Saxon, Sortilège et Overdrivers au Zénith de Toulouse – 16.05.2026

En cette soirée printanière, les abords du Zénith Toulouse Métropole retrouvent des airs de grand-messe du heavy metal à l’ancienne. Perfectos élimés, battle jackets couverts de patches, vieux briscards aux cheveux grisonnants (quand il en reste !) venus revivre une partie de leur jeunesse mais aussi jeunes curieux désireux de voir de leurs propres yeux l’un des derniers géants de la NWOBHM : ce soir, Saxon est de retour dans la ville rose.

Initialement prévue en septembre 2025, la tournée française des Britanniques de Saxon avait été repoussée après l’annonce des problèmes de santé du chanteur Biff Byford. Le frontman avait alors révélé publiquement son combat contre un cancer diagnostiqué après la tournée japonaise du groupe, ainsi que le passage par une phase de chimiothérapie "de finition". De quoi forcément faire planer quelques inquiétudes autour de l’avenir immédiat des Anglais…

Mais ce soir, à voir l’état d’excitation des fans massés devant le Zénith, une chose semble évidente : personne ne voulait manquer ce retour de Saxon sur scène. Même si le Zénith n'est ouvert qu'en petite configuration, la ferveur des 3000/4000 fidèles est bel et bien là.

Overdrivers

Pour lancer les hostilités ce soir au Zénith, les Français d’Overdrivers héritent de la lourde tâche d’ouvrir la soirée devant un public encore en train de prendre progressivement place dans les gradins toulousains. Une mission jamais évidente lorsque l’on doit chauffer une salle venue avant tout pour deux monuments du heavy metal hexagonal et britannique comme Sortilège et Saxon... Pourtant, les Nordistes vont rapidement montrer qu’ils ne sont pas là pour faire de la simple figuration !

Venus avec leur dernier album Glory Or Nothing, sorti en mars 2025 chez Roar Records, les Français débarquent avec une formule simple, directe et particulièrement efficace : un hard rock nerveux et sans fioritures largement nourri aux riffs d’AC/DC et d'Airbourne. On est donc en terrain connu, mais la formule fait toujours mouche à l'instar de "Bad Breath Girl" qui donne le ton de ce que sera le reste du show d'Overdrivers. Rock n' roll !

Malgré une scène fortement réduite par l’imposant dispositif de Saxon et Sortilège, les musiciens se donnent à fond et tentent d’occuper le moindre centimètre disponible. Contraints d’évoluer quasiment en ligne  avec un batteur relégué complètement sur le côté droit des planches, le groupe compense largement ce manque d’espace par une énergie communicative.

Mention spéciale d’ailleurs au guitariste soliste Anthony Clay qui passe une bonne partie du set à arpenter la scène dans tous les sens, multipliant les poses et les interventions nerveuses, histoire de maintenir l’attention d’un public encore un peu timide en ce début de soirée avec des conditions de lumières très moyennes...

Comme on pouvait d'en douter, Overdrivers ne révolutionne certes pas le hard rock mais l’ensemble fonctionne particulièrement bien en live. Les riffs sont immédiats, les refrains efficaces et les morceaux taillés pour faire bouger les nuques sans prise de tête comme "We Are One" ou "Overdrivers" qui remplissent parfaitement leur rôle, tandis que "Show Your Boobies" apporte la dose obligatoire de second degré et de décontraction avec un lancer de tee-shirts dans le public qui réveille définitivement les premiers rangs.

Le temps de jeu - une petite vingtaine de minutes seulement - passe d’ailleurs extrêmement vite. Après un solo de guitare énergique et un "Rockin’ Hell" final joué tambour battant, Overdrivers quitte la scène avec la satisfaction du devoir accompli. Les Français auront parfaitement rempli leur mission : chauffer progressivement le Zénith et lancer cette longue soirée placée sous le signe du heavy metal et du hard rock à l’ancienne.

Setlist :

Bad Breath Girl
Overdrivers
We Are One
Show Your Boobies
Rockin' Hell

Sortilège

Après la prestation énergique d’Overdrivers, le Zénith Toulouse Métropole change totalement d’atmosphère avec l’arrivée de Sortilège. Déjà passé par la salle toulousaine il y a deux ans en ouverture de Deep Purple, le mythique groupe français revient cette fois dans un contexte forcément particulier. En effet, depuis ce précédent passage, le guitariste Bruno Ramos s’est malheureusement éteint, laissant un vide immense au sein de la formation. Pourtant, malgré cette épreuve, le groupe est allé de l'avant et poursuit aujourd’hui sa route avec l’arrivée de Michaël Zurita au poste de guitariste soliste. Une tâche loin d’être évidente tant Bruno avait apporté d’énergie et de personnalité au groupe depuis la reformation.

Mais ce soir, les Français vont rapidement montrer qu’ils ont toujours largement les épaules pour défendre leur statut de légende du heavy metal hexagonal car sur scène, Christian « Zouille » Augustin reste naturellement le centre de toutes les attentions. Malgré les décennies, le frontman conserve cette présence immédiatement identifiable qui a largement participé à construire la légende de Sortilège dans les années 1980. La voix s’est évidemment épaissie avec le temps, gagnant même un certain grain rocailleux, mais l’intensité et l’investissement sont toujours bien présents ("Progéniture", "Vampire", "Le Sacre du Sorcier", ...).

Il faut dire que la formation impose ainsi une ambiance beaucoup plus épique et heavy que le hard rock direct proposé un peu plus tôt par Overdirvers. Le groupe vient principalement défendre son dernier album Le Poids De L’Âme, sorti fin 2025 chez Verycords, tout en conservant plusieurs classiques capables de satisfaire les (nombreux) fans de longue date.

Autour de Zouille, le groupe se montre particulièrement solide. Michaël Zurita réussit intelligemment à trouver sa place sans chercher à singer Bruno Ramos, apportant un jeu fluide et énergique qui permet aux compositions de conserver toute leur efficacité sur scène. Derrière, la section rythmique maintient une assise puissante et donne beaucoup d’ampleur aux morceaux les plus heavy du set ("Medusa").

Et même si le temps de jeu reste relativement court, Sortilège parvient rapidement à embarquer le public grâce à un set équilibré entre nostalgie et modernité. Les nouveaux morceaux issus de Le Poids De L’Âme s’intègrent ainsi naturellement aux classiques du groupe, preuve que les Français ne se contentent pas simplement de vivre sur leur glorieux passé.

Et forcément, l’un des moments les plus marquants de la prestation reste l’hommage rendu à Bruno Ramos au cours du concert. Un instant chargé d’émotion qui rappelle à quel point le guitariste disparu continue de planer au-dessus du groupe malgré les changements récents.

Au final, Sortilège livre ce soir une prestation sincère et pleine de cœur. Sans chercher à surjouer l’émotion ni à tomber dans le simple exercice nostalgique, les Français prouvent qu’ils ont encore toute leur place sur les grandes scènes heavy metal nationales. Voilà une très belle montée en puissance avant l’arrivée des légendaires Saxon...

Setlist :

D'ailleurs
Progéniture
Vampire
Chasse Le Dragon
Medusa
Le Sacre du Sorcier
Civilisation perdue
Le Poids De L'âme
Poseidon
Amazone
Sortilège

Saxon

À quelques minutes de la montée sur les planches de Saxon, un énorme rugissement s’élève immédiatement des gradins toulousains. Et les premières notes de "Hell, Fire and Damnation" viennent confirmer une chose essentielle : Saxon n’a absolument rien perdu de sa puissance de feu. Mieux encore : le groupe a sorti l'artillerie lourde avec une scène aux couleurs du groupe, un écran géant, un superbe décorum et un aigle au-dessus de musiciens, à la manière du bombardier pour feu Motörhead. Bref, les Anglais ont mis les petits plats dans les grands avec la même envie d'en découdre que lors du Hellfest 2024.

D’entrée de jeu, les Britanniques imposent leur savoir-faire avec une maîtrise impressionnante. Le groupe tourne comme une véritable machine de guerre avec  Nigel Glockler derrière les fûts tandis que le bassiste Nibbs Carter, infatigable, multiplie les allers-retours sur les planches avec son énergie habituelle et joue avec le public. À côté de cette section rythmique en acier trempé, le duo de guitaristes Doug Scarratt / Brian Tatler (Diamond Head) fonctionne parfaitement avec des harmonies heavy et des soli très fluides. On sent que Tatler est comme un poisson dans l'eau au sein de Saxon et qu'il apporte une jolie plus-value à l'ensemble ("Power and the Glory", "Heavy Metal Thunder", etc.)

Mais évidemment, tous les regards convergent vers l'indéboulonnable Biff Byford, cheville ouvrière du groupe depuis maintenant presque 50 ans. À 75 ans passés et après les soucis de santé traversés ces derniers mois, le frontman impressionne tout simplement. Non seulement le chanteur semble en excellente forme, mais il assure en plus la quasi-totalité du set avec une aisance bluffante. La voix est toujours là, puissante et immédiatement reconnaissable, tandis que le charisme du bonhomme continue de porter Saxon avec une facilité déconcertante.

Et surtout, Biff communique énormément avec le public toulousain tout au long de la soirée. Entre deux morceaux, le chanteur multiplie les interventions pleines d’humour (internet, tik tok, les voitures électriques, ...), revêt une veste à patches qui lui a été lancée, plaisante avec les fans et évoque même son ancienne maison située à Cahors dans le Lot, déclenchant immédiatement les acclamations d’un public déjà totalement acquis à la cause des Anglais. Cette proximité renforce encore davantage l’ambiance chaleureuse qui règne ce soir dans le Zénith.

Après "Power and the Glory", "Dallas 1 PM", "Heavy Metal Thunder" ou encore "The Eagle Has Landed" avec l'aigle du dessus de scène qui descend, Saxon déroule un première partie de set particulièrement solide qui rappelle immédiatement pourquoi le groupe est considéré comme l’un des piliers absolus du heavy metal britannique. Difficile de résister à une telle déferlante ! Et pourtant, le véritable cœur du concert reste encore à venir... En effet, comme ils l'avaient annoncé l'année dernière, les Anglais veulent célébrer les 45 ans du classique Wheels Of Steel en interprétant l’album dans son intégralité.

Et c'est un choix particulièrement judicieux tant ce disque reste fondamental dans l’histoire de la NWOBHM, new wave of British heavy metal dont Saxon est l'un des représentants emblématiques. Ainsi, lorsque Biff annonce au public le début de cette plongée dans l’année 1980, l’excitation monte immédiatement d’un cran dans le Zénith. Et dès "Motorcycle Man", la machine s’emballe complètement. Le morceau déboule à toute vitesse et replonge instantanément les vieux de la vieille dans l’âge d’or du heavy metal britannique.

Mais le grand intérêt de ce type de set intégral réside évidemment dans la possibilité de réentendre des morceaux rarement joués sur scène. Ainsi, "Stand Up and Be Counted", "Freeway Mad", "Suzie Hold On" ou encore "Street Fighting Gang" provoquent de très belles réactions parmi les fans de longue date venus savourer ces raretés dans des conditions idéales et force est de constater que ces titres sont toujours très bons !

Bien entendu, les classiques absolus font eux aussi mouche sans la moindre difficulté. comme "747 (Strangers in the Night)" est repris à gorge déployée par tout le Zénith tout comme "Wheels Of Steel" qui transforme la salle entière en gigantesque chœur heavy metal. À ce moment-là, Biff filme même le public avec son téléphone, visiblement heureux de voir la réaction des Toulousains.

Et même si le ventre mou de l’album se fait légèrement sentir ici et là ("See the Light Shining"), Saxon parvient constamment à maintenir l’attention grâce à une interprétation irréprochable et à une production particulièrement soignée. À ce titre, le grand écran derrière le groupe diffuse des animations et des images d’archives qui viennent habiller efficacement les morceaux, notamment sur "Machine Gun" avec ces projections guerrières qui clôt le set consacré à Wheels Of Steel.

Après une courte sortie de scène, les Britanniques reviennent rapidement pour un rappel placé sous le signe de la communion avec les fans. Ainsi, lorsque résonne "Denim and Leather", plusieurs battle jackets sont lancées sur scène par le public. Biff s’amuse immédiatement à les enfiler tandis que le Zénith reprend chaque parole du morceau avec une ferveur presque émouvante. Puis viennent "Strong Arm of the Law", l’épique "Crusader" et enfin l’inévitable "Princess of the Night" qui achève de mettre tout le monde à genoux...

Au final, malgré le poids des années et les inquiétudes récentes autour de la santé de Biff Byford, Saxon a livré ce soir une prestation impressionnante de maîtrise, de générosité et d’énergie. Plus qu’un simple concert anniversaire autour de Wheels Of Steel, cette date toulousaine avait presque valeur de célébration : celle d’un groupe qui refuse obstinément de ralentir malgré les décennies qui passent. Et à voir l’enthousiasme du public ce soir au Zénith, une chose semble désormais certaine : le "Mighty Saxon" n’a absolument pas usurpé son surnom.

Setlist :

Hell, Fire and Damnation
Power and the Glory
And the Bands Played On
Dallas 1 PM
Solid Ball Of Rock
Heavy Metal Thunder
The Eagle Has Landed
Motorcycle Man
Stand Up and Be Counted
747 (Strangers in the Night)
Wheels of Steel
Freeway Mad
See the Light Shining
Street Fighting Gang
Suzie Hold On
Machine Gun
Denim and Leather
Strong Arm of the Law
Crusader
Princess of the Night

Crédits photos : Vincent BN. Toute reproduction interdite sans autorisation du photographe



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