Postmodern Jukebox, Esch sur Alzette, 05.05.26

On vous a parlé il y a quelques semaines du projet Postmodern Jukebox du pianiste Scott Bradlee, ce groupe qui reprend des tubes planétaires en version swing ou jazz et ce mardi 5 mai, l'Est de la France et le Bénélux avaient rendez-vous avec les années 20 et 30. Le groupe a l'habitude de sillonner les routes françaises et à peine six mois après leur dernière tournée, ils revenaient nous vanter les mérites de la vraie musique live, celle qui se dresse contre l'intelligence artificielle.

Postmodern Jukebox

Le groupe a décidé d'investir le club de la Rockhal pour la troisième fois. Cette salle est plus habituée à accueillir des groupes de rap ou de metal et c'est donc avec surprise mais un certain plaisir que dans le public, on aperçoit des robes charleston, des fedoras et des costumes. Que les lecteurs se rassurent, on a quand même trouvé des t-shirts Wacken Open AirSummer Breeze ou Sleep Token mais le dress code, la musique jazzy en fond diffusée alors que les spectateurs arrivent, transforment le Rockhal Club en Cotton ClubUne douce atmosphère envahit la pièce au fur et à mesure que la fosse se remplit. Oui, car ce sera un concert exclusivement debout. On aurait peut-être préféré l'ambiance feutrée d'un bar avec des tables mais finalement, la musique se vit debout, se ressent, se danse. Alors qu'on ne dénombrait à peine une vingtaine de personnes à 19h30, heure d'ouverture des portes, jour de semaine oblige, la salle est bien remplie lorsque les lumières s'assombrissent. La scène est résolument vintage avec des pupitres pour les cuivres, des micros old school et un piano droit (qui se révèlera être un piano numérique Nord Stage pour des raisons de facilité de manutention).

Certes beaucoup de personnes sont venues en couple, en habit de soirée, sûrement pour un "date" assez classe mais lorsque Rogelio Doublas Jr, le chanteur et MC de la soirée monte sur scène, on sent qu'il y a des fans dans la salle. Le groupe met direct la barre haut avec une reprise de "Hotel California" des Eagles. Tout de suite on sent le charisme du chanteur avec ce "swag" vintage qui rappelle un certain James Brown. Ce premier morceau est l'occasion d'introduire un autre membre important du groupe : Demi Remick la spécialiste des claquettes et de la danse charleston. Le show est une machine bien rodée et les deux compères esquissent même quelques pas synchronisés à la perfection. Alors certes, il y a ce côté très américain, proche de la perfection avec des chorégraphies déclenchées à la seconde. Mais il y a aussi cet aspect humain qui est revendiqué par le titre de la tournée : "The Future is Vintage", répété par Rogelio. Car ce soir, le groupe veut célébrer l'esprit du "live" et le génie humain face à une IA qui menace de tuer tout simplement la créativité. Ainsi le groupe se fend rapidement d'une petite histoire de la musique allant du phonographe de Thomas Edison à l'année 2084 (petite référence à George Orwell sûrement) en passant par la boombox des années 80. Il y a de l'humour, du groove et une énergie débordante. Le MC nous encourage même à laisser libre court à nos instincts et à danser, crier, applaudir si l'envie nous en prend.

Après un premier morceau aussi intense, malheureusement l'énergie retombe un peu et c'est peut-être le seul défaut de la construction de la setlist : se focaliser sur plusieurs versions "ballade jazz" et ne mettre que quelques morceaux plus uptempo. L'ambiance redescend un peu avec "Thank You for the Music" d'ABBA, "Toxic" de Britney Spears et "Copacabana". Heureusement que les facéties chorégraphiques de Demi viennent un peu dynamiser tout cela. Néanmoins ces trois morceaux permettent de présenter les chanteuses au public. Il est intéressant de constater que chacune a sa personnalité : Katerina Lomis a plus le rôle de la jeune débutante au ball de promo, celle qui a toute les chances d'être élue "Prom Queen", Marley Armstrong est plus masculine quant à Tatum Langley, bien connue des fans de PMJ, elle a un véritable charisme et on sent que comparée à ses deux collègues (dont c'est la première tournée), elle est beaucoup plus à l'aise, jouant avec le public et abordant un air plus séducteur et assuré. Les chanteuses forment un trio qui rappelle forcément les Andrew Sisters et un titre tel que "Wannabe" des Spice Girls montre bien leur cohésion et le travail immense fait pour les harmonies vocales.

On vient bien sûr voir Postmodern Jukebox après avoir vu leurs reprises virales de The WeekndBruno Mars ou Imagine Dragons, mais cela ne nous dispense pas de nous attarder sur le niveau musical de l'ensemble. Ca joue, et ça joue même très bien. Le show a été pensé pour mettre en valeur chaque musicien, que ce soit le pianiste Jacob Dupre qui met tout le monde d'accord avec un solo remplit de références aux thèmes de Star Wars, le batteur Jack Amblin avec une version trio basse/piano/washboard de "It's not Unusual" de Tom Jones et bien sûr le rappel "All about that Bass",  qui permet au bassiste et directeur musical Adam Kubota de prendre le devant de la scène. Il ose même parler un petit peu français ce qui ne manque pas de faire rire le public. La fosse semble d'ailleurs très bien réagir au groupe, ce qui est assez rare pour un public luxembourgeois de début de semaine. Mais le groupe sait emporter les foules grâce à leurs références évidentes, comme ce medley consacré aux films de science fiction ("2001 L'Odyssée de l'espace", "Rencontres du troisième type", "Star Trek"...), l'introduction des membres du groupe sous fond de générique des "Simpsons" ou encore ce medley "Super Mario". Mais les plus attentifs auront remarqué aussi l'excellent travail d'orchestration qui respecte très souvent l'essence même de la reprise tout en mêlant des petites citations musicales comme les quelques lignes de clarinettes de "Rhapsody in Blue" sur "Thank You for the Music".

C'est vraiment un régal auditif servi par un mixage excellent mais aussi un voyage qui ne s'arrête pas aux années folles. "Radioactive" nous fait passer du reggae au beatboxing le tout avec un solo de saxophone, Demi Remick nous gratifie d'un moonwalk sur le medley "Science Fiction" et fait également du break dance. Et que dire de la garde robe extrêmement variée des chanteuses qui doivent se changer plus souvent qu'un show de Céline Dion ou Dua Lipa. La setlist est également très variée, on passe des années 70 avec "ABBA"  aux années 80 des "Eagles" mais les tubes iconiques des années 90 des Spice Girls sont également présents, tout en faisant référence à la jeune génération de Lady Gaga à Meghan Trainor. Cette variété se retrouve également dans le public où des couples de quarantenaires cotoyent des personnes plus âgées mais aussi pas mal de jeunes. Il y a une belle diversité qui se retrouve tant sur scène que dans le public. C'est vraiment le maître mot de la soirée car il ne faut pas oublier que le style jazz ou swing qui nous apparaît comme "vintage" en 2026 est tout simplement à l'origine de bon nombre de styles musicaux actuels. La force de Scott Bradlee (à l'origine du projet et absent de la tournée) a été de montrer à quel point la musique a été révolutionnée dans la période d'Entre-deux-guerres et que cet héritage est présent tout autour de nous. Le voyage dure seulement 1h40 ce qui paraît peu surtout sans première partie, mais au regard de la qualité (et du prix, à peine 30 euros la place), il y a une certaine anémoïa qui se dégage : entendez par là, une nostalgie d'un temps que nous n'avons pas vécu. Oui en 2026 il est possible de prendre un plaisir fou pour à peine 200 francs avec des musiciens en live qui jouent une musique d'un autre temps. Point d'écrans géants, de pyrotechnie, de chanteurs s'élevant au dessus des foules, mais simplement des vrais artistes et mélomanes. Le futur est peut-être vintage mais on ressort d'un concert de Postmodern Jukebox en se disant que l'humanité n'est pas encore morte. Et comme le dit Rogelio Douglas Jr : "n'oubliez pas que les plus belles choses ont été créées par des humains".

Essai plus que transformé pour ce groupe singulier de reprises et si vous avez envie de voyager dans le temps, le groupe se produira le 9 mai à Strasbourg et le 10 mai à Dole. N'hésitez pas non plus à suivre la page YouTube du groupe qui poste régulièrement des covers.

Setlist

  1. Hotel California
  2. Thank You for the Music
  3. Toxic
  4. Copacabana(At the Copa)
  5. Band Tune - The Jetsons
  6. Die With a Smile
  7. Super Mario Tap
  8. Red Right Hand
  9. Radioactive
  10. It's Not Unusual
  11. Cantina Band
  12. Wannabe
  13. 2001 Tap Odyssey
  14. Rag Doll
  15. Die for You
  16. I Still Haven't Found What I'm Looking For
  17. All About That Bass

Photos prises par Deadly Sexy Carl. Toute reproduction interdite sans l'autorisation du photographe. 



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