Parts & Labor – Set Of All Sets

Parts & Labor revient quinze ans après ses premiers adieux avec Set Of All Sets. Plus qu'un modeste retour sous les radars de l'indie noise épique à l'américaine (pensez Animal Collective ou Deerhunter en guise de porte d'entrée), c'est une nouvelle étape en fanfare qu'écrivent les brooklyniens, armés de ce double-album patiemment conçu pendant cinq ans. Plongée tête la première dans ce qui n'est pas un come-back timoré fait pour flatter nos années Myspace, mais l'utopie sans concession de ces chevaliers du bruit pop.

Depuis l'annonce de la sortie de "Set Of All Sets", la presse US présente Parts & Labor à celles et ceux qui auraient raté les années 2000 sous le terme très juste de noiseniks. Né en 2002, le trio mené par Dan Friel et BJ Warshaw a toujours suivi cette ligne très claire et pourtant paradoxale à travers albums, expérimentations et tournées aux côtés de Battles, Deerhoof et TV On The Radio : produire un rock bruitiste éclairé à renforts de pédales d'effets qui bourdonnent et de synthétiseurs trafiqués, pour faire dialoguer les vagues de sons synthétiques abstraites avec des refrains accrocheurs. Dans Parts & Labor, il y a donc l'urgence joyeuse de groupes post-hardcore comme Mission Of Burma et Husker Dü, l'agit-prop des milieux alternatifs de NYC et une bonne dose d'envolées mélodiques, le tout sans la moindre autocomplaisance.

Set Of All Sets fait plus que nous rappeler ces qualités : il les transcende. On aurait pourtant pu penser que l'opération double-album donnerait l'occasion de s'ennuyer poliment. En 2007, Parts & Labor s'était amusé à composer deux EP de "grind-pop" (Escapers) : des turbo-titres de quelques secondes. En 2026, c'est avec 17 titres répartis 79 minutes que l'auditeurice reprend contact avec le trio, d'ailleurs ici quatuor car composé de ses deux (!) batteurs historiques (Joe Wong et Christopher Weingarten).

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Et ce n'est pas embellir l'histoire que de dire que Set Of All Sets dépasse les attentes et même ses prédécesseurs à de nombreux égards. L'album fait autant justice à tout ce qui fait l'ADN du band qu'il regarde vers l'avenir, avec autant d'angoisse technofasciste que d'espoir, qu'on sent dans le côté solarpunk du groupe. "Faire, c'est l'antidote" explique Warshaw dans leur revue de presse. Le premier extrait officiel ne faisait pas dans le compromis d'ailleurs : un single de vingt minutes en quatre parties ("Endless Cycle"), qu'on retrouve maintenant réparti en deux blocs et qui fait honneur à leurs racines prog, à leur amour des rythmes chaloupés punk (oui, pensez "zouk destroy") et à leur science des claviers qui grincent. On était donc prévenus : Parts & Labor revient avec ce qu'il sait faire de mieux, en mieux.

"Many Worlds" confirme la promesse : sur une pulse krautrock haletante, la voix de BJ Warshaw est plus maîtrisée que jamais avant de rejoindre l'espace intersidéral sur le refrain. Sept minutes de transe, de brisures soniques et de chants glorieux : tout ce qui a fait leur réputation dès Stay Afraid (2006) et Mapmaker (2009) en fois deux. "Haunted Limbs" enfonce le clou, avec cette fois la pluie de sons électroniques typique de Dan Friel et son timbre plein d'emphase, porteur de ces textes évocateurs et si particuliers à la grammaire du groupe : "Et si on construisait une maison dans laquelle personne ne pourrait vivre ? / Et si on écrivait une chanson que personne ne pourrait jouer ?". Libertaires keupon, intellos de concerts dans les skate parks : you name it comme disent les millennials. L'essentiel est que l'identité du groupe a pris une dimension, et qu'on est autant heureux de les retrouver que de constater l'épaisseur tranquille qu'elle a acquise avec le temps.

Plus inattendu, "Seamripper" repose sur un synthé basse distordu sorti des enfers de Atari Teenage Riot pour s'échapper en feu d'artifice chargé d'anxiété. "Arterial Material" et sa cavalcade de batteries prolonge la fête et on se rend compte alors que "Set Of All Sets" s'est déployé autour de nous, fort de toutes ses couleurs, de toutes ses possibilités. Il y autant des réminiscences des disques Satellites ("Parallel Tracks", plus classique mais jouissif) et Constant Future ("Like They're Here To Stay") que des morceaux mid-tempo prenants et ambitieux ("Set Of All Sets" en conclusion majestueuse) et des prises de risque ("Indecision Tree" tout en tension venimeuse pour exploser en ritournelle qui laisse l'espace de rêver à un autre monde).

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Difficile de décrire cet album en limitant les adjectifs, et pourtant il le faut : Set Of All Sets mérite son écoute, mérite votre curiosité. A une heure de peur et doutes généralisés sur la musique et sur le pouvoir de notre créativité humaine, dans laquelle d'improbables projets math-rock comme Angine de Poitrine parviennent à se constituer comme des contre-poisons temporaires, Parts & Labor vient de déposer quelque chose de très durable, de très palpable et d'une familiarité aussi bizarre que naturelle.

Leur musique est kaléidoscopique (j'insiste sur ce terme, car il infuse autant dans leur production que dans leur visuel, ce n'est pas un mot facile), brute et pensée, toujours sur le fil entre noise et mélodie, entre l'instinct et la réflexion. Si vous cherchez quelque chose d'unique, une empreinte singulière au milieu de l'armée de clones qui remplit les réseaux sociaux, écoutez Set Of All Sets. Au pire, vous aurez entendu la plus incroyable volée de notes synthétiques et d'émotions de votre vie.

Au pire.

  1. Endless Cycle Pt. 1: Repetition Nil
  2. Endless Cycle Pt. 2: Edges of Forgetting
  3. Many Worlds
  4. Descending
  5. Haunted Limbs
  6. Seamripper
  7. Arterial Material
  8. Anti-Lions and Lemonade
  9. Descending
  10. Endless Cycle Pt. 3: Better Run
  11. Endless Cycle Pt. 4: Working in Storm
  12. Indecision Tree
  13. Descending
  14. Parallel Tracks
  15. Off By One
  16. Like They're Here to Stay
  17. Set of All Sets

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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