Beaucoup de monde attendait ce samedi, puisque la tête d'affiche n'était autre que le groupe français Gojira. Cela se ressent dès l'arrivée dans les environs du Zénith puisque dès 16h, une petite file de voitures se forme. Le temps est maussade et on sent la pluie arriver, mais peu importe, l'amphithéâtre de Nancy va résonner au son de Nova Twins, Cavalera et Trivium avant la prestation de Gojira.
Nova Twins - 17h30
Encore un cadeau de la part du Heavy Week-End puisqu'il s'agit de l'une des rares dates estivales en Europe du duo rap metal - qui reviendra avec Evanescence en septembre à Paris. Mais pour l'instant, il est 17h30 et le groupe investit la scène. Dès les premiers instants, le son est vraiment mauvais, même au niveau de la console. La batterie de Luke Campbell étouffe l'intégralité du chant d'Amy Love et c'est d'autant plus dommageable que la puissance du groupe repose sur ses paroles en rap. Heureusement que la chanteuse fait preuve d'un charisme indéniable. Les riffs syncopés et urbains rappellent Rage Against the Machine, avec la même verve et la même puissance. La fosse met un peu de temps à réagir mais décide de faire la chenille sur "Taxi". La météo s'assombrit, mais Nova Twins décide de réchauffer l'atmosphère en utilisant les flammes sur le côté de la scène. Amy Love se permet quelques mots en français et apprend à la foule le refrain de "N.O.V.A" ce qui vaut au titre un beau succès.
On aurait tort de résumer Nova Twins à deux musiciennes qui mixent rap et metal car le combo marie beaucoup d'influences différentes. "Choose Your Fighter" mêle effets 8-bits avec le côté électro de Muse et la pop de Pussycat Dolls, et "Monsters" rappelle un peu les ambiances k-pop et la folie de Shaka Ponk. Malgré une grosse caisse trop forte, Luke Campbell délivre des grooves très intéressants soulignés par la basse de Georgia South, un peu statique sur le côté gauche. Néanmoins, la fosse continue de bien se remplir : cette deuxième journée s'annonce vraiment spéciale. Le trio termine son set avec "Glory" et sa mélodie rappelant "Toxic" de Britney Spears et repart sous les vivas de la foule. Nova Twins était peut-être le groupe le plus singulier dans cette programmation death/thrash du deuxième jour. D'apparence il ne paye pas de mine avec ses trois membres et ses quelques amplis, mais l'énergie d'Amy Love a tout emporté et reste la belle surprise de ce samedi.
Cavalera - 18h30
A peine le temps de se remettre du set de Nova Twins mais surtout du déluge qui s'abat sur Nancy que les frèves Cavalera investissent la scène. Et heureusement, le groupe va vite réchauffer et sécher le public trempé jusqu'aux os. Il faut à peine trois secondes pour que les Brésiliens déchaînent la fosse avec "Refuse/Resist". La pluie s'arrête et le set va défiler avec une intensité et une énergie assez incroyables. Igor Cavalera explose tout avec sa batterie, et son frère Max décide dès le premier morceau d'ouvrir le pit. Pourtant il semble que dans les retours des musiciens, quelque chose ne va pas, et à la fin de ce premier titre, Max demande même au public comment on dit "no guitars" en français. Ce petit contretemps ne perturbe en rien le quatuor et les titres de Chaos AD passent comme une lettre à la poste.
Le chanteur crache sa haine et déverse ses riffs avec une intensité folle sous fond de vidéo de révolte. Les frères ont peut-être vieilli, et Max reste très statique mais peu importe, Igor Amadeus Cavalera à la basse et Travis Stone se chargent de parcourir la scène. Même les gradins adhèrent et il est indéniable que l'album de Sepultura a marqué une génération. Il est à peine 18h45, il reste encore Trivium et Gojira et la fosse est loin d'être endormie. Heureusement que la sublime instrumentale folk "Kaiowas" permet de reprendre son souffle car il va falloir tenir jusqu'à 23h30 !
Le set est solide et les refrains sont repris très souvent par le public. Il faut dire que hurler "Soul, mind, fist" en compagnie de plusieurs milliers de fans est assez jouissif. Même constat pour "Biotech is Godzilla" : les chansons de Sepultura ne sont pas des poèmes, ce sont des slogans et des hymnes à la révolte, et ce ne sont pas les multiples circle pits et walls of death qui vont dire le contraire. Seul petit bémol, le groupe finit un peu avant l'heure prévue, mais finalement la séance de HIIT a bien rincé les fans qui finissent le set trempés non pas par la pluie du début, mais par la sueur.
Certains peuvent avancer que les frères Cavalera jouent sur la nostalgie, qu'ils sont passéistes, mais ce qu'il s'est passé entre le groupe et la fosse est assez indescriptible. Pas besoin d'en faire des tonnes ni de déballer une production à base de feux d'artifice ou de tanks, un Max Cavalera sur ses appuis, son frère Igor qui cogne sur ses fûts, et le tour est joué. Le temps est relatif et les soixante minutes en paraissent dix, avec la sensation de s'être pris un camion dans la figure. Il va falloir rentabiliser a demi-heure de pause avant Trivium pour se remettre de cette claque dans la tronche.
Trivium - 20h00
C'est à peine remis de la séance de cardio brésilien que le groupe de Matt Heafy démarre son set. Sans pitié, il demande directement un circle pit et la fosse ne se fait pas prier. Contrairement aux deux premiers groupes, le son est très bon et tant mieux car les compositions de Trivium, souvent très exigeantes, demandent des conditions d'écoute agréables. Mais dès les premiers instants, ce qui attire le regard est la prestation de Matt. C'est simple, on dirait un gamin qui s'éclate : tout sourire, communiquant fréquemment avec le public, le frontman est heureux d'être sur scène et c'est contagieux. Dès "Pull Harder on the String of Your Martyr", le budget pyro en prend un coup et le soleil qui passe derrière le Zénith, permet de mieux profiter du light show. Pour ceux qui voulaient écouter un peu du dernier album In the Court of the Dragon (magnifique soit dit en passant), c'est raté car le groupe se focalise plus sur le début et le milieu de sa carrière avec notamment quatre morceaux de Ascendancy dont "Like Light to the Flies". C'est à ce moment que le monstre de la couverture de l'album apparaît derrière la scène grâce à une structure gonflable. Les morceaux de l'album reçoivent une belle ovation et Matt annonce que depuis le début de la tournée, Nancy est le meilleur public.
Non seulement les fans se font entendre mais ils donnent aussi tout ce qu'ils ont et montrent que finalement même Cavalera n'a pas réussi à achever cette envie d'en découdre. Une demi-douzaine de slammers sur "The Sin and the Sentence" en même temps, un rowing pit pour "Down for the Sky", le tout accompagné de jets de fil, des walls of death, tout y passe et ce n'est pas le chanteur qui va s'en plaindre. Mais résumer Trivium à la violence du metalcore serait passer à côté de plein d'influences diverses. Entre les harmonies très New Wave of British Heavy Metal de "A Gunshot to the Head of Trepidation" aux passages plus prog façon Dream Theater old school qui permettent de voir le jeu de Paolo Gregoletto à la basse et la subtilité à la charley d'Alex Rüdinger, en passant par le refrain plus pop de "The Heart from Your Hate", les riffs metalcore et les doubles grosses caisse ne sont qu'un prétexte pour unifier la diversité du propos de Trivium. Chacun trouve son compte ! Et même si Matt Heafy fait figure de leader, ses duos avec Corey Beaulieu sont de toute beauté. Ce dernier se permet même de rivaliser quelquefois au chant sur "Down from the Sky" et, bien sur ses appuis, délivre des riffs et des soli très impressionnants.
En une heure quinze, le groupe a gagné la palme de la sympathie et des interactions en Français (avec un sublime "bougez the fucking vous" de Matt). Même si le lightshow était un peu léger, le groupe est tellement solaire et agréable à regarder sur scène qu'il ne suffisait pas de grand chose de plus. Dommage que beaucoup de spectateurs soient partis manger, sûrement pour reprendre des forces avant Gojira. Mais il sera impératif de revoir Trivium en salle face à un public composé intégralement de fans.
Gojira - 22h00
22h00, la fosse est bien remplie, les gradins aussi et il est clair que beaucoup se sont déplacés pour Gojira. Au visuel, le set sera le plus rempli. Les attentes sont grandes pour cette date, la seule en tête d'affiche pour le groupe au milieu d'une tournée d'ouverture pour Metallica. "Born for One Thing" ouvre le bal, et c'est déjà la folie. Le groupe a tout mis de son côté au niveau show, avec des projections hyper lumineuses et un déluge d'effets pyrotechniques. La scène est très claire et fait penser un peu aux décors de grandes productions américaines. Joe Duplantier parcourt la scène et Mario est très dévoué envers son public malgré sa batterie imposante.
Ce premier morceau, tiré du dernier album Fortitude est bien repris par le public et il est indéniable que les fans connaissent toute la discographie par cœur. Si cela n'était pas le cas, Joe apprend à la foule à l'accompagner sur les "oh oh" de "The Chant" et "Amazonia" touche au sublime avec ses lumières verte rappelant la jungle, le rouge feu dénonçant la déforestation et les ambiances ethniques proche de Sepultura. Le groupe ne s'en est jamais caché, mais la formation brésilienne a eu une importance capitale pour Gojira et Joe, plein d'humilité rend hommage aux frères Cavalera et s'étonne même qu'ils soient leur première partie. Ce morceau est également l'occasion d'admirer le talent de conteur de Joe Duplantier car chaque titre véhicule magnifiquement bien son propos toujours profond et puissant. On pense forcément à "Flying Whales" avec ses bruits de baleine et ses jets de fumée qui rappellent leur souffle. D'ailleurs lors de l'exécution de ce cinquième morceau, il est surprenant de voir qu'une demi heure est déjà passée, à la vitesse de l'éclair.
Et pourtant, les compositions complexes avec des rythmiques asymétriques pourraient ennuyer le spectateur, mais Gojira a une faculté de rendre les choses difficiles faciles. Cela se ressent dans le sentiment de synchronicité qui est présent sur scène, dans le public et même avec l'équipe de tournée : le son est très bon, même si les basses sont un peu fortes, et le lightshow est millimétré. Gojira a bien compris une chose : le spectateur a envie de se retrouver au sein d'une grande famille et c'est vraiment ce sentiment qui domine. Comme dirait le chanteur "Nous sommes là car nous avons quelque chose en commun". C'est dans ce contexte que "Love" démarre, hommage à la scène des années 90 évident avec la basse de Jean-Michel Labadie rutilante qui nous ramène quelques années en arrière. Prenons un instant pour louer les animations tirées parfois de certains clips comme "Another World" mais qui montrent des images réelles et non faites par IA. L'humain est vraiment au centre d'un set de Gojira, même si on a l'impression que le set est très carré et cadré. Le solo de Mario Duplantier apporte sa touche d'humour avec ses panneaux pour communiquer comme dans le clip de "Subterranean Homesick Blues" de Bob Dylan (ou le film Love Actually pour les plus romantiques) pour enchaîner sur une version dantesque de "Grind".
Le set passe tellement vite qu'une petite frustration apparaît lorsqu'à 23h13, le groupe commence les rappels. On en aurait voulu plus mais les deux derniers titres enfoncent le clou. Gojira ne pouvait pas passer à côté de "Mea Culpa" et parvient presque à reproduire la scène de la Conciergerie avec ses jets de fils rouges et les images du lieu. Dommage que Marina Viotti ne soit pas physiquement présente mais à peine deux ans après la cérémonie des JO, le titre reste un tube immuable dans les sets du groupe. Gojira quitte son public avec "The Gift of Guilt" et un somptueux feu d'artifice. La barre était haute après Sabaton la veille, mais les Français ont clairement relevé le défi. Lors des saluts, la bande son diffuse "I Feel Good" et oui, c'est ce sentiment qui nous anime à la fin de ce concert. Le sentiment de ne faire qu'un avec les spectateurs présents dans l'amphithéâtre, le sentiment d'un monde meilleur possible, et une fierté de voir un groupe de metal français tutoyer les plus grands. Et dire qu'il y a dix ans, ils se produisaient au 112 de Terville, petite salle de 900 places à quelques kilomètres de là. Gojira a bien grandi, et c'est amplement mérité.
Crédit photos : Delphine Martin - Des photos au Poil//GregH Photographer/GDP. Toute reproduction interdite sans l'autorisation des photographes.
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