Dominum a beau venir d'Allemagne, c'est avec la précision d'un coucou suisse qu'il sort ses albums. Entendez par là que le groupe de power metal zombie en est à son troisième opus en trois ans. Et le succès est déjà au rendez-vous puisqu'après seulement trois ans à faire les premières parties de Battle Beast, In Extremo, Feuerschwanz ou Bruce Dickinson, Dominum vient d'ouvrir la première journée du Heavy Week End,et s'apprête à partir sur les routes d'Europe pour sa première tournée en tête d'affiche. C'est dans ce contexte favorable que le groupe sort Night is Calling, son nouvel album.

Il faut dire que dès leur premier opus, les Allemands avaient frappé fort avec leur concept de zombie metal. Evoluant dans le power, un style assez étriqué et qui peut vite tomber dans la redite, il fallait une identité visuelle et des thèmes différents pour se démarquer du power metal historique (Sabaton) et de celui de l'héroic fantasy (Blind Guardian ou Rhapsody). Les zombies n'ayant jamais vraiment été évoqués dans ce style, c'est chose faite depuis le premier album Hey Living People. On retrouve cette atmosphère horrifique dans ce nouvel opus, mais le groupe se démarquer en quelque sorte de sa marque de fabrique. Certes, les morts-vivants sont de retour, notamment avec la très bonne reprise de "Thriller" de Michael Jackson. Avec ce titre, Dominum perpétue la tradition de faire une reprise d'un tube comme il avait pu le faire auparavant avec "Rock You Like a Hurricane" de Scorpions ou l'improbable "Bad Guy" de Billie Eilish. Forcément lorsqu'on pense à un groupe à l'esthétique démoniaque qui s'attaque à des titres connus, le rapprochement avec Ghost est assez facile à faire. Et il est vrai que Dominum se rapproche énormément de la formation dirigée par Tobias Forge : un leader assez charismatique (en l'occurence Dr Dead au chant), des masques pour le reste des musiciens et des références qui oscillent entre metal, rock et pop des années 80. "Night is Calling" contient même ce piano si caractéristique d'ABBA que Ghost a emprunté pour "Spillways". Même constat pour les harmonies de "Doctor Doctor" et de "Nosferatu". Mais la comparaison s'arrête là, car Dominum évolue plus dans un metal qui plaira plus aux détracteurs de Tobias Forge selon lesquels sa musique n'est "pas assez metal".
Ce qui fait pour beaucoup est la voix très variée de Felix Heldt (alias Dr Dead) qui n'est pas seulement pop mais peut se révéler très agressive sur "Nosferatu" ou "Devil's Son" ou encore plus aiguë dans "Doctor Doctor". Autre aspect plus metal : lorsque la guitare de Tommy Kemp assène des riffs très metalcore comme sur la fin de "The Circus is in Town". Ce titre, qui reprend l'univers du cirque, témoigne de la richesse des compositions. Il commence bien sûr par "L'entrée des Gladiateurs" de Julius Fučík puis continue par un rythme samba à la batterie de Victor Hilltop. Le refrain verse dans la folie d'Avatar avec un côté très martial dans les percussions, et passe même du côté de la k-pop dans les atmosphères, le tout pour finir dans un metalcore electro proche d'Electric Callboy sur la fin. On pense facilement à ces derniers sur "Night is Calling" avec des claviers très électro et dansants. Le groupe se permet aussi de voyager plus loin avec des ambiances balkaniques et même Yiddish sur "Nosferatu" pour rappeler la Transylvanie chère au vampire le plus célèbre du cinéma, et la version acoustique de "Don't Get Bitten by the Wrong Ones" emmène Dominum vers l'Andalousie avec la guitare acoustique magnifique de Tommy.
Dominum reste quand même dans le domaine du power metal avec des titres un peu moins originaux : "Devil's Son" et son côté cinématographie fait penser à Powerwolf tout comme les "oh oh oh" de "Doctor Doctor", et "Jack the Ripper" lorgne plus du côté de Sabaton à la fois dans ses riffs et dans les paroles historiques. En parlant des textes, à la lecture de la tracklist, le groupe a décidé d'explorer plus généralement l'horreur entre les vampires avec "Nosferatu", "I Don't Drink Wine" (on vous laisse deviner quelle boisson de couleur rouge le narrateur boit) et "Children of the Night". "Night is Calling" plaira sûrement aux fans de Powerwolf puisque Dominum s'attaque aux loups garous. Mais là où le groupe fait mouche, c'est lorsque les paroles deviennent plus personnelles comme sur "Dark Melodies" qui traite de la folie, des voix intérieures, Dr Dead se faisant l'écho de personnes qui souffrent de troubles mentaux.
Chacun trouvera donc son compte entre textes plus imagés, plus historiques ou plus profonds, et l'album se digère très rapidement. Trop peut-être car les titres sont peut-être parfois trop faciles dans leur composition, mais cela a un avantage : lors de la première écoute, certains refrains comme ceux de "Dark Melodies", "The Circus is in Town" ou "I Don't Drink Wine" restent bien en tête. C'est parfois répétitif, sur quelques titres, il y a un côté Eurovision avec des parties plus pop, mais ça marche et c'est même contagieux, comme un virus zombie. Quelques titres arrivent à sortir du lot au niveau composition, comme "Nosferatu" avec plusieurs variations de rythmes. L'intervention de Maria La Torraca sur "Night is Calling" vient casser le côté cyclique du titre et "Endzeit" apporte un aspect plus rock, plus groovy et sexy notamment grâce à la basse de Patient 0. Comme si cela ne suffisait pas, Dominum offre également deux versions acoustiques de ses précédents tubes "Don't Get Bitten by the Wrong Ones" et "Hey Living People". Ces deux titres sont très sympathiques mais constituent plus des bonus (qui auraient pu être dans une édition limitée) que de vrais morceaux indispensables.
Dominum était la bonne surprise du Heavy Week-End et cet album l'est également. Sans pour autant révolutionner complètement le power metal, Dominum impose de plus en plus un style particulier et se démarque. S'ils reprennent les lores habituels du genre, les Allemands ont eu une vraie volonté de proposer quelque chose de neuf dans le traitement des paroles, dans les influences diverses mais aussi dans la palette de riffs et de mélodies vocales. C'est un vent de fraîcheur apportée par nos voisins frontaliers, et on souhaite de tout coeur que leur ascension continue sur cette lancée. N'hésitez pas surtout pas à aller les voir en live notamment le 24 novembre à La Machine du Moulin Rouge à Paris, ou pour les frontaliers au Z7 de Pratteln le 4 décembre, au Garage de Saarbrück en Allemagne le 5 décembre ou au Casino de Sint Niklaas en Belgique le 05 décembre. Ils seront accompagnés de l'excellent groupe The Night Flight Orchestra.
Tracklist :
1 The Circus is in Town
2 Doctor Doctor
3 Children Of The Night
4 Nosferatu
5 Dark Melodies
6 Night is Calling (feat. Battle Beast)
7 Jack The Ripper
8 Thriller (Michael Jackson Cover)
9 Devil's Son
10 I Don't Drink Wine
11 Endzeit
12 Don't Get Bitten By The Wrong Ones (Acoustic)
13 Hey Living People (Acoustic)
L'album Night is Calling sort le 3 juillet via Napalm Records et est déjà disponible à la précommande ici.



