C’est au No Logo BZH que nous avons eu le plaisir de rencontrer Alam, artiste bordelaise présente depuis près de vingt ans sur la scène reggae. Depuis ses débuts en 2007, elle a fait évoluer son univers au fil des rencontres, des projets et des expériences, du reggae roots aux sonorités dub qui occupent aujourd’hui une place grandissante dans sa musique. Après la sortie de son album Rise en 2024, Alam prépare un nouveau chapitre, entre nouvelles productions, collaborations et culture sound system. Engagée, passionnée et profondément attachée à la nature comme au pouvoir fédérateur de la musique, elle nous raconte son parcours, ses inspirations et ce qui se prépare pour la suite.

De 2007 à aujourd’hui, un parcours entre reggae et dub
Lauraggaroots : Pour commencer, peux-tu te présenter à celles et ceux qui découvrent ton univers ?
Alam : C'est un projet qui existe depuis très longtemps, puisque l'année prochaine on va fêter nos vingt ans. On a fait quatre albums avec un groupe qui a beaucoup tourné. On était six musiciens. Puis on a fait plusieurs albums depuis 2007 et là on est en train de changer un peu la formule. Parce que, moi, j'aime beaucoup le reggae dub. Donc, on prépare un projet un peu plus dub, avec des prods plus dans ce mood-là. Pour aller dans les sound systems. On a revisité un peu les choses et on a même revisité d'anciens morceaux en version un peu plus dub, et ça va sortir prochainement. Ce n'est pas encore sorti. Ce sont mes compos, donc j'ai monté ça il y a vingt ans avec des musiciens. C'est moi qui écris et qui compose les mélodies, et puis après, on arrange un peu tous ensemble. Voilà pour résumer. J'aime beaucoup aussi jouer en acoustique. J'ai fait plein de concerts aussi comme ça, dans toutes sortes de lieux. C'est vrai que pour la voix, pour la vibe, j'aime bien aussi.
Entre maternité, rencontres et évolution musicale
Lauraggaroots : Alam existe depuis 2007. Quand tu regardes le chemin parcouru depuis les débuts, qu’est-ce qui a le plus changé entre l’artiste que tu étais au départ et celle que tu es aujourd’hui ?
Alam : C'est aussi moi en tant que personne qui a changé. Je suis devenue maman. J'ai deux enfants, et il y a aussi les rencontres et l'évolution musicale. J'ai commencé vraiment par le roots, parce que c'était la musique que j'écoutais beaucoup. J'adorais les mélodies, les voix, genre The Abyssinians, les Mighty Diamonds, évidemment les Wailers, Bob Marley et compagnie. J'aimais vraiment ça, le roots. C'est pour ça que j'ai commencé à vraiment faire un groupe et on était axés beaucoup sur les chœurs. J'avais toujours deux choristes avec moi, enfin pas forcément des choristes. Il y avait le clavier qui faisait des chœurs. Après, c'est vrai que ça a évolué un peu plus.
Du reggae hip-hop au dub : un nouveau tournant musical
Alam : J'ai eu des phases plus reggae hip-hop parce que j'aimais aussi beaucoup. Des artistes comme Soom T ou Selah Sue, qui m'ont pas mal influencée. J'avais envie de tester un petit peu des choses un peu plus engagées, on va dire, dans le chant. Et là, encore un nouveau tournant puisque je suis quelqu'un qui aime beaucoup le dub. C'est vrai que j'ai cette culture des groupes. Mais la culture dub, je commence vraiment à rentrer un peu plus dedans et j'aime beaucoup aussi. Là, en ce moment, c'est un peu vers ça que j'évolue. J'ai des projets pour faire des collabs. Je ne peux pas trop en dire pour l'instant parce qu'il n'y a rien qui est fait, enfin rien qui est abouti, mais en tout, j'ai plein de petites collabs qui arrivent dans le dub avec des gars cool, des femmes aussi. C'est un petit peu là où j'en suis. On a déjà des morceaux qui vont sortir là en fin d'année. On va sortir un ou deux singles et des nouvelles prods en 2027.
De la nature à la lutte : les combats d’Alam
Lauraggaroots : Aujourd'hui, qu'est-ce qui définit le mieux ton identité artistique ? Quels sont les messages que tu tiens absolument à défendre ?
Alam : Je suis très nature déjà. Mes inspirations, c'est l'océan, la nature, les gens que j'aime vraiment, les rencontres. J'ai de plus en plus envie de parler un peu de politique parce que, nous les artistes, on nous dit souvent « ouais, chante et arrête de parler », alors que pour moi, tout est politique. L'art et la musique, et en particulier la musique qu'on fait. J'ai toujours été quand même engagée dans mes paroles. J'ai toujours défendu l'écologie, le respect. Je suis surfeuse, ça fait vingt ans que je surfe et je parle beaucoup de l'énergie de la nature, de la montagne, de l'océan.
Se reconnecter à l’essentiel
Je trouve qu'on est tellement coupés de ça et, pour moi, en ce moment, dans tout ce qu'on vit dans notre société, si on ne se reconnecte pas à ça très rapidement, on est perdus. Pour moi, la lutte, c'est aussi la musique ; on peut être très joyeuse dans la lutte, dans la joie, le partage avec le public et je trouve que réunir les gens autour de l'art, c'est essentiel. Il faut vraiment qu'on continue à lutter même si on est empêchés en ce moment. J'ai vraiment encore plus envie de continuer et de ne rien lâcher. Les humains ont besoin de ça et moi aussi, j'ai besoin de ça. C'est un peu le message général.
Quand la mélodie fait naître les mots
Lauraggaroots : Comment naît une chanson chez toi ? Est-ce qu'elle commence par un texte, une mélodie, une émotion ou une rencontre ?
Je ne vais pas trop composer quand ça ne va pas. C'est plutôt après, quand ça va mieux. Que là, j'ai de l'énergie qui revient et je vais sortir les choses. En particulier dans ce style reggae. Parce que j'ai un autre projet qui est un peu plus pop folk et, un peu plus triste, on va dire. Après coup, quand je commence à aller mieux, j'ai l'énergie qui sort et je m'extériorise comme ça. Après, en termes de pure compo, parfois ça va partir d'une mélodie et après, je vais poser le texte dessus. Je suis plus dans la musicalité d'abord et voilà. Quelques accords de guitare, un chant où je vais faire du yaourt, tu vois. Et après, je vais poser le texte. C'est le plus souvent. Après, ça peut m'arriver aussi d'écrire juste un texte et après de le mettre en musique. Mais c'est moins souvent. Dernière chose aussi, parfois du coup, j'ai aussi des musiciens, des prods qu'on m'envoie et je vais poser dessus. Pour le coup sur une instru, ça, c'est cool aussi. Si l'instru m'inspire, ça peut aller très vite en fait.
Rise : un album né dans l’adversité
Lauraggaroots : En 2024, tu as dévoilé l’album Rise. Pour celles et ceux qui ne l’ont pas encore découvert, comment présenterais-tu ce projet ?
Alam : C'est un album qui a déjà mis beaucoup de temps. Enfin ça a été fait un peu dans le dur parce qu'on est sorti après le covid. Ça a été très compliqué même dans le projet. Pas entre nous parce que je me suis toujours bien entendu avec les gens avec qui je travaille. Mais on a tous eu des soucis persos en fait, comme beaucoup de gens à cette période. Donc on a été assez ralentis, on avait aussi moins de dates. Ben voilà, post-covid donc budget compliqué et tout ça. On a fait un album, on a vraiment bricolé. Il a été fait un peu à la maison et un peu en studio, ce n'était pas évident. Mais on est super fières de l'avoir sorti avec les moyens du bord. Et finalement, on est très contents des titres de cet album. Mais c'est vrai que ouais, c'est un album qui a été fait avec plusieurs obstacles, on va dire. Et c'était vraiment cool de le finaliser. On est très content.
"Fire of Joy" : le morceau de l’après-Covid et des retrouvailles
Lauraggaroots : Avec un peu de recul, quel regard portes-tu aujourd’hui sur cet album et sur ce qu’il représente dans ton parcours artistique ? Est-ce qu'il y a une chanson de l'album qui a pris une signification différente pour toi ?
Alam : Alors j'aime beaucoup "Fire of Joy". Justement parce que c'est un morceau que j'ai écrit, ben du coup post-covid. Où on se sentait tous un peu seuls, je pense, dans notre coin. Et c'était vraiment une chanson pour dire ok ça ne va pas. On est un peu tout seuls, mais bientôt, on va se retrouver et faire un grand feu de joie et faire des concerts. On va crier sur les toits et chanter tous ensemble. En gros, c'est ce que dit la chanson. Celle-là, c'est une chanson que, d'ailleurs, j'ai écrite très vite. C'est un peu le truc des fois, je trouve, quand tu composes. Je ne sais pas, c'est un peu mystique ce que je veux dire. Mais des fois t'as l'impression que t'es un peu touché par un truc comme ça. Il y a des morceaux, enfin cette chanson-là, elle m'est venue très rapidement. Autant le texte que la mélodie. Elle a tout de suite marché. Je l'ai chantée à des potes, ils m'ont dit : « Elle est trop bien et tout. » Donc celle-là, je l'aime beaucoup !
Un nouveau virage vers le dub et le sound system
Lauraggaroots : Après cette étape importante qu’a été Rise, quelles sont tes envies pour la suite ? Est-ce qu’un nouveau projet est déjà en préparation ou de nouvelles directions musicales commencent-elles à se dessiner ?
Alam : Comme je disais, là on est sur un projet du coup beaucoup plus dub. On est assez influencé par le vapor dub de Biga. J'aime énormément ces nouveaux styles, j'écoute à fond. J'ai très envie de partir dans cette direction et c'est déjà ce qu'on est en train de faire avec le projet. Tourner un peu dans cette formule-là et puis ensuite, on a un projet justement avec une équipe réduite. Basse, batterie, et avec des samples. Parce que j'aime quand même beaucoup qu'il y ait des instruments. Je n'ai pas envie de faire que du sound system. Peut-être faire des scènes, que ce soit des festoches, et tout. Comme ça sur scène avec basse, batterie et puis après plutôt dans les soirées dub avec les prods. J'ai trop hâte de voir ce que ça donne du coup sur un vrai sound system, les prods qu'on a faites. J'ai trop hâte de les écouter. Ça, ce sont les nouvelles.
De nouveaux titres et un financement participatif en préparation
Alam : Là, on a quand même prévu de sortir deux titres qui sont quasiment prêts. Enfin, en gros, il y en a huit, dont trois qui sont des morceaux revisités du vieux Alam. Revisité un peu plus, dub et ça va sortir. On a au moins sept, huit prods qui vont sortir. On va les sortir petit à petit et avant la fin de l'année. Il y aura un titre pour la rentrée d'octobre, novembre. Et d'ailleurs, on va même faire un financement participatif. Parce que malgré tout, on a besoin de budget aussi pour faire du master, des vidéos aussi. Promouvoir, enfin faire de la com quoi. En fait je vais sortir le titre et en même temps faire un financement pour dire voilà on a ce titre-là. On part dans cette direction, soutenez-nous ! Et c'est vrai que je trouve ça cool de donner un truc à écouter aux gens, à notre public.
La culture comme rempart face aux extrêmes
Lauraggaroots : Après toutes ces années, est-ce qu’il y a des messages que tu ressens encore plus importants à transmettre aujourd’hui qu’à tes débuts ?
Alam : Comme je disais tout à l'heure, la reconnexion avec la nature, avec les gens qu'on aime. Et puis votez correctement en 2027 ! Alors votez correctement, ça dépend qui le dit, mais voilà. Je trouve qu'en ce moment, c'est à fond défense de la culture, lutter pour la culture ! Pour l'art, parce que pour moi, c'est vraiment l'éveil des consciences et on a trop besoin de ça. Fédérer autour de la musique et ça, c'est hyper important. Après moi, je le dis, je vais voter. Je n'ai pas voté pendant longtemps et la montée d'extrême droite me fait énormément peur. Je pense que là c'est hyper important, même si voilà. Avant je me disais ça sert à rien d'aller voter, mais en fait de toute façon j'ai l'impression que je vote ou pas. Au moins j'ai envie d'essayer. Je n'ai rien à perdre. Voilà ce que j'ai envie de dire aux gens. Au moins pour essayer de contrer les extrêmes. Là, ça peut vraiment être le pire. Déjà qu'on est dans la merde.
L’urgence de préserver une culture libre
Je trouve que là vraiment, j'ai envie de défendre la culture à fond. La musique, les free parties, les sound systems, les festivals. Gros respect au No Logo BZH. Gros respect à leur modèle économique et ça fait trop plaisir de voir que ça tient. Et pourvu que ça continue parce qu'il y en a tellement qui galèrent. Je pense qu'il faut trouver une nouvelle façon de s'organiser pour que ça continue. Malheureusement, je pense qu'on va être confronté à de la violence et il va falloir être costaud. Ou pas, parce que si on vote bien, peut-être qu'on évitera la bagarre.
Quand la musique crée de belles rencontres
Lauraggaroots : Tu as partagé la scène avec de nombreux artistes reggae français et internationaux. Est-ce qu’une rencontre ou un moment de tournée a particulièrement marqué ton parcours ?
Alam : Oui, il y a eu Soom T ! Soom T, voilà super rencontre. C'est quelqu'un que j'aime beaucoup, qui est très humaine. Gros respect, en plus elle est venue à la maison, on a clippé le titre qu'on a fait ensemble. Elle est venue à la maison, elle avait des cadeaux pour les enfants, elle a dormi là. On est allés à la plage ensemble, c'étaient des super moments avec elle. Donc vraiment très très belle rencontre. Et puis à chaque fois qu'on se croise, c'est toujours la même. Toujours égale à elle-même ! D'ailleurs, je ne l'ai pas encore vu ce soir.
Kiddus I, Clinton Fearon : des souvenirs gravés
Sur notre deuxième album, on a fait un feat avec Kiddus I. Qui est quand même une légende du reggae d'Inna Di Yard et qui a été aussi une très belle rencontre. Un ancien Jamaïcain qui est aussi venu à la maison. Je me souviens de repas avec lui chez nous à Saint-Aubin-de-Médoc. Et c'était incroyable. Le troisième plus récemment, c'est Clinton Fearon. J'ai eu l'occasion de faire des premières parties en acoustique de Clinton Fearon. Et vraiment un soleil, un amour. Franchement, c'est un artiste, je l'aime de partout. C'est-à-dire par ce qu'il est solaire, gentil et qu'il a une voix de dingue. C'est quelqu'un que j'aime beaucoup aussi.
Le reggae, une culture qui se transmet
Lauraggaroots : Après plusieurs centaines de concerts, qu’est-ce qui continue de te surprendre dans la relation avec le public ?
Alam : Peut-être les générations, en fait, je trouve que le reggae continue à se transmettre. Le dub aussi beaucoup. Il y a une jeunesse qui est là et qui continue de faire vivre ça en venant à des soirées reggae dub. Ce n'est pas que ça me surprend, mais ça me donne espoir.
Rendez-vous à Bordeaux pour une soirée 100 % dub
Lauraggaroots : Où pourra-t-on te retrouver prochainement ? As-tu des dates ou des rendez-vous particuliers à annoncer au public ?
Alam : J'ai une super date à annoncer à Bordeaux, du coup vers chez nous. On joue sur un festival qui s'appelle Relache avec Vibe Remix et Zion Train. Grosse soirée à Dub à Bordeaux et on ouvre la soirée du coup avec le nouveau projet. Avec les nouvelles prods qu'on va présenter un peu à notre public local. Donc ça, c'est une date assez cool. Après, on a été assez calme parce qu'on est un peu en transition. Mais cette date-là, si vous voulez venir nous voir à Bordeaux, ça va être cool.
Le mot de la fin
Lauraggaroots : Pour terminer, quel message aimerais-tu adresser aux personnes qui te suivent depuis des années, mais aussi à celles qui vont peut-être te découvrir grâce à cette interview ?
Alam : Merci beaucoup à tous ceux qui m'ont donné beaucoup d'amour en fait. Parce qu'il y en a toujours ! J'ai toujours de super messages des personnes que je croise sur la route et qui sont là à suivre depuis tout ce temps. Et qui me renvoie, plein d'amour, donc c'est trop bien. Ceux qui me découvrent, venez, suivez-nous dans cette nouvelle aventure. On a plein de nouvelles choses et surtout, ben moi, je n'ai rien lâché depuis 20 ans. Je suis encore là et je n'ai pas l'intention de m'arrêter. J'ai plein de beaux sons à vous présenter et plein de chansons. Donc n'hésitez pas à suivre Alam. Et big-up à La Grosse Radio Reggae.






