Deep Purple : =0 – Splat #4

Par Thierry de Pinsun

Soudain, le glitch. La Grosse Radio – qui se croit en classe de SVT puisqu’elle accuse sur les réseaux ses auteurs de pratiquer des dissections sur les groupes octogénaires – trouve le moyen de s’planter pendant la frénésie de l'écriture, soit le meilleur moyen de rater la date butoir d'un attendu. Pas tant celui qui nous fait passer pour des cons quand, alors que l'album est sorti, on publie le papelard sur le troisième single, mais quelque chose de bien plus grave. Parce que dans cet océan d'incertitudes où le dernier message parvenu à la navette métaphysique – leurs mots, pas les nôtres – est « Diablo, c'est pas terrible », le groupe a dû terminer l'album à la va-vite, sans nouvelle recommandation, notamment celle clamant que "Guilt Trippin’" était la voie à suivre.

On aura du mal à comprendre les retours dithyrambiques de nos confrères et consœurs sur Splat!, tant pour nous la douche est bien froide. Un constat assez rapide d'ailleurs, dès le troisième titre, "The Rider", qui n'a pas fait partie des préalablement présentés et qui fait redescendre le soufflé des espoirs. Loin d'être un titre honteux – pour ça, il y aura "The Only Horse In Town", l'horrible blues "The Beating Of Wings" ou ceux dont après plusieurs écoutes, on ne sait même plus ce qu’ils font, tels "Scriblin’ Gib’rish" ou "Third Call" –, il est le symptôme d’une contamination que l’on retrouve tout au long de l’écoute. Une intro intrigante, quelques notes de claviers – nous rappelant les sonorités dissonantes de "Step By Step" ou de "The Power Of The Moon" sur Whoosh (2020) – s’opposant à la conclusion tonitruante d’un "Diablo" qui, on l’a déjà dit, entérine une zone de confort : on sent que l’album s’apprête à prendre un nouveau tournant, une lente ascension vers l’étrange dont "Guilt Trippin’" pourrait être la finalité.

Mais "The Rider", une fois introduit, retourne dans ses clous, reproduit les structures éculées, assène les mêmes parties instrumentales où les solos, particulièrement ceux de Don Airey qui tout en improvisation ne prend plus le temps de les écrire – et donc de les varier – sont où on les attend et ont la texture musicale que l’on prédit. Il y a bien quelques variations : une grille d’accords qui change tout à coup pour un pont, une structure où les instruments s’emballent le temps de quelques notes. Ces sursauts sont comme des fils, des bribes d’idées que le groupe ne tire jamais à profit. On repense à ce qui a été évoqué quant à la longueur des titres des singles, ne permettant pas forcément d’explorer les horizons susurrés. "Guilt Trippin’", du haut de ses 4m52, est le morceau le plus long de l’album. Pour un groupe qui continue, par ces courts instants, à suggérer une envie d’apporter des sonorités progressives à ses compositions (au contraire d’un "Arrogant Boy" qui, on l’a vu, fait pile la durée qu’il faut pour poser son efficacité), c’est bien trop peu. "The Rider" devient donc un cas d’école que l’on retrouve dans les titres suivants : "The Lunatic" ou encore "Sacred Land" entament leur course sur une tonalité variée, emplie de promesses – des sonorités orientales en casse d’un riff tout en croches pour l’un, une ambiance irlandaise chère à Simon McBride avant une structure lourde et martelant chaque noire comme un pas d’armée pour l’autre – avant de se réfugier dans une structure convenue, parsemée de ces mêmes bribes d’idées qui n’éclosent jamais.

Surtout, ces morceaux oscillant entre l’insipide constant et le sursaut ponctuel s’enchaînent sans fléchir. Si l’on reprend l’exemple de "The Lunatic", qui en a un peu plus dans sa caboche qu’il n’y paraît, le fait qu’il soit placé en continuité de "The Rider", construit sur une structure très similaire, ne lui offre aucun éclat. Idem pour "Jessica’s Bra", en dixième position, qui aurait le mérite de réveiller l’auditoire s’il ne suivait pas le puant "Scriblin’ Gib’rish". Après neuf titres dont cinq qui nous emmerdent sévèrement – sûrement autant que Ian Paice et Roger Glover qui hors des morceaux phares sont dans une autoroute totale –, l’attention qui parvient à renouer avec l’album lors des quelques sursauts est désormais en banqueroute. En somme, les morceaux sont mal agencés, balancés à la suite sans réelle réflexion – dans l’ordre où ils ont été composés ? – ni envie de créer un tout qui peut contenir quelques lieux d’ennui à condition que l’équilibre les ancre dans une logique d’écoute continue. L’incompréhension domine quand le titre final, éponyme, concentre dans ses paroles une invitation au voyage transcendantal, un Gillan qui s’exclame d’un « Let’s get metaphysical... » en conclusion dudit voyage – mention pour l’écriture des paroles, quant à elle très travaillée, à base d’espièglerie bien anglaise et de rimes riches, malheureusement peu mises en valeur. Apprécier certains titres – on revient sur "The Lunatic", "The Rider", voire "My New Movie", tellement tardif qu’on est déjà endormi mais qui s’avère sympathique écouté séparément – quand on parvient à les décorréler d’un tout devenu répulsif, une ironie qui nous ferait presque penser que Deep Purple n’aurait du sortir qu’un E.P alors qu’il y a là un réagencement à penser. Mais heureusement, on a invoqué un batteur professionnel (vous avez écouté le dernier Liquid Bear ?) et créé une cellule de réflexion pour repenser la tracklist. Les morceaux replacés, le gras retiré (quatre morceaux en moins, ça fera des face B insipides que les fans pourront évoquer pour briller en dîners mondains, rappelons-nous Paradise bar), Splat! devient étrangement équilibré, plus agréable à écouter et les titres plus faibles, s’ils ne sont toujours pas brillants, prennent une autre saveur qu’on commence à vouloir se repasser en boucle.

Monsieur Bob Ezrin, vous qui n’avez visiblement pas beaucoup bossé sur la question, on vous offre notre Splat!, une variante qui semble bien signifiante. Pour votre considération :

 

  1. Arrogant Boy
  2. Diablo
  3. Splat!
  4. The Rider
  5. Jessica’s Bra
  6. Sacred Land
  7. Guilt Trippin’
  8. My New Movie
  9. The Lunatic

 

Cordialement, La Grosse Radio, track doctors de pères en fils.

Side A
1. Arrogant Boy
2. Diablo
3. The Rider
4. The Lunatic

Side B
5. The Only Horse In Town
6. Sacred Land
7. The Beating Of Wings

Side C
8. Guilt Trippin'
9. Scriblin' Gib'rish
10. Jessica's Bra

Side D
11. Third Call
12. My New Movie
13. Splat!

NOTE DE L'AUTEUR : 6 / 10



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