Motocultor 2026 – J1 : Entre fête et solennité, retour caniculaire en Armorique

Jeudi 13 août, Carhaix

Retour en terres carhaisiennes où le Motocultor semble avoir pris racines depuis quatre éditions, après de nombreuses années vers Vannes et des pérégrinations bretonnes auparavant. Alors que la France suffoque sous la chaleur, le festival est un peu épargné, mais cette journée s'avère néanmoins extrêmement chaude - ce sera heureusement la seule. Cela ne dissuade cependant ni le public ni les artistes de dépenser toute son énergie.

Le Motocultor s'est définitivement imposé dans le paysage metal français comme un festival de grande ampleur, mais à taille nettement plus humaine que le Hellfest, où une programmation de qualité et un cadre agréable côtoient un amateurisme étonnant pour un festival qui a dépassé les quinze éditions. Cette année, l'organisation semble cependant plus carrée, mais quelques poches de chaos subsistent, notamment dans l'aménagement ubuesque des parkings ou l'absence de dispositifs fraîcheur. Un point pourtant sensible, puisque le Finistère est placé en vigilance canicule sur une partie de la durée du festival. Fort heureusement, cela restera plus tolérable qu'ailleurs, mais entraîne l'interdiction de tous les effets pyrotechniques prévus sur les concerts. Le sujet est en tous cas à prendre vraiment au sérieux par les festivals, face au dérèglement climatique qui ne va faire que s'accentuer.

Dès ce premier jour, la musique bretonne et le post metal sont mis à l'honneur, avec un gros coup sur la tête d'affiche, avec l'ovni qu'est Primus. Cette année, sur quatre scènes, deux ont retrouvé un chapiteau (contre une seule l'an dernier), une excellente nouvelle pour une partie de notre équipe qui a pu profiter les deux premiers jours de concerts ombragés loin de la fournaise des scènes principales .

Les concerts du jour

Battlesnake

Massey Ferguscène - 16h05

Il fait encore vraiment chaud ce jeudi 13 août malgré l’éclipse de la veille, d’ailleurs particulièrement visible et appréciable en terre finistérienne. La canicule est encore bien présente (on annonce une maximale à 40 degrés à Rennes, et bien que moins élevées les températures restent très chaudes à Carhaix), la chaleur écrasante sur le site de Kerampuilh pousse plein de monde à se ruer sous les tentes pour s’abriter du soleil, tout particulièrement sur les concerts de l’après-midi. Lorsque Battlesnake investit la scène pour son set clownesque, c’est donc devant une tente déjà très bien remplie. L’ouverture est hilarante, le keytariste Billy O’key avec ses fanions dorés est agenouillé au centre de la scène, alors que le chanteur/diable Sam Frank déclame une prière, le tout devant un backdrop rose avec une graphie du groupe qui rappelle immédiatement le power et le heavy kitsch des années 80.

Tous habillés de toges blanches et dorées (avec de simples sous-vêtements comme couvertures supplémentaires, choix judicieux au vu de la météo), les musiciens proposent un heavy classique et assez lent dont les paroles laissent une part importante à l’humour, quand elles ne versent pas directement dans le ridicule. On pense particulièrement à un titre comme “I Am The Vomit”, ou “The Nightmare King” et son passage où le groupe invite le public à reprendre en chœur des “la la la”. Avec ce niveau d’exigence (et malgré une quantité encore limitée de boissons alcoolisées, les concerts n’ayant commencé qu’une petite heure plus tôt) les chanteurs d’opéra sont nombreux dans la fosse.

Le style accessible et efficace du groupe australien satisfait largement le public en tout cas, malgré son côté ultra classique et peu original. Les demandes de circle pit sont satisfaites, l’air dans la tente se charge rapidement en poussière - grand classique du Motocultor - et le public répond bien lorsque le groupe joue le titre récent “Mud Apocalypse”, plus frontal et évoquant presque Mötorhead… jusqu’à ce que le keytar attaque un solo particulièrement kitsch.

Les musiciens profitent de ce chaleureux accueil et descendent tous dans le pit photo (excepté le batteur, forcément) à l’approche de la fin du set et viennent jouer à la barrière, au contact du public. Sam finit même en slam, couché sur le public, avant que la jeune fille de Billy ne lui vole la vedette en devenant la star du concert : sur une reprise du “Let There Be Rock” de leurs compatriotes les plus illustres (mais pas de section strip-tease cette fois, contrairement à Angus Young tous les musiciens sont déjà en sous-vêtements), Billy quitte la scène pendant les solos puis revient avec sa fille dans les bras, qui se mue en chauffeuse de salle toute mignonne, rencontrant un large succès. Une bonne ouverture !

Wolfheart

Dave Mustage - 16h50

La vigilance canicule n’est toujours pas levée sur la Bretagne, et une chaleur étouffante règne sur l’immense fosse de la Dave, sans aucune ombre. Les quatre Finlandais, vêtus de noir et orientés face au soleil brûlant de l’après-midi, souffrent d’ailleurs autant que le public. Cela n’empêche pas le bassiste qui officie à la place de Lauri Silvonen à la basse, et Vagelis Karzis (guitare) de headbanguer de concert dès le premier morceau, au titre peu adapté à la météo du jour (“Ancient Cold”), issu du dernier et septième album de Wolfheart, Draconian Darkness. Le frontman Tuomas Saukkonen, lunettes de soleil sur les yeux, domine le centre de la scène sans effort. Il assène de gros riffs de guitare et impose son growl puissant seul sur les couplets, et en soulignant les lignes de chant clair assurées par Vagelis dans le refrain fédérateur et énergique.

Les passages redoutables, portés par d’énormes riffs, la double pédale de Joonas Kauppinen, impeccable, et les rugissements impressionnants de Tuomas, alternent avec des passages plus lents et mélodiques, voire acoustiques sur les transitions entre les titres, où les pistes laissent quelques instants de répit aux musiciens pour se rafraîchir et au public pour profiter de l’arrosage offert par les agents de sécurité. Le bassiste encourage le public à taper des mains et Vagelis demande un circle pit sur le tempo rapide de l’excellente “Breakwater” (même si le public aurait sans doute préféré une “water break”). Dans la fosse d’ailleurs, même si la chaleur accablante freine les ardeurs de beaucoup, les festivaliers réagissent plutôt bien et les bras se lèvent, sous les tonalités martiales et épiques de certains morceaux (“The King”, introduite au piano, ou “The Hunt”, aux riffs entêtants, et figurant sur le tout premier opus, Winterborn, sorti en 2013). 

L’ambiance devient plus fiévreuse encore sur le tempo effréné de l’impitoyable “Boneyard”. Tuomas relâche un peu son sérieux lorsqu’il s’adresse au public. Pour présenter le récent “Carnivore”, le géant finlandais explique que Wolfheart fait du winter metal, le style musical le moins adapté à l’horaire et aux températures du jour, et plaisante en disant qu’il souffre énormément de la chaleur et que s’il vient à se sentir mal et à s’effondrer sur scène en plein morceau, le public est autorisé à le manger. Avant le morceau “Grave”, il demande un circle pit géant pour rafraîchir l’air ambiant et ventiler un peu le personnel de sécurité à qui il rend hommage. Le public ne se fait pas prier et le large cercle ainsi créé soulève déjà la terre sèche du site de Kerampuilh, jusqu’au menaçant “The Hammer” qui enfonce le clou et achève de la meilleure des façons le set puissant de Wolfheart – que le public français pourra retrouver dans des conditions plus hivernales en décembre prochain à Paris et Lyon.

Celkilt et le Bagad Ar Meilhoù Glaz

Bruce Dickinscène - 18h50

La journée bretonne se poursuit sur la Bruce Dickinscène, à nouveau sous chapiteau cette année. Le troisième groupe mis en avant, Celkilt, n'est pas exactement breton, puisqu'il vient de la région lyonnaise. Mais il joue depuis 2010 un rock celtique qui n'a rien à envier aux plus bretonnants - il était d'ailleurs programmé au Festival interceltique de Lorient deux semaines auparavant. Surtout, il s'est embarqué dans une tournée spéciale avec le bagad Ar Meilhoù Glaz, l'un des deux bagadoù phares de Quimper, (classé cinquième au dernier concours en première catégorie de bagadoù), et parmi ceux qui ont fait évoluer la musique traditionnelle bretonne.

Est-ce la réputation du groupe sur scène ou l'alliance entre tradition et modernité qui attise la curiosité, toujours est-il que la tente est blindée – ce sera le concert le plus plein de cette scène le jeudi. A l'heure prévue, le bagad quimpérois au grand complet monte sur scène, dans son uniforme habituel noir et blanc : cornemuses à gauche, bombardes à droite, percussions en face sur l'estrade. Quarante musiciens sur une scène du Motocultor, ce n'est pas tous les jours. Les musiciens secouent leurs instruments et leurs bras en direction du public, lèvent leurs caisses claires et leurs baguettes, l'air ravis d'être là. La scène est aussi peu habituelle pour le Motocultor que pour un bagad, même si ce n’est pas inédit.

Celkilt arrive ensuite dans son propre uniforme, à savoir en kilt. Le quintette attaque aussitôt « Hey what’s under Your Kilt ? ». Le groupe est fidèle à son style : virevoltant et enjoué, du bon rock celtique entraînant qui invite à se défouler sans chercher la virtuosité. Le guitariste Titou Macfire assure la majeure partie du chant principal, qu'il partage avec la violoniste Ana Macfive (plus carrée vocalement que son camarade). Avec le bassiste Drik Macwater et le sonneur Iain Macwind (oui, ils ont tous des pseudos commençant par « Mac »), ils débordent d'énergie, sautent partout.

Le groupe alterne ses titres récents et plus anciens. La formule est efficace, quoique relativement connue de nos jours : un mélange de rock énergique, souvent enjoué, ultra dynamique, et de mélodies et instruments traditionnels - le sonneur alterne entre flûte et cornemuse. La présence du bagad donne une autre dimension à la musique du quintette, lui conférant une puissance inédite. Sa musique se mêle parfois à des sonorités plus électro des disques plus récents, ce qui fonctionne extrêmement bien.

Le combo a cependant la bonne idée de ne pas sur-utiliser le bagad pour ne pas rendre la chose monolithique : sur certains morceaux, il n'intervient que sur le refrain ou sur certains passages précis. Il sort même sur quelques titres en milieu de set. "On va les laisser se reposer un peu, annonce le chanteur. Par contre vous, vous n'avez pas le droit !" Le groupe invective d'ailleurs le public à plusieurs reprises, le batteur Rem’s Macground, tout aussi déchaîné que ses camarades derrière ses fûts, demandant par exemple à « voir le chaos ! ». 

Le bassiste montrera ensuite deux "chorégraphies" au public – la première, consistant à se déplacer de droite à gauche, fonctionnera moyennement, mais permettra à l'une des caisses claires d’Ar Meiljoù Glaz de venir au contact du pit. Le public n'avait de toute façon pas l'intention de se reposer, et s'agite dans tous les sens, quelques slams apparaissent tandis que des membres de la sécurité arrosent les premiers rangs avec des bouteilles d'eau. Le groupe les fait d'ailleurs applaudir : "Vous pouvez slammer tranquille grâce à eux, faites du bruit pour eux !" 

Le bagad revient finalement, ses musiciens toujours aussi enthousiastes et déchaînés, tandis que le guitariste joue de son instrument à l'archet et que la violoniste utilise sa pédale de loop pour superposer des lignes de violon.  Le concert se poursuit dans la même ambiance de fête et de folie. Une file de danse approximativement bretonne se forme dans la fosse ; le chanteur demande un wall of death qui serait en fait un wall of love, où l'on se fait des câlins (une idée piquée à Nanowar Of Steel, qui jouera deux jours plus tard ?).

Le concert se conclut sur l'explosif "Saint Patrick 's Day" ... Mais le show n'est pas totalement terminé, puisqu'à la fin du morceau, deux membres du bagad se jettent dans la fosse et partent en slam. Même après avoir vu des dizaines de prestations de bagadoù, c'est bien la première fois qu'on voit ça. Les deux formations se sont décidément bien trouvées, dans leur volonté d'insuffler de l'énergie et de faire exploser les barrières entre tradition et modernité.

Gaerea

Massey Ferguscène - 19h50

Changement d'ambiance radical après la joie de vivre de Celkilt. Gaerea est une des nouvelles sensations du post black dépressif, formée il y a tout de même dix ans, venue tout droit du Portugal. Les cinq membres du groupe se présentent sur scène cagoulés et en costume noir.

Il y a du monde pour les accueillir, sans que la tente ne soit non plus entièrement pleine. Cela n'empêche pas le chanteur Alpha (Guilherme Henriques) de communiquer régulièrement avec le public en anglais, lui demandant d'effectuer telle ou telle action, lançant par exemple qu'il veut "voir des corps voler au-dessus de la barrière" ou voir "cet endroit détruit immédiatement". Il offre d’ailleurs une prestation théâtrale, ponctuant son chant de grands mouvements des bras.

Au travers de ses cinq albums sortis entre 2018 et 2026, Le groupe propose une musique sombre, lourde, et souvent vraiment déchirante, servie par de très beaux jeux de lumière. Gaerea ne révolutionne pas le genre : batterie martelante pas avare de blasts(XI, José Diogo Ramos Mota à l’état civil), basse puissante (Rho, Lucas Ferrand de son vrai nom), guitares souvent basses et saturées (Delta, ou Sonja Schuringa), alternance entre chant clair et chant saturé, textures électroniques en fond.

Mais il apporte son atmosphère singulière, une forme de douleur qui traverse toutes ses compositions. La musique regorge d'introductions et de passages en arpèges de guitares et chants clairs, qui tranchent avec l'agressivité générale. C'est beau dans la violence. Le chanteur apporte beaucoup d'émotions, entre ses cris écorchés et des envolées en voix claire très aériennes, entrecoupées de murmures rauques et de légers chuchotements aigus.

L'ensemble est très homogène, peut-être juste un peu trop, mais est aussi propice à une sorte de transe cathartique pour expurger toutes ses idées les plus noires – ou peut-être simplement les apprivoiser. Au final, Gaerea livre une prestation à la fois puissante, agressive, émouvante et extrêmement prenante.

Denez Prigent

Bruce Dickinscène - 20h55

La Bruce Dickinscène poursuit sa programmation celtique et s'éloigne définitivement du metal avec une figure de la musique bretonne, Denez PrigentDepuis quarante ans, le sexagénaire modernise la tradition bretonne avec des croisements assez aventureux, notamment avec l’électro et des instruments d’autres pays. 

Son dernier disque, Toenn-vor - Chants des sept mers, se penche comme son nom l’indique sur des histoires marines de plusieurs continents… mais les amateurs de chansons pirates enjouées vont vite déchanter, car il aborde plutôt, en français et en breton, les histoires de naufrage, de combats entre colons et des conditions de vie dans les sardineries. Un sacré décalage avec Celkilt, qui jouait sur le créneau précédent de cette scène, mais une continuation très logique entre la noirceur de Gaerea et celle d'Amenra. Finalement, Denez Prigent est un doomer qui s'ignore. 

Après un passage en grande pompe au Festival Interceltique de Lorient dix jours auparavant, il arrive ici en formation un peu réduite à cinq musiciens (contre sept instrumentistes et six choristes) : un accordéon, un oud, un clavier, une cornemuse et une batterie. Il attaque avec « Les Filles de Lorient », avant d'enchaîner avec « Les calfats », une complainte sur la fin de ces ouvriers réparant les navires. Le clavier donne à ce titre des sonorités très industrielles, comme le suivant, « Plac’h an dourdu », qui malgré sa thématique tragique (l'enlèvement d'une jeune fille) prend des airs un peu orientaux et assez dansants.

Mais les titres, parfois planants, restent cependant assez déprimants dans l’ensemble quoique dotés d’une grande richesse et diversité d’arrangements. Certains sont très épurés (voix / accordéon / flûte, par exemple), d'autres tissent des liens entre instruments acoustiques de plusieurs pays, électronique et parfois guitare électrique.

 Un profane de Motoc pourrait penser que le chanteur est loin d'être en pays conquis, et pourtant, bien que solennel, il semble plus gai qu’à Lorient. Ill s'approche parfois du bord de la scène pour taper des mains et inviter le public à faire de même - ce qui semble souvent saugrenu eu égard aux morceaux. Il s'amuse aussi à faire de l'humour assez noir. Ainsi quand il évoque l'enlèvement par des marins anglais, il ajoute "c'était leur façon de faire du tourisme". 

La tente est relativement remplie sans être totalement pleine, mais l'accueil est extrêmement chaleureux. Les manifestations d'enthousiasme, nettement plus bruyantes qu’aux concerts en salle du Breton, montrent bien qu'une bonne partie du public est celle typique d'un festival de metal, mais c'est aussi le concert où l'on observe le plus de personnes extérieures au monde du metal, cheveux grisonnants, tenue civile et accent local. 

Chacun des dix morceaux est abondamment applaudi, et le public s’époumone parfois là où on ne s'y attend pas, notamment quand le chanteur présente un chant de travail pour aider les sardinières dans leurs tâches répétitives... Parce que cela se passe à Douarnenez. 

Et Denez Prigent va redoubler d'acclamations pour l'avant-dernier morceau, qui se passe pourtant aux Pays-Bas. Le chanteur finistérien ose en effet reprendre le monument qu'est « Amsterdam » de Brel - c'est vrai qu'après tout, cela parle aussi de marins. Sa version, très épurée sur toute la partie chantée (lui et l'accordéon) est impressionnante d'intensité, et prouve s'il en était besoin son talent d'interprète. Les vivats fusent à plusieurs reprises, et bon nombre de spectateurs chantent spontanément certains passages. Le titre se conclut dans un maelström instrumental qui prolonge le désarroi provoqué par l'interprétation vocale.

Alors que le public en redemande un autre, il répond qu'il n'y a "pas de raison que ce soit toujours les mêmes qui travaillent". Et fait entonner le refrain de « Gwerz Ar Vezhinerien » au public qui s'exécute avec ferveur. Le mélange, iconoclaste, des genres, des générations, des publics et des univers, a parfaitement fonctionné, renforçant l'ADN de passeur entre le patrimoine breton et la modernité à la fois de Denez Prigent et du Motocultor.

 

Setlist (un titre non nommé) : 

Les filles de Lorient
Les calfats
Plac’h an dourdu
La tramontane
Al lano du
Le gabier de Terre-Neuve
Quand nous avons parti de rade
Chanson de travail des sardinières de Douarnenez [non nommée]
Amsterdam (Jacques Brel)
Gwerz Ar Vezhinerien

 

Amenra

Massey Ferguscène - 22h10

La soirée déprime et joie de vivre continue après les concerts très beaux mais déjà bien pesants de Gaerea et Denez Prigent. On passe encore un cap dans la noirceur avec la programmation d’Amenra, qui joue sensiblement moins tard que lors de son dernier passage au Motocultor, c’était pour l’édition 2023. Il faut dire que le festival a bien grossi depuis et les têtes d’affiche qu’il peut se permettre de sélectionner maintenant étaient alors largement hors de portée. Trois ans c’est aussi une période pendant laquelle Amenra a pas mal évolué, y compris dans son line-up avec le départ de Tim de Gieter (une des têtes pensantes derrière Doodseskader, que l’on a déjà pu voir l’an dernier à Carhaix), remplacé par Amy Tung Barrysmith (Year Of The Cobra) et la sortie des deux EP De Toorn et With Fang and Claw.

C’est d’ailleurs par “Salve Mater”, tiré de ce dernier que le groupe belge attaque le set. Intense et lourd, le combo assène d’emblée son jeu et captive la foule. L’attaque du set fait la part belle à la noirceur et à l’intensité, les yeux sont fermés et les nuques se secouent lentement : le public se laisse transporter dans le voyage introspectif et éprouvant que propose Amenra. Le style unique du groupe, évoluant quelque part entre sludge, post-metal et hardcore viscéral sait autant assommer et hurler de noirceur que toucher dans l’expression des fragilités, très souvent via le passage en voix claire de Colin H. Van Eeckhout, chanteur incontournable du combo.

Le groupe belge semble plus fort que jamais, dans un exercice du set de festival qui lui est souvent plus périlleux que lorsque le groupe joue en salle, la faute à un public souvent peu réceptif qui gâche l’expérience de tout le monde: on n’a pas oublié les festivaliers irrespectueux lors du dernier passage au Motocultor.

Mais cette fois c’est différent, le public est concentré et respecte la musique même quand elle ne verse pas dans les déluges de décibels, personne ne crie dans la foule et aucun gros lourd n’invite depuis le fond de la tente Colin à se retourner “sinon on vient le chercher”. Miracle, c’est donc enfin possible d’apprécier Amenra en festival*. Si le public est nettement plus respectueux cette fois qu’en 2023, on sent également que les passages calmes sont un peu plus nombreux et Colin plus ouvert qu’avant : ceux qui ont vu le groupe sur les dates en salle depuis 2025 ont déjà pu s’en rendre compte mais Colin se retourne pour faire face au public de façon beaucoup plus régulière maintenant, alors qu’avant il chantait très majoritairement de dos. C’est un symbole fort, le poids et la pénitence sont un peu moins lourds aujourd’hui que du temps des Mass I à VI, et lorsqu’il se met dos au public son tatouage de gibet marque un contraste encore plus violent !

Les moments forts sont très nombreux avec “Plus près de toi (Closer To You)”, le final sur “Am Kreuz”/“Diaken”, et bien sûr “A Solitary Reign”. Les cœurs se serrent et les yeux s’humidifient devant pareil spectacle, puis à l’achèvement des dernières notes, l’inscription sur le backdrop comme point final : “Peu à peu les fleurs tomberont, il ne restera que les épines”. Merci, c’était magnifique.

Primus

Dave Mustage - 23h15

L’entrée du trio californien se fait en toute simplicité, et pourtant la fosse de la Dave est pleine, et l’excitation est palpable. Le groupe de légende ne tarde pas à se lancer dans l’étrange et bondissante “Those Damned Blue-Collar Tweekers”, et déjà Les Claypool fait le show. Chapeau sur la tête, éternelles petites lunettes, vêtu d’une veste verte, le sexagénère a l’allure d’un gentleman décalé et l’aisance d’un magicien à en juger ses lignes de basse hallucinantes, qu’il délivre en s’adonnant à des pas de danse aussi bizarres que le personnage ou la musique.

Même son chant est cocasse et fascinant : de sa voix aux effets métalliques, de cartoon ou de western, il chante, avec autant d’ironie que de tendresse, l’Amérique des rednecks. Un groove irrésistible s’impose d’emblée, porté par les lignes de basse folles de Claypool, tandis que Ler LaLonde shredde à la guitare pour un solo étrange. Cette incroyable entrée en matière est le premier des quatre morceaux de la setlist du soir à être issus de l’emblématique Sailing the Seas of Cheese, 25 ans d’affinage, pour le plus grand plaisir du public du Motocultor, qui se met en mouvement très vite. Il y aura le morceau-titre, transition perchée, ou encore “Here Come the Bastards”, boucle entêtante où les « here they come » laissent place à des fulgurances stoner. L’ultime titre du soir, “Jerry Was a Race Car Driver”, se révèle funky au possible, conclusion idéale de ce set magistral. Car la musique de Primus est aussi inclassable qu’exceptionnelle : tantôt psychédélique, rock, metal, funk, jazz, metal, blues, prog, et tout à la fois, avec cette singularité d’être portée par des leads de basse complètement fous.

Chaque morceau porte son ambiance propre, servi par un lightshow travaillé, et tout bouillonne de fuzz, avec des passages de gros stoner (toujours dans une ambiance western pour “The Old Grizz”). Funk et stoner se mêlent, tandis qu’un masque de cheval trône sur scène près de Les, pour “Too Many Puppies”, dont le public entonne les paroles tout en dansant. Autres pépites sortie en 1990 sur Frizzle Fry, la dissonante “Groundhog’s Day”, ou le groove inénarrable de “John Wants to Be a Fisherman”. Morceaux plus récents, plus anciens, tout fonctionne à merveille, grâce au grand art déroulé par les trois musiciens sur scène, chacun dans son domaine – et son univers.

Et leur cohésion fait plaisir à voir, alors même que l’un d’entre eux n’a rejoint les rangs de Primus que récemment : sur des passages lourds, funky, jazzy, ou complètement dissonants, le batteur John Hoffman mène la barque d’une main de maître, précis et aussi barré que ses compères. Ce dernier n’a pourtant rejoint l’aventure qu’il y a deux ans, à l’issue d’une épique série d’auditions filmées pour le recrutement du nouveau cogneur après le départ de Tim “Herb” Alexander – incroyable compétition YouTube intitulée Primus Interstellar Drum Derby.

Les Claypool poursuit son show en revêtant le fameux masque de cochon, comme dans le clip d’origine, pour attaquer “Mr Krinkle” à la contrebasse électrique. C’est barré, syncopé, et la voix du bassiste sonne tellement jeune que l’on peine à croire que le morceau date des années 1990. La collaboration inattendue arrive lorsque Les invite son ami et voisin Mark Osegueda, chanteur de Death Angel, pour une superbe reprise de “Holy Diver” de Dio, acclamée chaleureusement dans la fosse. Les thrasheux de San Francisco avaient investi la scène voisine quelques minutes avant le set de Primus. C’est aussi pour ces moments de grâce aussi improbables que magiques qu’on aime le Motocultor.

Le funk, la virtuosité à la basse, la singularité du jeu de Claypool, l’ambiance électrique, tout est dansant, cocasse mais génial, étrange mais fascinant. Primus, c’est un peu l’OVNI musical de ce jeudi soir, voire de toute l’édition, mais les Américains signent une prestation monstrueuse, qui restera gravée dans les mémoires.

Komodrag And The Mounodor

Bruce Dickinscène - 23h15

C'est au super-groupe Komodrag And The Mounodor de clore cette scène locale. Après la solennité un poil pesante de Denez Prigent, retour au même niveau d’énergie joyeuse que Celkilt, mais dans un genre différent. Le groupe, fondé en 2019 par deux formations bretonnes, le duo paimpolais Moundrag et le quintette de Douarnenez Komodor, s'est taillé une réputation explosive en live, armé d’un excellent premier album sorti en 2023, Green Fields Of Armorica. Il y a relativement du monde pour accueillir les Armoricains, et la foule va se densifier au fil du set, mais évidemment, difficile de rivaliser avec la tête d’affiche Primus qui joue en même temps. 

Musicalement, le groupe joue un rock’n’roll endiablé, infusé au hard rock, aux effluves légèrement psyché, dans une veine très 70’s – ce que rappelle d’ailleurs le look d’une bonne partie des musiciens, qui se sont en plus tous coordonnés pour se laisser pousser la moustache. C’est déjà très enjoué, addictif et foisonnant sur disque. Sur scène, le groupe prend vraiment une dimension supplémentaire. Un bon vieux rock bien rétro, mais pas que.

La composition officielle du groupe n’est déjà pas tout à fait ordinaire : un bassiste (Goudzou) et trois guitaristes (Slyde Barnett, Ronnie Calva, Meline) venus de Komodor, un organiste (Camille Goellaen Duvivier, orgue Hammond) venu de Moundrag et deux batteurs, Colin Goellaen Duvivier et RickyMoundrag et Komodor ayant chacun le sien. Et comme s’ils n’étaient pas assez nombreux, ils se sont adjoints les services de trois choristes. 

En plus de cela, presque chaque instrumentiste prend le chant lead à tour de rôle, en plus des chœurs, ce qui apporte du dynamisme et de la diversité aux parties vocales. Durant un même morceau, les musiciens se retrouvent à tour de rôle sur le devant de la scène, changent de place, font des allers-retours dans tous les sens… Les choristes, de leur côté, improvisent parfois des esquisses de chorégraphies qui participent à l’ambiance particulièrement virevoltante du set. Comme si cela ne suffisait pas, ils ont aussi une propension à changer d’instruments, convoquant tour à tour guitare acoustique, maracas, tambourins, tambour sur pied… Là aussi, les choristes s’en donnent également à cœur joie, l’une d’elles prenant régulièrement le clavier, une autre sortant parfois les maracas.

Le tout pourrait virer à la cacophonie, cela reste pourtant lisible. Avec autant de guitaristes, la six-cordes (ou plus selon affinité) est évidemment très en avant, et l’orgue de Camille donne un son absolument unique au groupe. Entre la déferlante de guitares, l’orgue, le clavier supplémentaire, l’hommage aux années 1970 est palpable, mais avec suffisamment d’énergie et de fraîcheur pour garder un aspect contemporain, et surtout pas passéiste. La section rythmique n’est pas en reste, assurant un groove endiablé sur de nombreux morceaux. La singularité de la double batterie notamment est particulièrement savoureuse, aussi bien visuellement que musicalement. Les deux batteurs jouent tantôt de concert, tantôt en se répondant ou modifiant certaines parties, et cela aussi leur permet tour à tour de quitter leurs fûts sans rupture de service.

Car les musiciens de Komodrag cherchent vraiment à être au plus près du public. Littéralement. Ainsi, Rocky, le batteur de Komodor, profite d’un moment où il est sur le devant de la scène lors de « Brown Sugar » pour se jeter dans la foule lors d’un titre qui l’emmène loin à l’arrière, avant qu’il ne revienne tranquillement à pieds en traversant le public. Si tous les musiciens débordent d’énergie, il est sur un autre niveau, sans cesse en mouvement, se déhanche sur plusieurs titres où il joue des percussions, amorce un rapprochement collé-serré avec l’un des guitaristes… 

De son côté, le bassiste, l’air souvent halluciné, va jouer au milieu de la foule – ce dont il est apparemment coutumier – et même y poser son micro pour chanter une partie de « Green Fields of Armorica ». Avec de tels gestes de rapprochements, inutiles de faire dans le grand discours, et les musiciens haranguent le public de façon classique, mis à part pour expliquer la genèse de « Fleein Soldier », écrit lors de l’invasion de l’Ukraine en 2022, et dédié ce soir à « tous les peuples opprimés et toutes les minorités ».

Avec 1h10 de set à assurer, tout l’album y passe, ainsi que deux singles sortis indépendamment depuis, l’explosif « Ready for the Boogie » (quasiment dès l’entame) et l’entêtant « Stone in a Field ». Mais tout à sa débauche d’énergie et son sens aigu de la musique, le groupe ne se contente pas de reproduire avec application les versions studio, même si des titres comme « Marie France », « Born in a Valley » ou « Brown Sugar » ont déjà tout ce qu’il faut pour briller en live. A plusieurs reprises, il étire les ponts, les riffs, pour partir en jam qui n’en finissent pas – c’est particulièrement marquant sur « Green Fields of Armorica » qui dure déjà près de dix minutes. 

Alors fatalement, le groupe dépasse d’un quart d’heure l’horaire prévu – mais il est de toute façon le dernier à jouer sous la tente ce soir-là. Et surtout, il s’agit du tout dernier concert de l’un des batteurs, Ricky, qui a « décidé de prendre sa retraite » selon ses camarades. Raison de plus pour prolonger la fête, que le groupe conclut finalement par une reprise endiablée de « We're an American Band », de Grand Funk Railroad. Mais chez les Bretons, l’admiration pour les modèles états-uniens ne supplante jamais le sentiment d’identité régionale. Le titre devient donc pour l’occasion « We’re an Armorican Band » ! Qui le revendique à raison, et n’a rien à envier à ceux de l’autre côté de l’Atlantique.

Oomph!

Massey Ferguscène - 00h30

Les deux guitaristes cofondateurs du groupe Crap et Flux prennent place sur les praticables de chaque côté de la scène, en scrutant le public. Le vocaliste Daniel Der Shluz, récemment arrivé au micro dans le groupe, prend rapidement la place centrale. Première surprise, tous les trois ont revêtu de gros manteaux de fourrure pour le début du set, une tenue vraiment peu adaptée aux températures estivales : les Allemands auraient-ils été mal renseignés sur le climat breton ? Leur souffrance ne dure heureusement pas, les manteaux finissent par tomber après le premier titre “Soll dans Liebe sein”, issu du dernier opus sorti en 2023 (le premier avec Daniel au chant après le départ du vocaliste et batteur historique du groupe Dero Goi en 2021). Crap commence avec une belle guitare transparente et nacrée, qui semble être rétro éclairée. Le guitariste en changera plusieurs fois pendant le set. Le bassiste et le batteur quant à eux restent quasiment invisibles à l’arrière de la scène. 

Daniel Der Shluz, très souriant, échange avec le public plutôt sagement, le fait chanter “We Will Rock You” de Queen avant d’introduire “Richter und Henker” : sur le refrain, les trois hommes chantent (les cris étant assurés par Flux), mais dans l’ensemble, la voix de Daniel peine à ressortir dans le mix. Est-ce dû à un problème technique ou au manque de puissance vocale, le mystère reste entier, mais au fur et à mesure du set une évidence s’impose : le show manque cruellement d’entrain. Le vocaliste fait pas mal d’efforts pour communiquer avec le public, souvent maladroitement ou de façon exagérée ; il fait bouger les bras de gauche à droite sur “Sandman” par exemple, mais le problème reste le même : on ne l’entend vraiment pas bien. Il faut dire que sa prestation vocale mais aussi sa présence scénique souffrent beaucoup de la comparaison avec le charisme et l'énergie de son prédécesseur Dero, qui apportait une certaine élégance aux concerts de Oomph! en plus de son timbre puissant, de ses talents de percussionniste, et de ses traits d'humour. Cela n’empêche pas le public du Motocultor de taper des mains avec enthousiasme ou de danser, les compositions étant entraînantes et les structures répétitives, sans être très originales, comme souvent dans l’indus, se révélant assez efficaces.

Le mix met en avant (sans doute un peu trop) les riffs lourds des deux guitaristes, véritables piliers du set, et les slammeurs s’en donnent à coeur joie – même quand Daniel Der Shluz s’obstine à haranguer le public en criant  « MotocultUor!». L’ambiance est à la fête sur “Gott ist ein Popstar”, et les pogos font rage sur “Schrei nur Schrei”. Le mélange de metal indus très heavy et d’EBM fonctionne bien, rappelons d’ailleurs que Oomph! a débuté sa carrière avant ses illustres compatriotes de Rammstein, et l’héritage commun ou les similitudes se ressentent fortement sur certains morceaux comme au début de “Mitten ins Herz” ou encore sur “Labyrinth”.

Le hit festif “Augen Auf” clôt le set des Allemands, et le public reprend en choeur le refrain catchy, mais encore une fois la ferveur n’est pas à son comble et sur scène la prestation semble carrée mais trop millimétrée, desservie par un son mal réglé et un chanteur pas à fond. L’ensemble se révèle un peu décevant, en mode automatique, sauvé uniquement par le côté efficace et entraînant des morceaux les plus anciens, et le charisme des deux guitaristes, désormais seuls patrons à bord. Cette première journée caniculaire s’achève donc en demi-teinte. On aurait aimé en voir (et en entendre) plus, et si le show des Allemands n’était pas franchement mauvais, ça n’était pas oomph non plus.

Les autres concerts du jeudi

16h50 - Sous la Bruce Dickinscene, c'était la journée spéciale artistes bretons. Deuxième à jouer, Brieg Guerveno, presqu'un habitué des lieux. Le natif de Saint-Brieuc est entouré de quatre musiciens (guitare - basse - batterie - clavier), parfois lui-même à la guitare, et il présente durant une heure des titres rock, tous en breton, parfois entraînants, souvent mélancoliques et planants, toujours prenants. Le résultat est très beau, porté par sa voix au timbre particulier, un peu haut perchée. Il explique que ses chansons parlent de "la vie, l'amour, la mort, des thèmes très bretons, très metal, vous allez vous y retrouver". Comme le démontre une chanson écrite lors d'une résidence dans un lieu hanté par "la présence d'esprits, attestés par les médiums", dont l'un d'eux aurait inspiré ce titre sur un homme qui "pleure sa femme disparue si fort qu'il l'empêche de monter au ciel". Très metal en effet. 

Ses musiciens sont discrets mais efficaces, en osmose pour créer une ambiance presque onirique, parfois un peu plus en avant sur un riff ou une intro. Le claviériste a d'ailleurs joué dans Fauxx juste avant, et Brieg Gierveno salue l'enchaînement de deux sets. Lui-même, avec vingt ans d'expérience, est à l'aise sur scène tout en restant sobre. La tente n'est pas extrêmement remplie - normal pour le troisième créneau du premier jour - mais le public réagit bien et semble apprécier. "Vive la Bretagne et vive le metal", conclut-il son set. L'univers envoûtant du Briochin a définitivement sa place dans la diversité des musiques saturées bretonnes.

 

19h50 - Le supergroupe suédois de death metal old school Bloodbath aurait certainement mérité un décor plus obscur et un horaire plus tardif, mais ne faisons pas la fine bouche : le soleil décline, et l’air devient légèrement plus respirable du côté de la fosse de la Supositor Stage en cette toute fin d’après-midi. Aux commandes, impeccable, le guitariste Anders Nyström (désormais ex-Katatonia) enchaîne les riffs meurtriers aux côtés de ses acolytes, le batteur Martin Axenrot (ex-Opeth) et l’excellent Nick Holmes au growl caverneux – qui n’est autre que le frontman du groupe de metal gothique Paradise Lost, programmé le lendemain sous la Massey. 

Quelques morceaux récents issus de Survival of the Sickest sorti en 2022 cohabitent sans difficulté avec les classiques du groupe, surtout extraits des albums de 2002 Resurrection Through Carnage (“So You Die”, “Cry My Name”) et de 2004 Nightmares Made Flesh, avec les incontournables “Cancer of the Soul” et surtout “Eaten”, climax cannibale du show qui fait beaucoup de mal dans la fosse. On adore le contraste entre le flegme tout britannique du vocaliste, la détente apparente des musiciens, et le gore des paroles et de l’univers noir et violent développé par Bloodbath, ce side-project entamé pour le fun il y a un quart de siècle et qui perdure pour le plus grand plaisir des fans du genre.

Textes : 
- Aude (Brieg Guerveno, Celkilt, Gaerea, Denez Prigent, Komodrag and the Mounodor)
- Félix (Battlesnake, Amenra)
- Julie (Wolfheart, Bloodbath, Primus, Oomph!)

Photos : Lil'Goth Live Picture. Toute reproduction interdite sans l'autorisation de la photographe.



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