Kamelot nous avait fait un joli cadeau avec son précédent album The Awakening, preuve qu'un groupe peut se recentrer et proposer une oeuvre concise. Trois ans après ce dernier effort, la formation de Thomas Youngblood, au line-up désormais stabilisé, revient avec un nouvel opus. Les premières annonces dévoilant un univers victorien et torturé centré sur la folie promettaient un concept album assez intrigant.

Malgré l'univers visuel fort évoquant l'asile et l'univers du XIXème siècle, non, Dark Asylum n'est pas un concept album fourni avec une histoire intense, comme cela pourrait être le cas chez Ayreon (le projet d'Arjen Lucassen qui a déjà vu passer Tommy Karevik). Cependant la thématique de la folie et la noirceur ambiante servent plutôt ici de prétextes pour dévoiler un message d'espoir. En ce sens, cet album atteint son but puisque le groupe, malgré l'univers sombre, apporte dans les paroles des morceaux de la lumière et un éclairage nouveau sur ce qu'il se passe dans notre cerveau. Par contre, une fois passé le premier titre "Sanctorium" qui colle bien à cet univers particulier, Kamelot semble préférer faire un album somme toute assez classique, sans grosse prise de risque. Le côté victorien et torturé aurait largement pu donner lieu à des expérimentations sonores, un retour au XIXème siècle. Seule incursion musicale dans la folie, les interventions plus que justifiées de la vocaliste (et également Miss Chili) Ignacia Fernández qui crève l'écran par son growl extrêmement puissant s'accordant à la perfection à la voix de Tommy Karevik.
Les grands gagnants de cet opus sont indubitablement les vocalistes : avec des chanteurs invités tels que Clémentine Delauney de Visions of Atlantis ou Tobias Sammet, on sent que le groupe s'est entouré d'un petit cercle d'amis pour accompagner Tommy Karevik. Ce dernier néanmoins n'a jamais eu besoin de soutien tant il crève l'écran et porte l'intégralité de l'album sur ses épaules. Le morceau éponyme permet de montrer toute l'étendue de son chant : un véritable roller coaster émotionnel le faisant passer du plus heavy au plus suave. Il peut également passer d'un registre plus pop à la Bryan Adams sur "Ivy, My Dear" à un chant plus torturé sur "Godlike Alchemy". Dommage néanmoins qu'il s'efface sur "Beneath The Moon" et qu'il laisse la place à Rannveig Sif Sigurðardóttir et Sólveig Sara Leupold, deux guests au timbre très intéressant certes, mais un contre chant masculin en anglais aurait peut-être été plus efficace. Heureusement d'un côté que le chant est le principal outil, car il permet de véhiculer les nuances des différents troubles mentaux abordés dans cet opus.
Autres grandes gagnantes : les orchestrations d'Oliver Palotai, ce dernier signant un travail cinématographique assez admirable tant dans les atmosphères malsaines de l'intro que dans le gothique de l'instrumentale "Nocte Veritas". Malheureusement, le curseur a été poussé un peu haut et l'orchestre a tendance à tout masquer et amener le reste des instruments en arrière-plan dans un certain flou sonore qui dessert le reste du groupe. La basse de Sean Tibbetts n'est malheureusement pas audible et Thomas Youngblood est bien souvent relégué à un rôle rythmique, dévoré par les cordes de l'orchestre. Le principal compositeur et membre fondateur du groupe brille par certains moments avec des soli certes peu originaux mais relativement variés, qui oscillent entre speed metal sur "Ashen World" et arena rock des années 80 sur "One Last Masquerade".
Autant les guests apportent ce vent de fraîcheur (avec un gros coup de cœur pour Ignacia Fernández), autant certains morceaux sentent un peu la facilité. Kamelot sait faire des bons morceaux, ce n'est plus à prouver. Mais au fil des écoutes, une certaine lassitude s'installe. Certes, le petit détour du côté djent de "Sanctuary" fonctionne bien mais le titre est un peu simple, pour un groupe qui nous a habitués à bien plus. Même constat pour "One Last Masquerade" : Tobias Sammet est comme un poisson dans l'eau sur ce morceau mais on a finalement presque l'impression que c'est lui qui l'a composé tant le titre pourrait facilement figurer sur un album d'Avantasia. Quelques titres entrent dans la catégorie "power metal très influencé Rhapsody" comme "The Sleeping Mind" ou "The Puppet King". Ils sont agréables à écouter, mais un sentiment de déjà-vu s'installe très rapidement.
Sur quinze morceaux proposés, en enlevant les petites intros/outro assez dispensables, il ne reste que très peu de morceaux mémorables. Convenons qu'en live, certaines chansons peuvent vraiment faire mouche, comme "Ashen World" avec son rythme ternaire et ses "oh oh oh" fédérateurs, mais au regard de la discographie foisonnante du groupe, ce n'est qu'un énième single de plus. Très peu de titres sortent du lot; il faut tout de même citer "Cassandra's Disease" qui lorgne plus du côté d'Evanescence avec quelques accords discordants empruntés au black metal et la ballade "Beneath the Moon" qui apporte une touche très intéressante, notamment grâce à l'apport de la langue islandaise.
Le groupe peut s'appuyer sur des lignes mélodiques imparables délivrées par Tommy Karevik, qui est sûrement un des meilleurs chanteurs du monde du prog/power. Certains refrains sont extrêmement catchy et restent en tête longtemps, comme celui de "Godlike Alchemy", mais pris dans sa globalité, l'album ne propose pas de gros "bangers". Au final, Dark Asylum semble souffrir de la qualité du groupe : Kamelot a tellement de tubes et de titres très forts qu'il semble plus difficile de maintenir un très haut niveau. Ce nouvel opus reste tout de même de qualité, et bien meilleur que la majorité des groupes de power qui envahissent le monde du metal depuis une trentaine d'années.
Après plus de vingt ans de carrière et une bonne douzaine d'albums, pas facile de proposer quelque chose de neuf, même si Kamelot arrive à manier à la perfection cette alliance de power et de prog metal. L'attente était grande après The Awakening mais le constat est simple : Kamelot propose toujours des compositions très bien faites, avec un Tommy Karevik au sommet de sa forme. Néanmoins Dark Asylum manque un peu sa cible. Avec un concept visuel de départ aussi marqué, le groupe aurait largement pu proposer une plongée dans un univers sombre et bien plus torturé, avec surtout des expérimentations plus poussées. Sans être une catastrophe monumentale, ce quatorzième album trouve sa place dans la discographie fournie du groupe sans pour autant sortir du lot. Restent quelques titre qui feront forcément mouche en live, et c'est aussi ça l'intérêt d'un nouvel opus : retrouver Kamelot sur scène pour notre plus grand plaisir.
Tracklist :
01. Sanctorium
02. Ashen World (feat. Ignacia Fernández)
03. Dark Asylum
04. Sanctuary (feat. Clémentine Delauney & Ignacia Fernández)
05. Nocte Veritas
06. One Last Masquerade (feat. Tobias Sammet)
07. Ivy, My Dear
08. Godlike Alchemy
09. The Sleeping Mind (Orphic Paradigm)
10. Kaleidoscope
11. Enigma (Think of Me)
12. Cassandra’s Disease
13. Beneath the Moon (Tunglið) (feat. Rannveig Sif Sigurðardóttir, Sólveig Sara Leupold, Lea-Sophie Fischer)
14. The Puppet King
15. Sanctum Requiem
L'album Dark Asylum sort le 28 août 2026 sur le label Napalm Records et est déjà disponible à la précommande ici.







