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Foreign - The Symphony of the Wandering Jew (Part I)


Voyages au bout de la vie…


Vous vous doutez bien que pour tirer votre ex-tireur à la ligne de la chro de sa retraite dorée (avec golden parachutes à en faire baver feu-Christophe De Margerie s’il avait eu le temps d’en profiter, et ravitaillement en viande à volonté comme vous pouvez l’imaginer...), il fallait des  circonstances tout à fait exceptionnelles (après, basta, je retourne aux ‘Chiffres et des Lettres’, moi !) ... Hé bien c’est vrai, si je m’autorise aujourd’hui ce petit come-back passager, c’est ni plus ni moins pour vous convier à une petite virée lointaine à travers un album d’exception - et qui plus est, de chez nous ! - sorti il y a une poignée de mois déjà, mais dans une relative indifférence tout à fait indigne de son rang. Pour tenter d’y remédier à sa façon, votre humble serviteur est à la fois bien placé et bien embêté, ayant suivi de près la conception de ce projet ainsi que les travaux passés de son géniteur, et connaissant relativement bien le bonhomme également … Pour autant, n’allez pas craindre une quelconque forme de bienveillance dissimulée derrière du copinage : quand on a pour un poil d’intégrité, les accointances n’ont jamais empêché l’impartialité ni l’objectivité. Tenons-nous le pour dit !

 



Alors, Foreign, c’est quoi ? Avant tout, pour son maître d’œuvre le Franc-Comtois Ivan Jacquin, il s’agit de la concrétisation d’une ambition un peu folle, et  d’une démesure poussée encore à son paroxysme par près de 15 années de gestation : celle de mettre en musique, sous forme d’un opéra rock/métal truffé de participants et délibérément en dehors des sentiers battus - avec de vrais instruments en tous genres, et pas seulement des sons synthétisés s’il vous plaît (!) - la légende dite du ‘Juif Errant’, qui inspira moult écrivains dont notre Jean d’Ormesson national, qui aura été l’inspirateur principal de toute la thématique de cette œuvre. Quant au spectre purement musical de celle-ci, on ne feindra pas de s’étonner de son étendue à la vue du curriculum vitae et de l’activité prolifique d’Ivan : compositeur, auteur, claviériste et interprète entre autres chez Psychanoïa (métal prog), Projekt One (rock celtique) ou encore Amonya (jazz/cabaret intimiste). Artiste éclectique et très présent donc, mais quelque peu désabusé parfois par la scène actuelle…

Si Melted Space avait su auparavant et dans un registre encore différent nous livrer un singulier et imposant ensemble, fait de mythologie, de ‘Comédie Humaine’, de musique classique/symphonique et d’un soupçon d’univers de ‘gamer’ ou de ‘mangas’, mais le tout d’une teneur ‘métallique’ bien dans l’air du temps malgré tout (faisant écho aux scènes ‘extrêmes’, symphoniques et métal atmosphérique les plus familières), le géniteur de Foreign aura eu, lui, à cœur de ne pas  figer son concept dans des contours prédéfinis, faisant davantage appel à une écriture plus élargie, héritière de l’école « progressive » des origines ou encore des «musiques du monde» et autres musiques ‘traditionnelles’ au sens large. Voilà d’ailleurs pourquoi, à l’instar d’un Ayreon ou des derniers Opeth, cet album aurait très bien pu se retrouver chroniqué dans la section ‘Rock’ du présent webzine….

En d’autres termes, on pourrait dire que ce Foreign, s’il partage avec l’opéra-métal de Pierre Le Pape le même goût pour les univers cinématographiques (là encore et avec un minimum d'attention, on se plonge dans cette histoire comme dans un film, le livret et l’artwork y aidant fortement…), une dimension conceptuelle certaine (l’enchaînement des morceaux, et tous ces petits leitmotivs et autres motifs de toutes sortes qui reviennent au fil de l’album), ou bien encore pour les orchestrations et les dialogues chantés dans une droite lignée opératique, il s’imprègne en revanche d’une démarche moins évidente – ne se donnant de fait aucune limite – et d’un savoir-faire plus ancien que l’on pourrait même qualifier sans trop hésiter d’"ancestral", qui confèrent à ce Symphony of the Wandering Jew - outre une tournure forcément plus ‘soft’ - une teneur véritablement intemporelle, digne des grands concept-albums des 70’s…

 

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La première chose à souligner, c’est que tout le monde ne rentrera pas de la même manière (ni même tout court pour certains…) dans l’univers de Foreign. Pour les plus ouverts d’entre nous donc, ce premier opus s’ouvre sur deux titres, "Ahasverus" et "Cursed", qui pourraient tout à fait s’apparenter, respectivement, à un générique d'introduction et à un prologue. Le premier insuffle sur l’entame de ce Symphony of the Wandering Jew un parfum oriental léger et ancestral, avec voix féminine de toute beauté (déjà…), avant d’y ajouter une pointe d’ambient et d’électronique expérimentale à la manière d’un Enigma. Pour un résultat et un rendu convaincants, un poil trop long peut-être pour tenir l’auditeur en haleine sur toute la durée, mais laissant en tout cas bien entendre que ce voyage en musique se fera tout autant à travers des contrées exotiques et lointaines qu’à travers le temps et les âges.

"Cursed", première vraie ‘chanson’ à proprement parler, introduit quant à elle le personnage du narrateur, intervenant régulier de l’histoire dont les interventions parlées, teintées d’un morne et très fort accent pourtant sans racine ni connotation particulière – collant à merveille avec le caractère sans attache et sans âge de son personnage (bravo à Stéphane Van De Capelle pour cette « incarnation »…) – viendront ponctuer le déroulement du périple de ce Juif Errant, qui voit ici la malédiction divine tomber sur lui et se voit ainsi "punir" d’immortalité pour avoir refusé d’offrir de l’eau à un Jésus souffrant le martyre sur son chemin de croix. Il s’agit en fait d’un morceau « clin d’œil » à Arjen Lucassen d’Ayreon qui devait d’ailleurs à l’origine y faire une intervention, avant que le destin et sa propre actualité discographique n’en décident autrement : c’est donc une relecture des couplets de son "Pink Beetles in a Purple Zeppelin" (tiré du Lost in the New Real de 2012) qui nous est offerte ici, épousant la forme d’une petite ritournelle folk médiévale scandée par une joyeuse troupe de troubadours (notamment le ménestrel Florian Pothiat, qui nous fera plus tard de bien belles envolées à la Hansi Kürsch de Blind Guardian sur "Xuanzang" !), très vite plombée par une guitare lourde et tranchante qu’on aurait pu imaginer plus massive et moins "compressée" peut-être, mais qui dessine déjà les contours de ce que sera le versant ‘métallique’ de Foreign. On note d’entrée la richesse des structures et des arrangements en amont, la beauté et le caractère accrocheur des mélodies chantées (une constante sur cet album), ainsi que l’extrême travail sur les chœurs (des vrais, hein, pas des synthétisés !), d’une ampleur réellement impressionnante, surtout quand on sait qu’ils ont été enregistrés « à l’ancienne » et dans des conditions ‘live’... Malgré tout, le titre peine à vraiment décoller, ainsi qu’à dépasser ce côté léger et 'ménestrel' justement, pour nous emporter aussi loin que les autres morceaux-phares du disque - peu aidé en cela par une batterie un peu trop mécanique et rudimentaire. De même, le format court et cette volonté peut-être d’y rassembler tous les éléments qui composeront l’album (ce "Cursed" aura de fait beaucoup tourné sur le Net, présenté par Ivan comme un premier ‘single’…) font que le morceau censé être le plus représentatif de ce Symphony of the Wandering Jew se retrouve à en en être au final le plus faible, peut-être trop étouffé et entravé dans sa forme pour rendre justice à toute l’intensité, la grandiloquence, la fougue, les émotions et les atmosphères développées tout au long de ce disque. De fait, ce qui aurait pu s’avérer être un ‘happening’ historique avec Arjen rate quelque peu son but et vire ainsi davantage à l’anecdotique… On en retiendra surtout sa fonction générale de présentation des protagonistes et de la couleur ‘traditionnelle’ générale dans le contexte de l’album, ainsi que celle de "deuxième intro" en quelque sorte.

 

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Quoi qu’il en soit, il n’est donc pas exclus que pour les plus ‘indécrottables’ d’entre nous, l’opus ne s’amorce vraiment qu’à partir du troisième titre, le monumental "The Running" - qui marque en effet le début de la course d’Ahasverus, non pas contre la mort mais contre la vie éternelle - morceau-fleuve de près de 7 minutes 30, peut-être le meilleur du lot, à partir duquel ce Foreign ne sera plus qu’une succession d’extases…

Imaginez un peu les orchestrations et les chœurs du Therion de la période Theli, avec un soupçon d’Era aussi (pour être plus clair : la BO des ‘Visiteurs’ quoi, bande d’incultes !!...), sur lesquels viendrait se superposer un violon ‘champêtre’ que n’auraient pas renié en leur temps Kansas ou Stille Volk, avant que l’on ne retrouve derrière le micro une vieille connaissance de la scène Bourguignonne, Geoffrey Baumont (Aegirson), qui survole les débats de sa voix emphatique dans une interprétation poignante du personnage de Barabbas… Bien vite rejoint par le reste de la troupe  (à l’issue d’une intervention solennelle et recueillie, qui n’est pas sans évoquer les moments de grâce de l’ami Chris d’Idensity !), avec notamment à sa tête la délicate Marie Desdemone Xolin dans le personnage de Marie-Madeleine, puis par Ivan lui-même qui, non content d’avoir su "caster", fédérer et faire interagir une ‘brochette’ aussi hétéroclite de talents (à défaut d’avoir tapé dans les plus ‘bankables’ du moment, et c’est très bien ainsi…), s’est également fait plaisir en partageant avec chacun d’entre eux au moins un moment sur le disque : ici, son chant ‘plaintif’ vient répondre à celui plus vindicatif et déterminé de Barabbas, avant d’exulter des lignes de voix déchirantes dans une tonalité proche d’un Bruce Dickinson, à vous en retourner les tripes ! C’est véritablement dans ces moments que The Symphony of the Wandering Jew prend toute sa dimension d’«opéra» (dans une mouture plus grand public évidemment, mais pas non plus d'une mièvrerie de "comédie musicale" !), avec tous ces dialogues et échanges vocaux, duos, trios, questions/réponses et j’en passe, combinant le plus d’associations et de tessitures vocales possibles de sorte qu’il y en ait vraiment pour tous les goûts… encore un bon point pour la durée de vie de ce disque !

 

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Mais ce n’est pas tout : le travail sur les arrangements de grattes à partir de ce titre – comme un peu plus loin sur son ‘jumeau stylistique’ le renversant "The Quest", et ses duels hallucinants guitare/claviers (dont un pittoresque clavecin !) – est absolument dantesque, avec d’une part une imbrication de la six-cordes dans des parties orchestrales à la bonne vieille mode des 70’s - digne réminiscence d’Uriah Heep avec leur "Salisburyou des Who sur Tommy - , et de l’autre une ‘wah-wah’ démentielle que l’on croirait tout droit sortie du "Shaft" d’Isaac Hayes !! Plus loin encore, un bref pont qui semble faire écho à celui d’un "Seventh Son of a Seventh Son" de Maiden... Ce n’est là qu’un bref échantillon des petites trouvailles et autres retouches inventives (qui doivent beaucoup au compère Olivier Gaudet de Psychanoïa et au guitariste multicartes Patrice Culot…) parsemant ce disque et l’enrichissant d’une personnalité à part entière et des plus fortes. La prod’ est toute à cette image elle aussi, des plus personnelles et où l’on sent bien le « tout-fait-maison », laissant respirer au maximum la dimension ‘organique’ de la musique (malgré un son de batterie un brin 'amateur'...), à mille lieux donc des artifices de "gros son" en vigueur aujourd’hui, mais que l’on croirait en revanche toute droit sortie jadis d’un disque de chez ‘Holy Records’ ou de ‘Season of Mist’ (!) - à la grande époque où l’on avait à cœur de donner une couleur particulière à ses productions, davantage que de l’impact facile qui ne fait jamais illusion bien longtemps.

Le côté ‘progressif’ étant le petit « plus de chez Monsieur Plus », empreinte permanente sur ce disque - comme qui dirait inscrite au plus profond de son code génétique - , que ce soit au niveau du choix des sons de claviers (orgues ‘Hammond’ nostalgiques à la Jon Lord et synthés planants à la Pink Floyd sont de la partie !) que de la virtuosité de leur exécution (écoutez donc également la basse à l’occasion…), que de ces passages éthérés et « aériens » dignes d’un Marillion ou encore de la rigueur rythmique de grattes millimétrées qui ne viennent jamais "baver" ni en mettre à côté - dans la lignée rigoureuse d’un Dream Theater ou d’un Porcupine Tree (cf "The Worst Pain Ever Felt", et le jeu de batterie de Thierry Charlet également…).


 




La grondante "Eternal Enemies" - plus ‘compacte’ mais pas moins longue pour autant - impose de son côté des orchestrations qui n’auraient pas dépareillé sur le dernier Idensity (encore eux ?!) ou chez Septicflesh, ainsi que des cuivres résonnant comme autant de trompettes de guerre dans un paysage d’heroic-fantasy, avant qu’une transition menaçante en guise de charge vers la bataille - mais mêlant aussi de l’ambient encore une fois proche de la musique ethnique d’Enigma - n’amène ce morceau de bravoure sur la voie d’un métal progressif digne héritier pour le coup de l’école post-Maidenienne, Queensrÿche, Crimson Glory et Circle II Circle en tête, à laquelle on aurait encore une fois mêlé du Therion grande époque ! Et que dire de la prestation lumineuse et envoûtante de Cathy Bontant (Inhepsie) dans le rôle de l’amante Poppée, semblant tout droit sortie d’un songe, ou bien l’émanation d’une divinité fragile qui viendrait faire une apparition avant de retourner se fondre dans la brume (on la retrouve toutefois un peu plus loin dans une prestation encore plus «cristalline» et saisissante, pur ravissement pour nos oreilles malgré la petite pointe d’accent qui rajoute aussi à son charme)... Dommage en revanche que certaines parties vocales soient parfois un poil sous-mixées par rapport à l’ensemble, reproche que l’on pourrait faire ici ou précédemment sur "Cursed" à la prestation d’un Thierry Marquez (dans le rôle d’un Jésus bien ‘burné’ !), d’ordinaire bien plus en force et mis en relief chez les ‘thrasheurs’ de Broken Edge. Un travers que l’on connaissait déjà avec certains ‘growlers’ de Melted Space, qui semblaient peiner à se poser sur un ensemble autrement plus ‘doux’ que leur registre de prédilection... Heureusement, on retrouvera ce même Thierry dans un duel vocal autrement plus convaincant avec Ivan/Ahasverus pour le final impitoyable de "The Worst Pain Ever Felt" qui marque également leur dernière confrontation.

Entretemps, la dimension opératique aura pris le temps de se révéler davantage, notamment au travers de la structure et de la décomposition de cette Symphony…  Ainsi, si les deux transitions "Eternity part I et II" s’apparenteraient à des intermèdes, destinés à aérer un peu l’album et laisser s’opérer la catharsis chez l’auditeur qui peut également ainsi reprendre son souffle, on peut tout autant considérer le superbe "Xuanzang" (et son parfum ‘Nuits de Chine’…) comme un long lamento du héros en proie au doute, montant crescendo pour s’achever sur une complainte à peine déguisée de la tentatrice Hephtalia (une Camille Borrelly sublime en chant lyrique, qui ne manquera pas de vous mettre les poils de travers - frissons au rendez-vous pour un titre obsédant, vraiment…), lui révélant à mi-mots que c’est déjà là un avant-goût de l’enfer que cette non-existence au travers de la vie éternelle, aveux qui sonnent déjà comme un prélude au requiem final de "Medeïvel", morne procession médiévale au son des sanglots de hautbois qui sonnent le glas de l’espoir pour notre Juif Errant ayant perdu là son amour le plus cher.  

Ce souci de la forme n’empêche pas Ivan de s’émanciper complètement des codes du genre quand l’envie lui en prend, marquant également son Foreign du sceau de l’audace… C’est bien là le mot qui convient alors que retentit sur un air (latino !) de bossa langoureuse la guitare sèche, la flûte puis l’accordéon chaleureux de "Juan Esperandios (Lost in Different Lands)"… C’est bien à une communion charnelle des corps et des âmes que se livrent Ivan et Jeannick - sa compagne à la vie comme à la scène, sorte de croisement entre une chanteuse folk celtique et la voix chaude et sensuelle d'une Liane Foly (cf d’ailleurs l’accent bien 'anglais-français'...) - dans la "peau" de Lady Jane, la ‘Queen of pleasures’… S’achevant par ce suggestif « make love with me » suivi d’un «forever…» susurré (c'est un peu le mot d'ordre de cet album, d'ailleurs !), qui vient chatouiller nos oreilles d’un commun désir contagieux. On ne s’étonnera pas de retrouver les mêmes sensations qu’avec leur autre formation sous le même type de configuration, Amonya, dans laquelle leurs voix se mêlent avec tout autant de complicité et d’harmonie. On s’étonnera bien plus mais on applaudira à deux mains lorsque cette atmosphère intimiste de flamenco (qui se prêterait bien en effet à un numéro de danse, mais que personne n’aille souffler l’idée à TF1 pour son merdique 'Danse avec les Stars', hein !...) dérivera soudain en ambiance plus festive, avec une seconde moitié de morceau lorgnant carrément vers Blackmore’s Night (avec ces rires complices, leitmotivs rythmiques et autres « hey !! » suggestifs), clin d’œil également à la musique rock celtique de nos tourtereaux au sein du groupe Projekt One… Un grand écart des plus "culotés" mais qui fonctionne parfaitement, preuve en est que l’audace paye et qu’Ivan Jacquin peut décidément s’attaquer avec brio à tous les registres, tant ce morceau pourtant bien à part dans le déroulement de l’album pourrait bien s’en avérer être un de ses sommets, ainsi que le plus fédérateur tous publics (avertis) confondus!


 




Notre maître d’œuvre n’en oublie pas d’ailleurs non plus de donner à l’auditeur rock et métal ‘lambda’ de quoi se raccrocher à des bases plus familières et abordables… Ainsi, avec "Activated", c’est une facette plus ‘commerciale’ de Foreign qui se dévoile, au travers une pop-métal guillerette et efficace aux confins du Nightwish de la période Anette, de Within Temptation (cf la reprise du refrain en piano-voix recueilli et rehaussé de hautbois, juste avant que le morceau ne s’emballe à nouveau…) ou encore de Sonata Arctica pour le côté ‘speed’ et enjoué du refrain, aux harmonisations très caractéristiques (avec plus loin un fougueux solo de guitare qui n’aura rien à envier à un Emppu Vuorinen chez Nightwish !). Ivan dégaine pour l’occasion son dernier atout féminin en la personne de Carole Rakotovel, avec sa voix énergique un peu cassée et rocailleuse à la Floor Jansen, mais qui s’illustre surtout ici par des suraigus aussi jouissifs qu’inattendus, même s’ils ne manqueront pas de heurter voire d'irriter les oreilles les plus académiques (pas forcément son registre le plus naturel...). Le "By the Sea" en partie acoustique qui lui succède montrera un versant plus mélancolique (aidé en cela par les lamentations d'une guitare folk hispanisante), évoquant un peu les ballades intimistes du Evanescence de la période Origin (avant qu’ils ne cartonnent par chez nous en sortant la grosse artillerie Fallen, quoi…), les acoustiques calmes de Led Zeppelin ou encore le "She's Gone" de Black Sabbath par endroits. Le tout culminant par des chœurs célestes dans la divine lignée d’un Dead Can Dance, ce qui n’a pas dû déplaire à une certaine Chloé Albares, brillante soprano tout aussi à l’aise ici que précédemment, aussi bien seule qu’en duo avec n’importe laquelle de ses consœurs (pas une qui ne démérite, bravo Mesdemoiselles !)…

Tâche difficile que de couvrir un tel album dans son intégralité, pour autant je voudrais terminer cette revue en détails sur un point qui à mon sens ne devrait pas être sous-estimé et donne peut-être même tout son éclat à l’album : l’implication des différents participants. Plus que de la simple figuration pour être sur la photo et compléter son CV ainsi que son carnet d’adresses (rigolez pas, j’ai des noms…), on sent bien que chacun s’est investi dans son personnage au-delà des espérances les plus folles d’Ivan. Ce dernier aura brillamment su tirer le meilleur d’eux-mêmes ainsi que de ses musiciens (son compère Olivier de Psychanoïa en tête…) et, ce n’est pas là le moindre de ses mérites, écrire des parties adaptées au mieux à leur éventail de registres, également couvrir un grand panel de styles sans trop s’attarder sur l’un ou l’autre ni se répéter, ce qui assure une écoute des plus complètes (même si elle pourra paraître décousue aux premières immersions), et surtout l’assurance de pouvoir presser à nouveau le bouton ‘play’ sans crainte d’une trop prompte lassitude.

Je ne pouvais décemment pas non plus conclure sans évoquer la propre performance du maestro au micro, assurément sa meilleure à ce jour (là où elle pouvait ne pas toujours faire l’unanimité peut-être chez Psychanoïa) ... Et l’intensité de ce Foreign doit évidemment beaucoup aussi à son chant théâtral et torturé, à cette assurance nonchalante et insolente (ce "Juan Esperandios" ou "Xuanzang", si fluides et inspirés dans leur interprétation), à cette passion à fleur de peau et à ce timbre parfois très proches dans l’esprit d’un Christian Décamps (Ange). C’est qu’il faut l’entendre sur l’entame délicate de "The Worst Pain Ever Felt" - ultime confession du Juif Errant sur son inextinguible douleur - passer en un clin d’œil d’une voix de poitrine profonde à une voix de tête contrôlée comme pour mieux faire passer les émotions, suivant ce même instinct peut-être qui l’aura incité à entreprendre cette aventure et à la mener à bout. Gageons qu’il est maintenant sur la bonne voie, sur les bonnes « voix » aussi, et l’on a donc hâte de découvrir la suite de cette trilogie qui s’annonce aussi passionnante que singulière - même si elle ne parlera pas à tout le monde, loin s’en faut, mais n’est-ce pas là aussi un gage de longévité... Souhaitons donc à cette Symphony of the Wandering Jew une pérennité aussi grande – éternelle ? – que celle de la figure mythique dont elle s’inspire. Une œuvre brillante de lyrisme, d’atmosphères et d’intimité(s), menée de main de maître par un barde "progueux" émérite et son équipe de compagnons d’aventure, aussi solides que charismatiques et dévoués.



LeBoucherSlave


8/10  

 

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Crédit photos :  Nelly Clément
et l'équipe du Studio 'La Boucherie'

 

Note de la rédaction :
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8 / 10
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