On avait quitté Evergrey sur une période assez tranquille avec quelques albums très bien faits mais pas forcément novateurs : Escape of the Phoenix et A Heartless Portrait faisaient figure de diptyque et Theories of Emptiness n'apportait rien de plus. La question commençait à se poser de plus en plus : après 14 albums, le groupe avait-il encore des choses à dire, dans un milieu du prog assez fourni ? Après un premier single éponyme mitigé, l'envie se faisait moindre de découvrir ce quinzième opus. Et pourtant, et pourtant...

Serait-on face au meilleur album d'Evergrey depuis longtemps ? Bien sûr, chacun se fera sa propre idée, mais ce qui est sûr, c'est que le groupe a décidé de prendre pas mal de risques pour ce nouvel opus - quitte à peut-être se fâcher avec les fans les plus fidèles. On retrouve bien évidemment la patte du groupe : des morceaux prog mais pas trop longs, et un côté très lyrique et émotionnel. Mais il semble qu'Evergrey a voulu utiliser le mot prog, non pas comme un ensemble de clichés mais comme une vraie volonté de faire progresser le metal en appuyant beaucoup certaines influences. Lors de notre entretien avec Johan Niemann, le bassiste avait assumé les influences plus pop et il est vrai qu'elles transparaissent dans Architects of a New Weave. En témoigne le dernier single sorti "Leaving the Emptiness" avec ce rythme limite disco, les harmonies pop et les claviers ultra présents.
Evergrey s'est souvent revendiqué comme un groupe joyeux mais cela n'était pas forcément très flagrant dans leur musique. C'est chose faite. Même le solo de guitare emprunte quelques harmonies aux années 80, et que dire du refrain très choral qui ne renierait sûrement pas un Coldplay du début des années 2000. On pense également à un autre groupe, irlandais cette fois, lorsqu'on écoute "A Burning Flame" et "Longing" avec leurs couplets très U2. Le groupe a donc décidé d'être un peu plus mainstream quitte à verser parfois dans du Imagine Dragons sur "Heaven", mais en plus sombre. Il est vraiment très intéressant de voir à quel point Evergrey passe à travers toutes les époques tout en étant résolument moderne.
Ce pas en avant se ressent notamment avec des riffs de guitares et de basse très lourds et accordées plus bas, et quelques petits passages djent comme sur "The World is on Fire". Ce dernier titre est d'ailleurs symptomatique de ce qui fait la réussite de l'album : des titres prog, donc relativement alambiqués, mais assez courts pour ne pas susciter l'ennui, avec beaucoup d'atmosphères différentes : pop moderne, électro, djent, metal. Le liant dans tout cela réside bien sûr dans les claviers de Rikard Zander : bien loin des sons un peu kitsch du metal prog, il développe toute une palette sonore parfois proche de ce que peuvent faire les différents claviéristes de Linkin Park. Mais il excelle également dans les parties plus calmes, au piano ou à l'orgue comme sur "The Prophecy". Cette dernière permet de clore l'album avec une prestation magistrale de Tom S Englund au chant. On sait bien que le groupe est en grande partie son projet, mais le Suédois survole complètement l'ensemble des morceaux, même si la section rythmique a tendance parfois à prendre un peu le dessus.
Ce n'est pas pour nous déplaire car à l'écoute des extraits dévoilés sur Youtube (qui a l'habitude de compresser et ternir le son, on vous l'accorde), la basse était clairement sous mixée. Mais lors de la lecture de l'album, il est assez agréable de voir que Johan est bien présent avec un son très agréable, en duo avec Simen Sandnes à la batterie. Le "petit nouveau" apporte toute sa technicité et sa dextérité notamment sur "Heaven". Ce changement de line-up (depuis le départ du guitariste Henrik Danhage) a vraiment fait du bien. Johan et Tom se sont occupés des parties guitare en studio et cela apporte une vraie cohésion dans les soli. Un vent de fraîcheur souffle sur le groupe suédois.
Malheureusement tout n'est pas parfait. Quelques morceaux sont un peu en-dessous et pâtissent de la prise de risque développée sur certains titres. Ainsi, le morceau éponyme tourne parfois en rond, notamment à cause de son refrain répétitif et lorsqu'on arrive à "Call off Your Lions", le dixième titre, on s'ennuie parfois sur quelques passages assez faciles au niveau composition. On retrouve toujours ce côté easy listening des refrains, ce qui en live a son charme mais qui peut être un peu redondant à la longue. Toutefois, c'est vraiment chipoter car l'album regorge d'excellents morceaux du début à la fin.
On n'y croyait plus tellement, on se disait qu'Evergrey avait atteint le point de non-retour comme bon nombre de groupes : ne plus rien apporter de frais et se reposer sur une formule qui a fait ses preuves. Et pourtant, en bousculant le line-up, il apparaît que le groupe suédois a trouvé un nouvel élan. Une bonne occasion d'aller les voir en live lors de leur date avec Iron Maiden et de leur prochaine tournée européenne en fin d'année.
Tracklist :
1 Welcome To The Pattern
2 The Shadow Self
3 Architects Of The New Weave
4 The World Is On Fire
5 Heaven
6 The Script
7 Leaving The Emptiness
8 Longing
9 A Burning Flame (Featuring Mikael Stanne)
10 Call Off Your Lions
11 Chains Of Shame
12 The Prophecy
L'album Architects of the New Weave sort le 05 juin sur le label Napalm Records et est déjà disponible à la précommande ici.
Crédits photos : DR Patric Ullaeus





