Entretien avec T.J.S, leader de Towering

Que le temps défile ! Mine de rien, cela fait déjà sept ans que le premier opus de Towering est sorti. Il aura fallu quelques années pour que le combo de death metal peaufine son art noir pour sortir The Oblation of Man, petite pépite de post-death dissonant. Devant la qualité de ce nouvel opus, nous avons souhaité en savoir plus sur le travail de l'ombre et avons profité de l'occasion pour nous entretenir à nouveau avec Thom, compositeur et leader du groupe. 

Bonjour Thom, et merci de nous accorder ce nouvel entretien, sept ans après le précédent. Nous avions en effet discuté lors de la sortie de Obscuring Manifestation. Comment as-tu vécu ces sept années qui ont suivi la sortie de ce premier album ?

Bonjour à tous et merci de me proposer cette interview. Ces sept années ont été à la fois très riches et particulièrement exigeantes. La sortie de Obscuring Manifestation nous a permis de défendre notre musique sur scène et d’avoir des retours très encourageants, ce qui a naturellement nourri notre envie d’aller plus loin. En parallèle, nous avons très vite entamé un travail de fond sur la suite, avec une volonté claire de ne pas simplement reproduire ce que nous avions déjà fait. Cela nous a amenés à prendre du recul, expérimenter davantage et surtout à faire évoluer notre manière de composer.

Je sais que la composition et l’enregistrement se sont effectués sur le temps long puisqu’en décembre 2023, Towering postait un message sur les réseaux pour annoncer que l’album était enfin composé entièrement. Pourquoi l’enregistrement a-t-il pris si longtemps ? On imagine qu’entre temps, tu as déjà développé de nouvelles idées pour la suite ?

Effectivement, la composition s’est étalée sur une longue période, et l’enregistrement a suivi cette même logique. Nous avons pris le parti de ne rien précipiter, que ce soit dans l’écriture comme dans la production. Chaque détail a été retravaillé, affiné, parfois remis en question, ce qui demande énormément de temps. L’arrivée d’Arboria (basse) en cours de processus a également impliqué une réadaptation de certaines parties, notamment à la basse, ce qui a contribué à allonger les délais, mais de manière totalement bénéfique pour l’album. Et oui, forcément, avec un processus aussi long, de nouvelles idées émergent déjà. Mais pour l’instant, nous sommes encore pleinement focalisés sur The Oblation of Man.

The Oblation of Man sort donc cette année, et propose une évolution dans le son de Towering. Le premier album était très influencé blackened death mais là vous proposez quelque chose d’encore plus dense, torturé et sombre. Pour moi, vos nouvelles compositions reprennent l’esprit du premier opus mais l’emmène vers une musique plus spirituelle. Comment vois-tu cette évolution de l’intérieur ?

Cette évolution s’est faite de manière assez naturelle. Comme nous l’avions déjà amorcé sur certains passages du premier album plus sombres et plus recherchés au niveau de l’écriture et des structures, nous avons poursuivi dans cette direction en accentuant les ambiances, les dynamiques et la dimension presque rituelle de notre musique. Là où Obscuring Manifestation était plus direct et brutal, The Oblation of Man est plus dense, plus introspectif, et effectivement plus spirituel dans son approche. Il y a une volonté de plonger davantage dans des atmosphères de dévotion, de transformation, presque de transcendance, en allant au-delà de la simple violence musicale.

La musique est dense, mais extrêmement cohérente. Si tu es le seul compositeur de Towering, on sent tout de même une vraie cohésion entre les instrumentistes pour créer un tel résultat. Depuis la sortie d’Obscuring Manifestation, seul votre bassiste a changé. Cette stabilité du line-up, est-ce la clé pour créer une œuvre aussi homogène ?

Oui, en grande partie. Le fait d’avoir un line-up stable permet de développer une vision commune sur le long terme et d’aller beaucoup plus loin dans les détails. Même si je suis à l’origine des compositions, chaque membre s’approprie pleinement la musique et y apporte sa sensibilité et son interprétation. L’arrivée d’Arboria a également été déterminante sur cet album. Son implication et sa manière d’aborder l’écriture ont renforcé cette cohésion globale. C’est vraiment un travail collectif dans l’exécution et dans la finalisation des morceaux.

L’album est dense, mais selon moi, le format album prend ici tout son sens, puisque tout s’enchaîne parfaitement et il est difficile pour moi d’écouter un morceau séparément. A l’heure où le public est de plus en plus consommateur de musique, où l’on extrait un titre voire quelques secondes d’un morceau pour le coller dans une story sur les réseaux, cela demande une certaine exigence à l’auditeur. Est-ce une démarche anti-conformiste volontaire de la part de Towering pour lutter contre cette société de consommation et du tout-tout de suite ?

Ce n’est pas une posture volontairement “anti”, mais plutôt une conséquence naturelle de notre approche. Nous concevons vraiment cet album comme une œuvre globale, avec une progression, une narration et une immersion qui dépassent le cadre de morceaux pris individuellement. Effectivement, cela demande une certaine implication de l’auditeur, mais c’est aussi ce que nous recherchons : proposer une expérience complète, qui se découvre et se digère sur la durée, plutôt qu’une consommation immédiate.

Vous avez confié le mixage à Eloi Nicod (The Scalar Process, ex-Dawohl), une lourde tâche. Pourtant, il s’en sort à merveille vu qu’on arrive à la fois à déceler les subtilités de chaque instrument, tout en laissant respirer les choses. Pourquoi avoir fait appel à lui sachant que son groupe principal propose un style assez éloigné de ce que vous faites ?

Le choix d’Eloi s’est fait assez naturellement, notamment via Arboria qui le connaissait en tant que compagnon d’armes au sein de DAWOHL. Même si ses projets principaux sont différents stylistiquement, nous savions qu’il avait une approche très fine du son et une réelle sensibilité aux ambiances. Dès les premiers échanges et le premier test de mix, il a su capter exactement ce que nous voulions : une production à la fois organique, froide et détaillée, qui mette en valeur les textures et les dynamiques sans étouffer l’ensemble. Son travail a même dépassé le cadre du mix, puisqu’il a contribué à certains ajustements d’arrangements.

Je trouve que l’artwork exprime à merveille le contenu, où l’on observe une silhouette en adoration devant une puissance nébuleuse et un monolithe noir. Le monolithe fait d’ailleurs écho à la tour de babel d’Obscuring Manifestation et au patronyme Towering. Comment avez vous réfléchi avec Leoncio Harmr, le créateur de l’artwork, pour aboutir à ce résultat ?

Nous avons laissé une grande liberté à Leoncio. Nous lui avons transmis les morceaux ainsi que les thématiques de l’album, notamment autour de la dévotion, de l’adoration et de l’offrande de soi. Le monolithe et la figure en adoration se sont imposés comme une représentation très juste de ces idées. Il y a effectivement une forme de continuité visuelle avec Obscuring Manifestation, mais ici elle est poussée vers quelque chose de plus symbolique et contemplatif. Le résultat correspond parfaitement à l’identité de l’album.

Cela fait quelques années que vous êtes restés silencieux côté scène, puisque si je ne me trompe pas, vos dernières dates remontent à 2023 à Cherbourg. Appréhendes-tu de retrouver les planches ?

C’est toujours un moment particulier après une longue absence. Il y a forcément une forme d’appréhension, mais surtout beaucoup d’excitation. Les morceaux sont plus exigeants, plus denses, donc cela demande une préparation encore plus rigoureuse pour les restituer fidèlement sur scène. Mais c’est aussi une étape essentielle pour donner une nouvelle dimension à l’album et le faire vivre pleinement.

Quels sont les prochains projets de Towering désormais ?

Notre priorité est clairement de défendre The Oblation of Man sur scène, que ce soit en concerts ou en festivals, en 2026 et au-delà. Nous travaillons activement dans ce sens. En parallèle, comme évoqué, de nouvelles idées commencent déjà à émerger, mais nous souhaitons vraiment nous consacrer pleinement à cet album avant de nous projeter sur la suite. Nous espérons que l’album saura trouver un écho chez vous, et nous avons hâte de pouvoir le défendre sur scène !

Interview réalisée par mail en mars 2026
Photo promotionnelle : DR / Dolorem Records



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