Il y a quelques semaines à peine sortait Leather Temple le dernier opus de la trilogie du "cuir" de Carpenter Brut. Le Français n'a pas perdu de temps puisqu'il s'est lancé assez rapidement à l'assaut des routes de France pour présenter ce dernier album. L'attente était grande car cela faisait deux ans qu'on ne l'avait plus vu dans une salle en configuration club. C'est parti pour une soirée intense et mémorable.
Ghost Dance
Ouverture des portes du club de la Rockhal à 20h00 et début du set de Ghost Dance 30 minutes plus tard. Un quart seulement de la salle est rempli mais en ce soir de semaine, on sait que les Luxembourgeois vont mettre du temps à venir. Seul en scène, le Français délivre pendant une demi heure un set très agressif sans temps mort à forte dominante drum'n bass. Les amateurs d'électro qui aiment Carpenter Brut ne sont pas surpris, mais il est intéressant de voir un artiste comme Ghost Dance face à un public fan de metal. La fosse est timide mais le set est bien ficelé avec une vraie gradation. Au fur et à mesure que la salle se remplit, l'artiste électro remporte l'adhésion et une ambiance de club s'installe. On est plus dans une atmosphère Tomorrowland que Hellfest.
Chose assez surprenante : le light show semble plus mettre en valeur le public que l'artiste en lui-même. Dommage car le Français est assez joueur et mène bien son rôle de DJ et d'ambianceur. Autre élément problématique : le rideau de fond de scène qui est légèrement entrouvert, révélant la lumière des backstages. Mais l'ensemble est très cohérent avec l'univers de Carpenter Brut notamment les lumières rouges et l'abondance des basses ressenties même dans la cage thoracique. Par contre, impossible de se focaliser sur une mélodie tant l'univers drum'n bass se focalise essentiellement sur le rythme et l'agressivité. Quelques passages plus techno ou même acid jazz permettent d'introduire une certaine variété, mais on peut sentir chez certains auditeurs, un début d'ennui : on utilise son téléphone plus pour scroller que pour filmer la prestation scénique. Dommage car Ghost Dance a sorti des singles très intéressants avec parfois des mélodies un peu plus accrocheuses mais on sent bien que l'idée principale (autre point commun développé par la tête d'affiche) était de nous en mettre plein la tronche. Pari tenu, et nos muscles sont déjà bien échauffés pour le set de Carpenter Brut.
Carpenter Brut
Et c'est parti pour 1h15 de hits ou de HIIT tant le set de Carpenter Brut ne laisse aucun répit. On avait apprécié son dernier album Leather Temple pour son coté "dans ta face", et on peut constater que Franck Hueso a décidé de reproduire ce même sentiment sur scène. L'introduction magnifique "Ouverture (Deus Ex Machina)" jouée sur piste permet de dévoiler un énorme monolithe au centre de la scène, sorte de fusion entre 2001 : L'Odyssée de l'Espace et la pyramide de la tournée des Daft Punk. Autre élément scénique : deux grands écrans qui commencent par passer une publicité pour une entreprise dystopique censée sponsoriser le concert. Dès que Franck se met à jouer, on sent que le public est venu pour en découdre. Premier morceau et premier pogo : on a l'habitude d'un public luxembourgeois un peu plus discret, à des années lumières de la ferveur des latino-américains mais forcé de constater que Carpenter Brut réunit le côté sauvage de l'électro et du metal. Ca headbangue sévère, même au balcon et quelques fans slamment également, la configuration du lieu étant tellement serrée que certains atterrissent même quelques secondes sur scène. Cela n'a pas l'air de déranger le batteur Florent Marcadet, véritable monstre de précision. On retrouve le côté très robotique des boîtes à rythmes des albums, mais avec un aspect humain, et cela permet également d'ancrer les compositions dans un univers plus metal. Si Franck Hueso avait la crainte que son dernier album, fraîchement sorti, soit accueilli timidement, les premiers morceaux confirment que les fans ont bien digéré Leather Temple. Heureusement car la setlist est constituée de l'intégralité de l'album avec bien sûr quelques classiques.
C'est notamment sur "Roller Mobster" qu'on peut se rendre compte de la popularité des titres auprès du public : non seulement ce dernier se donne corps et âme, mais il trouve aussi le temps de chanter la mélodie entre deux pogos. Même constat pour le dyptique classique "Day Stalker/Night Prowler" qui est clairement un des préférés des fans. Le light show est intensif notamment grâce à la couleur rouge prédominante : on se croirait dans une messe noire à la gloire d'un Demogorgon de Stranger Things. Alors qu'on se surprend à attendre un peu de diversité au niveau de l'ambiance visuelle, on est baigné dans une esthétique très années 80/synthwave avec les couleurs très criardes sur "The Misfits/The Rebels". C'est assez pertubant de voir d'un côté tout cet univers dystopique et de l'autre côté des "true metalleux" en veste en jean danser sur de l'électro. Si quelqu'un voulait une preuve que les fans de metal sont éclectiques et divers, il n'y a qu'à venir dans la salle.
Plus le temps passe et plus l'adhésion est totale : même le balcon, plus calme d'habitude, ondule sur les sons de Carpenter Brut. On parie que certains spectateurs, haut perché, veulent descendre lorsque Franck demande un wall of death sur "Turbo Killer". Néanmoins, même si le groupe et la fosse sont unis par la musique, on aimerait quand même un peu plus de communication. Il est vrai que Florent ou Franck sont occupés derrière leur matériel mais Adrien délivre les riffs en restant statique, sans trop aller chercher le public. Autre bémol et pas des moindres, le côté très propre des prestations. C'est certes très agréable d'avoir des conditions parfaites pour entendre les morceaux, tant le travail de l'ingé son est parfait, mais on se retrouve avec des titres qui correspondent exactement à ce qu'on peut entendre sur la version studio, et dans un contexte de set electro, on aurait aimé des remixes, des mash-up ou cette sensation d'assister à un concert un peu plus unique. On aurait aimé aussi que la prestation d'Adrien fasse basculer un peu plus les titres vers une atmosphère metal mais l'ensemble colle toujours à la synthwave développée sur les albums.
Malgré cela, le set passe à une vitesse folle et quelques pépites viennent nous montrer que Franck Hueso maîtrise plusieurs styles. Le célèbre "Disco Zombi Italia" nous ramène encore plus en arrière avec son côté pop et kitsch et "Le Perv" fait toujours son effet avec ses lumières criardes telle une nuit dans la ville de Tokyo. Lorsque le classique "Maniac" résonne dans le club de la Rockhal et qu'on sent la fin arriver, on hésite à en reprendre encore mais notre corps nous rappelle vite qu'une heure de Carpenter Brut, c'est intense. Surtout que pour ce morceau de rappel, le public n'est pas fatigué et bouge en chantant comme un seul homme. Quelques remerciements pré-enregistrés déclenchés par son contrôleur et le groupe quitte la scène et un public conquis, en sueur, avec quelques kilocalories en moins.
Encore une date qui montre que Carpenter Brut sait faire le show, et que la passerelle entre metal et électro ne se résume pas qu'à l'indus de Rammstein. Réunir l'énergie du metal et le côté dansant des nightclubs n'était pas forcément gagné d'avance, mais Franck Hueso sait le faire très bien. A noter la superbe ambiance entre les fans qui n'ont pas hésité à se parler et à faire connaissance avant, pendant et après le concert. La tournée n'est pas finie : le concert du 20 mars à l'Olympia est complet mais il remet ça en octobre (et même en 2027 avec une date au Zénith de Paris) donc courez sans hésiter prendre vos places. Toutes les infos ici.
Setlist
- Ouverture (Deus Ex Machina)
- Major Threat
- Leather Temple
- Roller Mobster
- She Rules the Ruins
- Start Your Engines
- Looking for Tracy Tzu
- Day Stalker
- Night Prowler
- Iron Sanctuary
- The Misfits / The Rebels
- Disco Zombi Italia
- Neon Requiem
- Speed or Perish
- Turbo Killer
- 5 118 574
- Le Perv
- Maniac
- The End Complete
Photos prises lors du concert de Ghost Dance et Carpenter Brut à Lyon le 10 mars 2026 : Florentine Pautet. Toute reproduction interdite sans l'autorisation de la photographe.



















