Depuis presque deux décennies, Winterfylleth s’est imposé comme l’un des piliers du black metal atmosphérique britannique. Basé à Manchester, le groupe a toujours cultivé une approche profondément enracinée dans l’histoire, la terre et l’identité culturelle anglaise. Avec ce neuvième album, The Unyielding Season, les Anglais poursuivent cette démarche en livrant une œuvre dense, manifeste, où la contemplation des paysages et de la mémoire collective se transforme en acte de résistance.
Dès les premières minutes, on comprend que ce disque n’est pas seulement une nouvelle étape discographique : il s’inscrit dans une continuité narrative avec The Imperious Horizon (2024). Là où ce dernier évoquait une menace lointaine, The Unyielding Season décrit désormais celle-ci devenue réalité, comme un incendie qui s’étend là où son prédécesseur ne montrait qu’un froid calculateur.
Winterfylleth n’a jamais cherché à faire du pagan metal un simple décor esthétique. Chez eux, la nature et l’héritage ancien sont des vecteurs de réflexion. Ce nouvel album continue d’explorer ces thèmes en les reliant à notre époque : peur diffuse, pression sociale, perte de repères. La musique agit alors comme un rappel des forces anciennes, une manière de retrouver un équilibre dans un monde qui semble avoir perdu son axe. Peu de nouveautés musicalement, mais un album qui vous emporte malgré tout.
L’ouverture avec “Heroes Of A Hundred Fields” agit comme un appel. Les paroles évoquent des combattants rassemblés pour défendre leur terre et leur liberté, dans un paysage de collines sacrées où résonnent encore les cris des batailles passées. La musique suit cette dimension héroïque : blast de batterie, cris de ralliement et de hargne du chanteur, riffs mélodiques, guerriers et à la fois mélancolique des guitares. Le tout s'élève et s'illumine lors de la partie centrale, comme un léger espoir au-dessus des champs balayés par le vent.
Winterfylleth a toujours eu ce talent particulier pour donner l’impression que sa musique naît directement du paysage. Les guitares de Chris Naughton et Russell Dobson dessinent de vastes horizons tandis que les lignes mélodiques rappellent les sagas anciennes, leurs drames et leurs mélancolies. Ce lien avec la terre et l’histoire reste la signature du groupe depuis The Mercian Sphere ou The Threnody of Triumph, et il résonne ici d'une même manière en quelque sorte.

L’un des morceaux les plus marquants, “Echoes In The After”, s’inspire d’un texte du XVIe siècle tiré d’Arcadia de Philip Sidney. La chanson a été écrite en réaction à l’abattage du célèbre arbre de Sycamore Gap, près du mur d’Hadrien, événement qui avait profondément marqué l’opinion britannique.
Cette inspiration se ressent dans les paroles, qui décrivent une nature meurtrie appelant à la mémoire et au respect. La musique est brutale, rapide et avance inexorablement avec dramatisme. Comme dans presque tous les morceaux, de belles lignes mélodiques ressortent au milieu de la violence musicale, apportant à la fois réconfort et tristesse.
À l’inverse, “A Hollow Existence” déploie une énergie plus sombre. La batterie ouvre sur une rythmique ternaire qui rappelle les riffs de Primordial. Le morceau évoquent un monde où les monuments et les croyances se vident de leur sens, laissant derrière eux des ruines qui ne sont plus que des ombres de ce qu’elles furent. Les nappes éthérées des chœurs d'hommes et des guitares sont à la fois guerriers et contemplatifs. Puis la tension monte : les rythmes deviennent plus nerveux, les riffs plus incisifs. Et une nouvelle fois, au milieu de tout cela, de belles mélodies et des harmonies qui évoluent pour amener le côté atmosphérique et contemplatif au milieu de la violence.
L’âme du pagan metal
Ce qui distingue Winterfylleth dans la sphère pagan et atmospheric black metal, c’est sa capacité à équilibrer violence et contemplation. Les morceaux restent puissants, mais jamais chaotiques. La rage n’est pas là pour dominer, elle sert à souligner la gravité du propos. C'est agréable, mais c'est ce qui fait que l'album ressemble par moments aux précédents albums.
Cependant, dans l'esprit de l'album The Hallowing of Heirdom, on retrouve des moments acoustiques qui viennent couper complètement avec ce qui se passe musicalement dans l'album. Dans “Unspoken Elegy”, une pièce instrumentale portée par la guitare acoustique et un violoncelle mélancolique, on découvre une respiration au cœur du disque. Toujours planant et contemplatif grâce une musique qui se répète inlassablement mais qui change toujours. On retrouve ce même principe dans "Where Dreams Once Grew" dans un esprit plus Renaissance qui rappelle d'anciennes mélodies traditionnelles oubliées.
Ces moment suspendus rappellent que la musique de Winterfylleth n’est pas uniquement une invocation guerrière : c’est aussi une méditation sur le passage du temps.
Le morceau-titre “The Unyielding Season” (on pense une nouvelle fois Primordial lors de certains passages d'harmonies) et "In Ashen Wake" nous font une nouvelle fois prendre conscience de la destruction du monde et de la nature. L'alternance entre moments puissants, laissant exploser la colère de Chris Naughton et les phases de suspensions mélodiques décrivent tout à fait l'esprit d'un monde écrasé par l’oppression et la peur, mais où subsiste malgré tout une braise de résistance.
La seconde moitié du disque adopte une approche plus épique, avant que l’album ne s’achève sur une reprise surprenante : “Enchantment” de Paradise Lost, issue de l’album Draconian Times (1995). Un choix qui rappelle l’influence profonde du doom gothique britannique sur l’identité sonore du groupe.
Avec The Unyielding Season, Winterfylleth confirme son statut d’artisan majeur du black metal atmosphérique et pagan contemporain. L’album agit à la fois comme un avertissement et un refuge : un disque qui observe un monde en crise tout en rappelant les racines profondes qui peuvent encore nous maintenir debout. Une œuvre sombre, majestueuse et profondément habitée qui laissera une marque dans nos esprit par le contenu plus que par la musique, qui, depuis plusieurs albums, continue de se ressembler.
Points forts
- Une continuité intelligente avec The Imperious Horizon.
- Des textes denses mêlant poésie, histoire et commentaire social.
- Un équilibre maîtrisé entre black metal atmosphérique et dimension pagan épique.
- Une production ample qui laisse respirer les paysages sonores.
Quelques nuances
- Un album exigeant qui demande plusieurs écoutes pour révéler toute sa profondeur.
- Les amateurs de black metal plus frontal pourront trouver l’ensemble très contemplatif (après pourquoi écouter Winterfylleth si on préfère le brutal ?).
- Un album qui ressemble musicalement aux précédents albums du groupe.
The Unyielding Season est sorti le 27 mars 2026 sur le label Napalm Records.
Tracklist
Heroes Of A Hundred Fields
Echoes In The After
A Hollow Existence
Perdition’s Flame
The Unyielding Season
Unspoken Elegy
In Ashen Wake
Towards Elysium
Where Dreams Once Grew
Enchantment (Paradise Lost cover)






