Interview Cozik & Faya Pyd : partir de rien

À l’occasion du festival No Logo BZH 2026, on a pu rencontrer Cozik et Faya Pyd. Deux artistes qui font bouger les frontières entre reggae, hip-hop et chanson française. Après plusieurs projets, une belle histoire née sur Internet et surtout beaucoup de travail en studio. Cozik défend aujourd’hui son premier album Une bouteille à la mer, produit par Faya Pyd. Leur force ? Une vraie complémentarité et l’envie de créer leur propre son, sans rentrer dans les cases. On a pu échanger avec eux sur leur parcours, leur univers musical et leurs projets à venir. Découvrez notre rencontre avec Cozik et Faya Pyd !

cozik & Faya pyd © Laura Reboux
cozik & Faya pyd © Laura Reboux

Cozik, deux ans après : retour sur une ascension

Lauraggaroots : Cozik, ton parcours commence en 2020, puis prend une nouvelle dimension en 2024 avec la sortie de ton EP En me levant et du titre éponyme. Cette même année, le public du No Logo BZH découvre ton univers sur la battle organisée sur l'Agora. Aujourd'hui, deux ans plus tard, tu franchis une nouvelle étape en retrouvant le festival sur la scène principale. Quelles ont été les grandes étapes qui t'ont amené jusqu'ici ?

Cozik : la battle, je m'en souviens, c'était pile l'année où est sorti l'EP En me levant. Ça commençait déjà à tourner pas mal. Il y avait des gens qui connaissaient la chanson "En me levant". Je l'avais faite en freestyle sur la battle et j'avais vu que ça commençait à connaître un peu les paroles, c'était cool. Après, il y a eu plusieurs étapes depuis. Déjà, cet EP-là a continué à tourner, à voyager sur Internet. Après, avec Faya en studio, on a continué à enregistrer plusieurs projets, des EP. À rester présents sur les réseaux. Et puis, on a continué notre chemin comme ça.

Le morceau qui a changé la donne

Cozik : Cette année, avec "Raggamuffin Boys", le titre qui a propulsé un peu l'album Bouteille à la mer, qui a tourné pas mal sur les réseaux. Nous a ouvert plein de portes en fait pour des festivals comme celui-ci. Ça a pu arriver jusqu'à leurs oreilles, mais également à celles de Come On Tour, notre agence de booking qui nous trouve des tournées comme aujourd'hui en festival.

De "Une minute de reggae" à leur première collaboration

Lauraggaroots : Comment s'est faite votre rencontre ? Qu'est-ce qui vous a donné envie de collaborer ensemble ?

Faya Pyd : En gros, il y avait une page Instagram qui s'appelait "Une minute de reggae". Je ne sais pas si vous en avez entendu parler, celle de "Une minute de rap" avait beaucoup tourné. Et donc, nous, on participait au concours "Une minute de reggae". Cozik commençait à peine, moi ça faisait plus longtemps, mais j'étais quand même plus dans le rap, même si j'étais fan de reggae. J'aimais bien rapper sur du reggae et il m'a contacté pour me dire : « Moi aussi je fais de la musique, je vois que tu produis. Je vais te faire écouter des maquettes » et, dans ces maquettes-là, il y en a une que j'ai adorée. Donc je lui ai dit : « Je suis en train de bosser sur un album, est-ce que ça te dirait qu'on inclut ta maquette sur cet album ? » Donc le morceau s'appelle "Soleil se couche" et c'est le premier morceau officiel de Cozik.

Quand la musique crée l’amitié

Faya Pyd : Après, on a bossé à distance, il est venu pour le clip et humainement ça a accroché. Derrière, on s'est dit qu'on allait continuer à bosser à distance, on s'est rendu compte à un moment qu'on tenait pas mal de bons morceaux. Je lui ai dit : « Saute le pas, viens te poser dans le studio et on va travailler ensemble. » C'est la musique qui a créé l'amitié. Souvent, dans les groupes de musique, ça part d'amis qui font de la musique. Nous, c'est la musique qui a créé l'amitié, donc c'est beau quand c'est dans le sens inverse.

Cozik : De base, c'était par Internet, mais après, en se voyant en vrai, on s'est connectés comme ça.

Deux voix, deux styles, une alchimie

Lauraggaroots : Qu'est-ce que cette collaboration vous a apporté ?

Cozik : Un mélange d'inspi déjà, de style. Faya, il fait de la production aussi. Il produit toutes les prods sur lesquelles je peux chanter. On s'apporte mutuellement sur un point parce qu'on est complémentaires. En fait, on est différents, mais en même temps, on se rejoint sur un point.

Faya Pyd : Notre différence, c'est notre force en fait. Même dans l'aspect humain, je suis quelqu'un de très bavard, très expressif, un peu foufou. Cozik, il est beaucoup plus calme, beaucoup plus posé, plus réfléchi. En termes de voix, moi j'ai une grosse voix grave et un côté très hip-hop. Lui, il va avoir une voix plus aiguë et plus mélodique. J'ai l'impression qu'on est complémentaires dans le style musical et, en studio, il y a une alchimie : c'est qu'on aime à peu près la même chose. Et on n'a pas envie de recopier ce qui se fait déjà, même si on est influencés par plein de styles. On a envie d'avoir notre propre patte, notre propre son et je sais que moi, je n'en serais pas là sans Cozik, ça c'est clair et net. Et Cozik, je ne sais pas s'il en serait là ; je pense que oui, tu en serais là quand même, mais ça aurait été un autre chemin.

Cozik : Ça n'aurait pas été du tout les mêmes morceaux, je pense.

Cozik, une histoire de nom et de K

Lauraggaroots : Cozik, d'où vient ton nom de scène et qu'est-ce qu'il représente pour toi aujourd'hui ?

Cozik : C'est mon nom de famille, il y a juste un K qui a été rajouté par Faya Pyd sans faire exprès.

Faya Pyd : C'est une erreur de ma part, justement, sur le premier morceau. "Soleil se couche". On a fait le morceau, les mix, les masters et j'ai pressé les CD, et j'ai mis un K à la fin. Et il a dit : « Mais non, c'était avec un C. » Ce à quoi j'ai répondu : « Ben maintenant, tu t’appelleras Cozik avec un K. » On dit la ZIK avec un K en plus. Donc il y a un truc qui marchait et ça dissocie son vrai nom de famille de son nom d'artiste. C'était pas plus mal.

Créer sans relâche pour se faire une place

Lauraggaroots : Vous avez déjà une discographie très riche malgré une carrière récente. Comment expliquez-vous cette envie constante de créer et de sortir de nouveaux projets ?

Cozik : c'est le temps qu'on avait réservé à la création, ben, on l'a optimisé. On avait quitté notre ancien job pour faire ça et puis on avait du temps diapo. On s'est dit autant l'optimiser et on n'a fait que ça pour sortir un maximum de projets et pour se faire connaître.

Faya pyd : on ne fait que ça, on fait que bosser. C'est-à-dire qu'on ne prend pas de temps pour faire autre chose. On se lève le matin, on allume l'ordi et on réfléchit. En fait, c'est ça, on a beaucoup travaillé. Je pense que c'était une envie commune de proposer plein de choses. On n'avait pas tant de temps que ça pour faire de la musique notre métier, donc fallait envoyer.

Cozik : et cette année ça porte ses fruits. C'est la première année où l'on vit de la musique et c'est trop cool.

Voyages, rencontres et actualité : ce qui nourrit leur musique

Lauraggaroots : En-dehors de la musique, qu'est-ce qui nourrit votre créativité au quotidien ?

Faya Pyd : les voyages, les gens, les êtres humains, l'actualité, un petit peu.

Cozik : l'actualité, les idées qu'on a, qui nous traversent, l'inspiration peut venir de tellement.

Faya Pyd : souvent, c'est Cozik, c'est vraiment le maître mélodique du groupe, qui va arriver avec des skunks de guitare et des idées de mélo et en gros, c'est un petit squelette. Ensuite, on va créer le corps tout autour.

Le rêve d’une collaboration avec Anis

Lauraggaroots : Y a-t-il un artiste avec lequel vous aimeriez partager un morceau, non pas seulement pour la musique, mais aussi pour ce que cette rencontre pourrait représenter ?

Faya Pyd : à la base, on répondait toujours la même chose, on disait Manu Chao. Mais moi en fait, je lance une bouteille à la mer comme le nom de l'album de Cozik. Je cherche absolument à rencontrer et à collaborer avec un artiste qui s'appelle Anis, qui a fait un morceau qui s'appelle "Cergy". J'adore son timbre de voix, j'adore sa musique qui est un mélange de plein de styles et dont on entend plus parler. Donc vraiment La Grosse Radio aidez-nous à trouver Anis.

De Manu Chao à Joe Yorke, les artistes qui les font rêver

Cozik : Manu Chao, c'est vrai qu'on aimerait trop le rencontrer et pourquoi pas faire un morceau avec lui, mais rien que le rencontrer, ce serait déjà ouf. Notre coup de cœur de cette année, c'est Joe Yorke. Collaborer, pourquoi pas.

Faya Pyd : il met la barre tellement haute, on aurait peur de détruire le morceau. On le trouve extraordinaire. C'est Cozik qui me l'a fait découvrir et ce qui est trop drôle, c'est que tu découvres Joe Yorke, tu kiffes. Et tu découvres d'autres morceaux et tout est bien en fait ! On est fan et c'est grâce à Cozik que je le connais !

Une bouteille à la mer, des morceaux pour chacun.

Lauraggaroots : Corzik, tu viens de sortir ton premier album solo, "Une bouteille à la mer". Comment vous le présenteriez à quelqu'un qui ne l'a pas encore écouté ?

Cozik : bouteille à la mer, c'est un album quinze titres. Quinze chansons dessus produites par Faya Pyd. Il y a 4 feat sur l'album. C'est un album avec beaucoup de thèmes abordés différents. Comme justement une bouteille qu'on lance avec plein de messages à l'intérieur. On ne sait pas sur qui ça va tomber. Chaque morceau va toucher des personnes différentes. On se rend compte en concert qu'il y a des gens qui viennent nous voir au stand de merch pour nous dire que tel morceau, c'est leur préféré et c'est toujours différent.

Entre chanson française, reggae et hip-hop

Faya Pyd : je dirais que la chose importante, c'est que l'on n'a pas produit cet album en se disant, on va faire un album de reggae. C'est plus de la chanson française avec des grosses tendances reggae, et même des grosses tendances hip-hop. On ne s'est pas dit, on va faire un truc reggae. Mais plutôt on va faire comme on sait faire, c'est-à-dire notre petite tambouille un peu, je pars dans tous les sens. Donc, maintenant, il faut bien nous mettre dans une case. On dit Cozik ou Faya, ce sont des artistes reggae, mais nous, on considère plus qu'on fait plus de la chanson française avec des tendances reggae et des tendances hip-hop.

Cozik : parce que ça plaît beaucoup au public reggae, mais pas que, en fait.

"Partir de rien", le reflet de leur aventure

Lauraggaroots : S'il ne fallait retenir qu'un seul morceau de l'album pour comprendre qui vous êtes aujourd'hui, lequel choisiriez vous et pourquoi ?

Cozik : Partir de rien, ça dépend, après c'est dur !

Faya Pyd : Partir de rien carrément pour toi tout seul ça pourrait être aussi "Raggamuffin Boys" parce que c'est ton histoire. Mais "Partir de rien" qui vous représente, donc je m'inclus dans la question. Parce que nous, on est vraiment parti de rien. On chantait sur les marchés  nos compos. Les morceaux maintenant que les gens chantent devant nous ben nous, on allait sur les marchés dans le sud testé ça avec un petit chapeau. Oui "Partir de rien", c'est une bonne réponse.

La plus belle victoire : toucher la vie du public

Lauraggaroots : Depuis la sortie de l'album, quel est le retour qui vous a le plus touché ou surpris ?

Cozik : on a jamais vécu ça encore par rapport à un album. L'accumulation des anciens projets fait aussi qu'il y en a qui nous découvrent avec d'anciens projets aussi. D'ailleurs en même temps, ils découvrent notre album cette année. On reçoit beaucoup de messages comme quoi ça plaît aux gens, aux familles et à tous les âges en fait.

Quand la musique s’invite dans les souvenirs et les épreuves

Faya Pyd : le plus touchant, je dirais, c'est quand ça touche vraiment des moments marquants d'une vie. Les gens qui vont mettre notre musique dans leur mariage ou malheureusement à des enterrements, mais il y a des gens qui nous disent. "Mon petit frère est décédé l'année dernière, on a mis le morceau de Cozik". Tu rentres vraiment dans la vie des gens. Ça dépasse en fait nous, notre ambition qui est juste de faire des morceaux cool, et de vivre de notre musique et l'amour de la musique. Oui, ça rentre dans la vie des gens. Je suis profondément émue quand on te raconte des trucs comme ça. Ou "En me levant", on recevait des vidéos aussi de gens à l’hôpital. « Je me dis, j'ai de la chance d'être en vie », tu vois la personne qui est en train de se battre. C'est super touchant. Je dirais que c'est ça la plus belle victoire un peu, c'est de rentrer dans la vie des gens. Faire partie du quotidien des gens, c'est ouf.

Sa plus grosse gamelle devient sa plus grande fierté

Lauraggaroots : Les concerts réservent souvent leur lot de surprises. Quelle est la plus belle anecdote que vous avez vécue sur scène et, à l'inverse, le moment le plus compliqué ?

Faya Pyd : J'ai clairement une réponse à donner. On me parle plus de cette anecdote que de toute ma musique. J'ai tapé une gamelle de ouf dans un festival, au Playstival. J'ai tapé une giga gamelle, donc c'est dur de se remettre de ça. Je suis vraiment par terre, je continue à chanter et je me relève. C'est ma plus grande fierté !

Le jour où Cozik a rendu "Inoubliable"… inoubliable

Cozik : anecdote facile, c'est quand j'ai oublié les paroles "Inoubliable". Première fois qu'on l’essaie en live avec Andrick. Andrick Airways qui nous invite sur scène. Arrivé à mon passage, mon couplet est ben blanc. Il n'y a rien qui sort, j'ai oublié la première phrase du couplet. Du coup, ça m'a bloqué et j'avais oublié les paroles complètes. Les gens pensaient que c'était une mise en scène vu que le son s'appelle "Inoubliable".

Faya Pyd : et l'ironie, c'est qu'il dit dans cette chanson "Ma mémoire est très bonne quand il s'agit de retenir les paroles", c'était super drôle. Les gens nous ont dit bravo pour la mise en scène, mais ça n'en était pas une.

Un album commun en préparation pour 2027

Lauraggaroots : Quels sont vos futurs projets ?

Faya Pyd : oui, on peut en parler, il n'y a pas de secret. On bosse sur un album en commun qui sera pour 2027, on ne peut donner de date encore parce qu'on n'est pas sûr. Ça va dépendre de notre inspiration. Il est avancé, mais il n'est pas terminé. Ensuite, on verra, c'est déjà bien ! Pour le moment, on a des morceaux qui nous plaisent, qui sont dans notre ADN. C'est-à-dire qu'on ne va pas changer radicalement, par contre on n'en a pas assez pour le sortir. Il faut qu'on fasse d'autres morceaux, on a plein d'idées, de thèmes qu'on a envie d'aborder. Il faut qu'on se retrouve en studio ! Cet été, on n'a pas mis un pied en studio vu qu'on est tout le temps sur la route. On bosse sur ça pour 2027.

De Chambéry au Nord, rendez-vous sur scène

Lauraggaroots : Sur quels événements pourra-t-on vous retrouver prochainement ?

Faya Pyd : On peut annoncer à Chambéry le 10 septembre, on fait un Brin de Zinc pour tous les Chambériens, venez nombreux ! Pour les amis du Nord qui n'étaient pas contents, parce qu'on n'était pas passé. Fin septembre, on a deux dates dans le nord. Montreuil-sur-Mer, le 26 septembre et le 24 septembre au festival Les Chavirées à Dunkerque. Il y a plein d'autres dates à retrouver sur notre profil.

Le mot de la fin

Cozik : tous les gens qui nous suivent déjà, merci pour tout le soutien, pour tous les petits messages. Merci de suivre la musique que l'on fait, d'écouter les paroles. C'est un honneur. Et ceux qui ne nous suivent pas encore, eh bien vous pouvez découvrir. Il y a tellement de sons à découvrir qu'il y en a sûrement un qui vous plaira.

Faya Pyd : soyez les bienvenus et conservez la bienveillance entre chaque être humain. C'est bien la bienveillance. Il faut être bienveillant les uns envers les autres et merci à vous, La Grosse Radio Reggae.



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