hypnotisante. On sent que les paroles, évoquant solitude, résilience et reconstruction, parlent directement à une génération qui se reconnaît dans cette vulnérabilité assumée. Lorsque Rory explique qu’un morceau évoque le fait de traverser les périodes sombres pour en ressortir plus fort, le silence respectueux de la salle en dit long.

Musicalement, le groupe alterne textures atmosphériques et poussées plus lourdes. Sur les passages plus agressifs, la fosse se réveille instantanément. Mais ce qui marque surtout, c’est cette connexion émotionnelle : Dayseeker ne cherche pas l’évasion, il met les blessures en lumière. Et le public répond présent.

Le set se termine par « Neon Grave », un titre en hommage au père de Rory Rodriguez, décédé du cancer. Et c’est tout simplement magique.

Motionless In White

Une demi-heure plus tard, le Transbordeur s’est bien rempli. L’air est devenu plus lourd, et d’ailleurs, il fait beaucoup trop chaud dans cette salle. Puis les lumières s’éteignent. Un visuel cosmique apparaît sur les écrans. Le fameux chat galactique déclenche une clameur immédiate, presque hystérique. La machine est lancée.

Motionless In White investit la scène avec « Meltdown », et la salle explose littéralement. Chris Motionless surgit dans une silhouette gothique impeccable, maquillage spectral, regard noir et posture assurée. À ses côtés, Ricky Olson (guitare), Ryan Sitkowski (guitare), Justin Morrow (basse) et Vinny Mauro (batterie) forment un bloc parfaitement huilé. On sent immédiatement que le groupe sait exactement ce qu’il fait et où il va.

La production impressionne, d’autant plus dans une salle comme le Transbordeur où ce type de déploiement est rare : écran géant, projections synchronisées, étincelles, confettis. Chaque morceau semble pensé comme une scène à part entière. L’ensemble est calibré, millimétré, mais jamais froid.

Les Cherry Bombs, collectif de danseuses fondé par Alicia Taylor (épouse de Corey Taylor, et présente ce soir-là), apportent cette dimension théâtrale propre au groupe. Sur « Werewolf », la scénographie bascule dans un cabaret gothique assumé : lumières rouges, poses dramatiques, silhouettes lupines. Les masques de loups frôlent parfois le kitsch, presque cheap, mais c’est aussi ce qui fait le charme de ce morceau : Motionless In White n’a jamais eu peur d’embrasser son côté excessif.

Musicalement, le set est une démonstration. Sur « Sign Of Life », Chris alterne chant clair ample et passages plus agressifs avec une facilité déconcertante. « Slaughterhouse » déclenche un chaos contrôlé dans la fosse : circle pits, vagues de crowd surfers, sécurité débordée mais efficace. Sean Harmanis de Make Them Suffer vient même faire un featuring, pour remplacer Bryan Garris (Knocked Loose). Le public est conquis. « Voices » transforme la salle en chœur massif, porté par des éclairages aux couleurs arc-en-ciel. « Another Life » suspend le temps : neige artificielle, téléphones levés, voix unies. Un moment presque cinématographique, qui rattrape un peu le kitsch des danseuses (après, les goûts et les couleurs ...).

Et puis vient « Eternally Yours ». Les premières notes suffisent à faire monter l’émotion d’un cran. Les Cherry Bombs reviennent, distribuent des roses rouges dans la fosse tandis que Chris descend sur l’avancée pour en tendre lui-même à quelques fans au premier rang. L’image est forte, presque romantique, mais sincère. Ce n’est pas un gimmick : on sent que ce concert compte.

Au-delà des flammes et des projections, ce qui frappe surtout, c’est la connexion. Chris prend le temps de revenir sur l’annulation de l’an passé, parle de ce « make up show » avec un mélange d’humour et de reconnaissance. Il remercie Lyon pour sa patience. Et cela ne sonne jamais automatique. Il regarde réellement la foule. Il savoure.

Le Transbordeur, pourtant habitué aux soirées explosives, semble presque trop petit pour contenir l’intensité dégagée ce soir-là. Les chants ne faiblissent jamais. Au milieu, les moshpits ne s’arrêtent pas. Les visages oscillent entre euphorie et émotion pure. Malgré la présence de morceaux un peu aléatoire comme « Rats » ou encore « City Lights », le show est carré.

Il n’y a pas de rappel interminable. Pas besoin. La soirée atteint naturellement son apogée sur cette dernière communion collective. Après l’annulation de 2025, cette date n’était pas simplement un concert. C’était une revanche. Et la confirmation que Motionless In White a définitivement changé de dimension en Europe. Le Transbordeur était plein. Et il aurait pu l’être deux fois.

Photos : Florentine Pautet



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