Dans un voile de lenteur et de mélancolie, Draconian revient avec In Somnolent Ruin, huitième chapitre d’une discographie marquée par la gravité et la contemplation. Attendu le 8 mai 2026, l’album ne cherche pas à surprendre mais approfondit encore cette matière sonore faite de lenteur, de contrastes et de tension retenue. Ici, tout semble suspendu : les notes s’étirent, les silences respirent et la musique avance comme une procession nocturne, fidèle à l’identité que le groupe façonne depuis ses débuts. Le tout, avec le retour très attendu de sa chanteuse d'origine.

Dès l’ouverture avec “I Welcome Thy Arrow”, le ton est donné. Une introduction suspendue dans le temps, tel un brouillard vaporeux dans une sombre forêt. Puis la voix tant espérée surgit, accompagnée des guitares de Johan Ericson et Niklas Nord en arpèges. S'ensuivent des nappes lourdes et étirées, typiques du doom gothique du groupe, tandis que la batterie de Daniel Johansson impose sa lenteur calculée, cérémonielle. Ce qui frappe d’emblée, c’est la place laissée à la respiration : rien n’est précipité, chaque progression harmonique prend le temps de s’installer. On sent ici l'inspiration contemplative de morceaux comme "Comfortably Numb" des Pink Floyd dans la construction et les solos de guitares.
Draconian a toujours excellé dans l’art du contraste et cet album ne fait pas exception. Le dialogue vocal entre Anders Jacobsson et le retour très attendu de Lisa Johansson redonne au groupe cette dualité qui a marqué ses premières œuvres. Les growls profonds et abrasifs de Jacobsson viennent se heurter à la voix éthérée de Johansson, créant un jeu d’équilibre constant entre pesanteur et élévation.
On trouve malgré tout quelques pistes comme "The Monochrome Blade" ou “Cold Heaven” où le groupe accélère le tempo, sans jamais trahir son ADN. La rythmique reste ancrée dans une lourdeur doom, simplement plus dynamique, permettant aux guitares de développer des lignes mélodiques plus incisives et mettre en avant davantage de contraste. La basse de Daniel Arvidsson y joue un rôle essentiel, renforçant cette impression de masse sonore compacte.
Une matière sonore dense mais maîtrisée
L’un des points forts de In Somnolent Ruin réside dans sa gestion des textures. Les claviers, également assurés par Johan Ericson, ne cherchent jamais à surcharger les compositions et agissent plutôt comme une brume, enveloppant les riffs et accentuant le caractère onirique de l’ensemble. D'ailleurs, s'y on n'y prête pas attention, on peut ne pas les entendre en dehors des introductions et passages non instrumentaux.
Le morceau “Anima”, enrichi par la participation de Daniel Änghede (Astroqueen, Hearts of Black Science entre autres), illustre parfaitement cette approche. Les arrangements s’y superposent progressivement, sans jamais étouffer le propos. On retrouve cette capacité du groupe à construire des crescendos émotionnels lents, mais irrésistibles.
À l’inverse, “Face Of God” se distingue par une intensité vocale particulièrement marquée et expressive. Les lignes de chant y sont plus tendues et dramatiques, renforçant l’impact théâtral du morceau sans pour autant rompre l’équilibre global du disque.
Draconian ne se contente pas d’aligner des morceaux : l’album est pensé comme une traversée. “Asteria Beneath the Tranquil Sea” agit comme une respiration instrumentale, un point de suspension qui permet de relancer la dynamique émotionnelle. Ce type de transition montre à quel point le groupe maîtrise la construction globale de ses albums.
Dans le même registre, “Misanthrope River” s’ouvre sur une longue introduction instrumentale et narrative, preuve que Draconian assume pleinement la lenteur aérienne comme élément central de son identité. Ici, le tempo ralenti n’est pas un frein, mais un outil : il permet de renforcer la densité émotionnelle et d’ancrer l’auditeur dans une forme de contemplation sombre.
L’album se referme avec “Lethe”, morceau long et immersif qui condense tout ce que Draconian sait faire. Les guitares y oscillent entre rythmiques aériennes et accords lourds, tandis que le chant plonge progressivement dans une forme de résignation. Sans s’appuyer excessivement sur les paroles, le titre laisse transparaître une idée simple : celle de l’oubli comme échappatoire.
Six ans après Under a Godless Veil, Draconian ne cherche pas la rupture. In Somnolent Ruin s’inscrit dans la continuité directe de ce prédécesseur, avec peut-être une approche encore plus épurée et introspective. Là où certains groupes auraient tenté de moderniser leur son, les Suédois choisissent au contraire de le raffiner. Ce choix pourra diviser mais il témoigne pourtant d’une confiance totale dans leur identité. Le groupe livre ici un album profondément habité, qui ne cherche jamais à impressionner. Un disque de patience, de textures et de contrastes, où la musique prime largement sur le discours.
Les Suédois confirment ici leur statut d’artisans du doom gothique, capables de faire naître l’émotion dans la lenteur et la retenue.
Points forts
- Une maîtrise remarquable des dynamiques lentes et des atmosphères.
- Le retour de Lisa Johansson, qui redonne toute sa richesse au contraste vocal.
- Une production claire qui valorise chaque élément sans surcharge.
Quelques nuances
- Une approche très fidèle à leurs précédents albums, sans réelle prise de risque.
- Une lenteur assumée qui demandera une écoute attentive si on ne veut pas passer à côté des détails.
Tracklist
- I Welcome Thy Arrow
- The Monochrome Blade
- Anima
- The Face of God
- I Gave You Wings
- Asteria Beneath the Tranquil Sea
- Cold Heavens
- Misanthrope River
- Lethe
In Somnolent Ruin, nouvel album de Draconian, sort le 8 mai 2026 via Napalm Records.
Line-up :
Johan Ericson – guitare, claviers, chant
Anders Jacobsson – chant
Lisa Johansson – chant
Daniel Arvidsson – basse
Niklas Nord – guitare
Daniel Johansson – batterie



