La grosse interview de Yaniss Ouda et FNX à la Traverse

Le 30 avril 2026 après quatre jours de résidence à la Traverse de Cléon, Yaniss Odua et FNX ont lancé la première date de leur tournée 2026. À cette occasion, La Grosse Radio Reggae a pu s’entretenir avec les deux artistes autour de cette nouvelle aventure, de leur vision du reggae et des projets à venir.

Yaniss Odua © Laura Reboux
Yaniss Odua © Laura Reboux

 Lauraggaroots : Ta nouvelle tournée démarre ce soir. Dans quel état d'esprit l'abordes-tu après cette période de résidence ?

Yaniss Odua : Franchement, je l'aborde de manière sereine, si je peux dire. Je suis serein au niveau où je ne suis pas tout seul. On a une nouvelle équipe effectivement, mais ce sont des musiciens que je connais. Il y en a avec qui j'ai déjà joué, il y en a d'autres que je connais depuis qu'ils sont petits. Donc, ça crée une sorte de lien et de confiance, j'ai envie de dire. Il y a FNX qui est avec nous sur la tournée aussi. On a sorti déjà un album ensemble. Franchement, j'invite tout le monde à découvrir ce qu'ils proposent aussi. Donc, je suis confiant.

Une tournée 2026 qui débute

Lauraggaroots : Pourquoi tu as choisi la Traverse de Cléon pour ta résidence ?

Yaniss Odua : C'est une belle salle, déjà à la base, et puis, on s'est entendus avec la direction. Quand on a demandé, ça a matché. On avait déjà joué ici, ça s'était bien passé. J'ai envie de dire, l'accueil est bien aussi. Franchement, l'équipe était avec nous du début à la fin de la résidence. Et franchement, un grand merci pour cet accueil. C'est une belle salle. On a eu de la chance, on a eu du soleil depuis que nous sommes arrivés. On n'a pu que profiter.

Un nouveau projet en préparation

 Ras Pierro : Pour revenir sur ton prochain projet après la résidence, peux-tu nous en dire quelques mots sur le fil conducteur de celui-ci ?

Yaniss Odua : Oui, effectivement. Mais là, musicalement, comme on aime bien faire depuis quelque temps quand même, c'est permettre de voyager quand même en écoutant la musique avec des influences d'un peu partout dans le monde. C'est un peu le fil conducteur. Le morceau qu'on a sorti actuellement, c'est "On My Way". C'est du partage, de la vraie vie. C'est de la vraie vie au niveau des expériences partagées sur la route, de ce qu'on vit et de ce qu'on chante au quotidien. Même des choses qui ne nous plaisent pas forcément non plus, mais on en parle encore une fois. Ça fait partie de la tradition du reggae à la base. On ne s'éloigne pas trop de ça. Même si on ramène des sonorités qui sont nouvelles, plus actuelles. La base reste la même.

"On s'est donné comme date butoir octobre"

 Lauraggaroots : Avec la sortie de "On My Way", est-ce que cela signifie qu'on peut s'attendre à un nouvel album prochainement ? Est-ce qu'on peut avoir quelques indices ? Une date prévue pour la sortie ? Des featurings ?

Yaniss Odua : "On My Way" qui vient de sortir par exemple, il y en a un qui va sortir bientôt. Je pense, qu'on va peut-être en interpréter ce soir. Suivi d'un autre jusqu'à ce que l'album sorte. Je pense qu'en fait on s'est donné comme date butoir octobre. Pour l'instant, le jour précis, je ne sais pas encore. Ça peut bouger comme toujours. Donc pour l'instant, octobre. Oui, c'est possible. Peut-être. Ça encore, ça dépend de si on est gentil ou pas, quoi. S'il n'y a pas de featuring, c'est qu'on n'a pas été gentil. Non, c'est vraiment la vibe, ça dépend quoi.

Des morceaux inédits

 Lauraggaroots : Sur cette nouvelle tournée, à quoi on peut s'attendre ? Tu auras des invités ?

Yaniss Odua : Complètement, les morceaux inédits, les musiciens qui sont nouveaux aussi puisque c'est une nouvelle équipe. Donc, on a une sonorité, je trouve, enfin pour moi, différente aussi. Et je n'ai pas envie de dire les thèmes abordés, parce qu'il y a beaucoup de morceaux qu'on garde quand même, parce que ça nous tient à cœur de les faire. Ils sont encore d'actualité, donc ça mérite de le faire. On a l'opportunité d'être écoutés à ce moment-là. Donc, autant parler de choses dont on a envie de parler, de thèmes qu'on a envie de toucher. C'est pour ça que j'aime beaucoup sa manière d'apporter son point de vue sur les thèmes, qui nous touche tous justement. Qui est d'une perspective différente. Qui est, encore une fois, la vérité. Mine de rien, on passe notre temps à se mentir à nous-mêmes. Parce qu'on voit que personne n'est d'accord, mais bon, c'est comme ça.

Ras Pierro : On est un peu trop centrés sur nous-mêmes, et on ne dit pas les choses.

Yaniss Odua : J'ai envie de te dire, on nous a appris à fermer nos gueules bien comme il faut. Tu n'as presque même plus le droit de manifester, par exemple. Tu vas manifester, c'est le risque de te faire éborgner, estropier, ou quelque chose comme ça. C'est abusé.

Ras Pierro : Il n'y a pas de mise en avant en plus des sujets de manifestation.

Yaniss Odua : Tu sens que c'est voulu. C'est une ambiance qui est un peu particulière. Donc pour moi, c'est un privilège, encore une fois, d'arriver dans un show et de parler de thèmes qui me tiennent à cœur.

Une nouvelle équipe de production

Ras Pierro : Pour revenir au sujet de la production, comme tu disais, tu as une nouvelle équipe aujourd'hui. J'ai vu que tu t'es mis avec Talowa Production récemment, de Toulouse. C'est au niveau prod et booking, je crois. Pourquoi avoir choisi cette production-là ? Est-ce que ça va t'apporter plus de collaboration, plus à l'international ?

Yaniss Odua : Ce sont des expériences différentes et nouvelles aussi qui sont toujours bonnes à prendre. J'ai envie de dire qu'on n'est jamais trop vieux pour apprendre. Ce sont des expériences qu'on a envie de partager aussi. Ils ont un savoir-faire que nous n'avons pas, nous on a un savoir-faire aussi qu'on peut proposer. Ça reste du partage du début à la fin, vraiment à tous les niveaux dans ce que je fais.

Yaniss Odua et FNX le lien qui les unit

Ras Pierro : FNX qui est là aujourd'hui avec nous. Justement, quels liens vous avez ensemble ? Parce que je crois que vous vous connaissez déjà depuis quelques années. Vous avez sorti l'album en 2025, mais vous vous connaissez déjà depuis plus longtemps que ça. Donc, je voulais savoir un petit peu le lien qui vous unit ?

FNX : C'est mon artiste préféré en fait, depuis toujours. Petit déjà, je commençais à faire de la musique. J'avais 10 ans, 11 ans. À l'âge de Little Yannis en fait, j'ai commencé à faire mes premiers sons. Et vu que ça a toujours été mon artiste préféré, je lui ai envoyé une maquette, un truc que j'avais fait. Un clip que j'avais sorti et il a kiffé. L'histoire, elle est partie de là en fait. Après ça, ça s'est fait naturellement.

"Aucune raison de ne pas le partager"

Yaniss Odua : Il a commencé la musique. Comme quand j'ai commencé la musique, quand on s'est connus. C'est comme la période où moi j'ai sorti mon premier album. On a collaboré directement, automatiquement. Moi ça m'a rappelé des souvenirs que j'ai vécus, que j'ai eu la chance de vivre. Et pour tomber face à un jeune talentueux comme ça, aucune raison de ne pas le partager avec le maximum de personnes que je pouvais partager.

Ras Pierro : Justement, ça a créé aussi un nouveau concept de mélange de musique, entre la musique un peu urbaine, qui existe déjà depuis longtemps, mais que vous remettez à jour aujourd'hui. Entre la musique urbaine avec le reggae qui se rejoint vraiment, qui s'unit et il n'y a pas beaucoup de différence entre les deux finalement.

Yaniss Odua : C'est la nouvelle génération. Donc il exprime de manière différente aussi, de manière plus jeune, plus fraîche aussi. Son point de vue est fort, c'est dit clairement, j'ai envie de dire, mais de manière différente, comme moi je l'aurais dit par exemple. Il a sa place complètement. C'est la raison pour laquelle il est validé depuis le début. Après je le laisse répondre.

"On dit que je suis le petit frère mais en vrai je pourrais être le fils"

FNX : Non, c'est ça, c'est qu'on a des influences, tous les deux, qui sont certainement différentes, mais finalement ça fait une belle harmonie, et même cette différence dans les générations. Je peux dire, on dit que je suis le petit frère, mais en vrai je pourrais être le fils. D'ailleurs, j'ai l'âge de Nono, je pourrais être son fils en vrai. Donc voilà cette différence de génération, voir comment il voyait la vie avant, comme nous on la voit maintenant, que ça évolue, et que finalement on veut tous la même chose.

Yaniss Odua : Il y a des similitudes. Dites de manière différente, mais ça reste les mêmes objectifs.

Des sujets toujours d'actualité

 Ras Pierro : Je voulais parler des sujets d'actualité aujourd'hui, ou autres, pas d'actualité, mais des sujets en tout cas qui te tiennent à cœur aujourd'hui, justement de chanter dessus parce que tu trouves que c'est important.

Yaniss Odua : Au niveau de l'éducation, par exemple. Parce que c'est quelque chose qui se perd de plus en plus. Si on regarde comment ça se passe aujourd'hui. J'ai envie de dire la morale aussi. Il y a beaucoup de choses qui peuvent passer aujourd'hui et qui ne passeraient pas à l'époque, au niveau moral. Ce sont des exemples de choses qui, pour moi, sont importantes pour savoir où nous allons, ce que nous construisons, ce que nous laissons. Ce qu'on lègue après nous. C'est un élément important. Aujourd'hui, c'est devenu abstrait. Ce n'est pas nécessaire. C'est dommage.

Ras Pierro : Aujourd'hui, l'argent a pris un peu le dessus sur tout ça.

Yaniss Odua : Par exemple, l'argent je comprends qu'on en a besoin dans la société actuelle,il n'y a pas de problème. Mais quand même, on peut en avoir besoin ou aimer l'argent comme beaucoup aiment l'argent en profitant de vraies choses qui existent, qui sont autour de nous et pour nous.

Ras Pierro : On peut continuer avec des principes moraux qu'il faut qu'on avance tous ensemble.

Yaniss Odua : C'est ça. Plus on les perd, plus on perd le contact humain aussi. C'est un tout.

Des messages chantés depuis 20 ans

 Ras Pierro : Justement, par rapport aux Antilles, je sais que tu es antillais, mais que tu as toujours eu à cœur d'avoir des combats par rapport aux Antilles et de protéger ces îles. Du coup, aujourd'hui, quels combats tu mènes encore pour ces îles ? Je sais que tu as un gros public aussi aux Antilles. Est-ce que tu mènes encore des combats aujourd'hui ?

Yaniss Odua : Je mène des combats depuis le début jusqu'à aujourd'hui. Après, il y a des messages que je chante depuis plus de 20 ans aujourd'hui qui ont encore leur sens. Aujourd'hui, si je les chante, il n'y a pas de problème. On sait de quoi on parle. On est en plein dedans toujours. C'est malheureux. Des fois, ce n'est pas suffisant d'en parler. C'est bien. C'est toujours bien de réveiller certaines consciences qui ne percutent pas spécialement au même moment, tout simplement. Donc, pouvoir tomber sur des morceaux comme ça, c'est toujours intéressant Malheureusement, il y a beaucoup de choses qui n'ont pas bougé. Au niveau de la carrière particulièrement, on comprend au bout d'un moment que c'est une volonté d'être maintenu comme ça. Qu'on le veuille ou non, c'est une volonté. Il y a beaucoup de choses qu'on n'apprend pas ici, par exemple, alors que c'est considéré comme étant la France. Il y a beaucoup de Français qui ne peuvent même pas situer la Caraïbe géographiquement.

Un partenariat et une amitié qui durent

Ras Pierro : J'ai une dernière question par rapport à ton manager, Cyril Teranga. Je sais que vous vous suivez depuis plus de 20 ans, je crois. Qu'est-ce qui vous unit pour rester autant liés tous les deux ? Parce que vous êtes tout le temps ensemble. Vous vous suivez sur la carrière professionnelle tout le temps. Je ne sais pas, vous êtes vraiment deux mains liées, on va dire.

Yaniss Odua : Exactement. Cyrille Teranga et moi, on est amis avant de travailler ensemble. Et on est amis depuis très longtemps avant de travailler ensemble. Ce qui fait qu'il y a des moments où le business peut prendre le dessus. Enfin, peu, pas vraiment. Parce que comme nous sommes suffisamment amis, on se connaît et on sait quand ça peut déborder ou quoi que ce soit. On est amis donc on se connaît, on peut communiquer ensemble plus facilement. Cyrille et moi, à savoir que c'est un peu ce qu'il y a de marrant dans cette amitié-là. C'est que nous sommes les opposés l'un de l'autre, mais vraiment au niveau tempérament et tout, nous sommes l'opposé l'un de l'autre. On se comprend et c'est une partie que moi, je la connais, mais je n'irai pas là. Et lui, il est pareil, de son côté. Ça marche depuis toutes ces années, ça fonctionne quoi. On se connaît.

Le mot de la fin

Yaniss Odua : J'espère que ce qu'on va vous présenter cette année, l'année prochaine et les années qui vont suivre, va vous plaire toujours. Vont vous parler, que ça va rester toujours dans l'esprit du reggae music particulièrement. Et que ça pourra nous permettre de nous élever tout un chacun le plus longtemps possible.

L'interview a été réalisée conjointement par Ras Pierro et Lauraggaroots.



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