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The CNK - Révisionnisme

Un nom qui sent le souffre, pour une musique et un usage de la langue qui embaument tout autant : le Cosa Nostra Klub, à mi-chemin entre grandeur et décadence, est le groupe hexagonal que tout le monde adore détester. Forte de deux progénitures déjà, la créature infâme de Hreidmarr (ex-chanteur d’Anorexia Nervosa) et Heinrich Von B (guitare) vient nous présenter aujourd’hui sa nouvelle collection : un album de reprises, agrémenté d’une collaboration prometteuse avec Snowy Shaw, le multi-instrumentiste Suédois (connu pour son travail avec Therion, Notre-Dame, King Diamond et Mercyful Fate entre autres).


Dès le premier abord, le titre de l’album et son artwork interpellent : sur fond de clichés fashion, très classes, directement inspirés d’Yves Saint Laurent, le mot ‘révisionnisme’, terme faisant référence au mode de pensée consistant à remettre en cause une idéologie ou un système fermement établi. Ici, le groupe de metal industriel a choisi de revenir aux sources en révisant leurs classiques, et en en proposant une nouvelle interprétation. Il en résulte dix reprises triées sur le volet, de chansons aux allures d’hymnes qui auraient bercé l’imaginaire du groupe. A la lecture des titres, on est surpris par l’éclectisme du programme : du sinistre avec Slayer, Emperor, Impaled Nazarene, Rammstein ; du glam avec Motley Crue et Guns’n’Roses ; mais aussi du maintream (bien que malgré lui) avec Nick Cave, les Beasty Boys, Gary Glitter, Leonard Cohen.

 



L’album commence en grande pompe par "Gadd Ist Gott", medley de chansons du déjà très contesté Gary Glitter (Paul Francis Gadd pour l’état civil). Le gimmick be-bop de batterie rappelle Marilyn Manson ou encore le Rocky Horror Picture Show, et les cris uniformes de la foule mettent en exergue le grand-guignolesque. On se prend d’emblée au jeu du refrain entêtant : « angel face, you’ve got the cutest angel face, I’m gonna make you my angel face » et la voix chevrotante de Snowy se profile pour annoncer un conte de fées distordu, ponctué par d’excellentes orchestrations, un basse / batterie groovy, et des relents électro accrocheurs. "Sabotage", reprise des Beasty Boys, les précurseurs du rap-core, marie astucieusement scratch de Dj et gros riffs de guitare, pour un mélange impie. "Everybody Knows", véritable réinvention de la chanson de Leonard Cohen, rappelle le Dimmu Borgir des grandes heures, avec ses orchestrations grandiloquentes (qui évoquent quelque peu la bande originale du Dracula de Coppola, par le compositeur Wojciech Kilar) et son ambiance lugubre à souhait. A noter, la performance de Hreidmarr au chant, qui s’époumone avec conviction, et  fait preuve d’un panel d’émotions plutôt large. "You Could Be Mine", le classique des Guns’N’Roses, revisité à la sauce indus, avec Snowy, mais aussi Pills (de Prime Sinister) en guest. "Blood Is Thicker Than Water", reste proche de l’originale des Finlandais d’Impaled Nazarene, et rappelle la fantasmagorie sublime et démentielle du Spiritual Black Dimensions de Dimmu Borgir, encore une fois.
 

Hreidmarr (chant) dans le rôle de : Kapo Rabanne



"Seasons In The Abyss", reprise des cultissimes Slayer, véritables pères de toute la frange extrême du metal contemporain, apporte une touche supplémentaire de malaise, avec piano et orchestrations qui la rapprochent d’une sensibilité Européenne à la Moonspell. Il faut savoir que des années-lumière avant Dexter, Slayer s’était penché sur le thème des tueurs en série, et s’était évertué au fil de plusieurs albums à décortiquer leur psyché torturée. Seasons In The Abyss était le premier album contenant ce thème, qui aller marquer le début d’une longue lignée consacrée aux infâmes. "Too Fast For Love" allège un peu le ton, en empruntant l’humour et le glamour des non-moins cultes glam rockeurs de Motley Crue. En guest, Swan, le chanteur des compatriotes de BlackRain, reprend Vince Neil avec brio. C’est qu’il faut réussir à les choper les notes suraigües de notre ami Californien, que d’ordinaire seuls les chiens peuvent percevoir. Le finaliste de La France A Un Incroyable Talent vient apporter une touche sleazy et androgyne au tout déjà bien ficelé de rock’n’roll et décadence. "Weisses Fleisch" ponctue l’album de la touche électro trans-Rhénane des géniaux Rammstein, et de la poésie de Till Lindemann dans la langue de Goethe. The CNK choisit ici une des chansons les plus controversées du groupe, abordant le thème de l’agression et du viol.

 

Heinrich Von B (guitare) dans le rôle de : Franco Chanel



Avec "Where The Wild Roses Grow", le groupe amorce un parti-pris audacieux, en s’attaquant au chef d’oeuvre de Nick Cave & The Bad Seeds. Qui ne se souvient pas de ce titre fort, sorti à l’automne 1995, et qui mettait en scène la voix pop et sucrée de Kylie Minogue, dans une murder ballad où la star Australienne scandait avec innocence « he called me the Wild Rose, but my name was Elisa Day » ? Ici, l’on a droit à un duo tout aussi glamour : Snowy Shaw, emprunte la voix de Nick Cave, et emmène sa promise – ici Rose Hreidmarr, l’étonnamment bien-nommé pour l’occasion -  vers la rivière, afin de lui montrer l’endroit où poussent les fameuses roses sauvages : « he would be my first man (…) he showed me the roses and we kissed » repris dans un chant guttural des plus romantiques. Et là, on ne peut s’empêcher de repenser à la pochette du premier album de CNK, Ultraviolence Über Alles, qui mettait en scène le baiser des deux protagonistes (Rose et Heinrich), apothéose du paradoxe et du mauvais goût le plus exquis. Car Révisionnisme n’est pas dépourvu d’une dose d’humour des plus décalés, et l’on touche également ici à la définition-même du romantisme, à savoir : noir, passionné, exacerbé. "I Am The Black Wizards" tombe sous le sens, avec la reprise d’un des titres-phare des géants du black metal, Emperor. Une reprise assez proche de l’originale, qui clôt l’album sur le thème de la magie, et invite à de doux songes.

 

Zoé Von H (basse) dans le rôle de : Hugo Boche



L’écoute de Révisionnisme dévoile une sélection de reprises judicieuses et un second degré désopilant. Dark à souhait, mais néanmoins pas dépourvu d’une dose de glamour & paillettes déstabilisante. Un groupe qui dérange, partage l’opinion, mais dans les deux cas : qui fait assurément parler de lui, car comme le dit l’adage : « there’s no such thing as bad publicity ». Le travail de réappropriation et d’arrangement des morceaux est excellent, avec à la clef une recherche et une création d’ambiances bien spécifiques. Au final, aucun titre ne fait tâche, tous s’emboitent uniformément afin de composer un pot-pourri cohérent. The CNK est un groupe que l’on ne recommandera cependant pas aux complexés, car il faut être très open pour embrasser la démarche du groupe, qui, il semblerait, prend toujours un malin plaisir à lever pas mal de questions. Révisionnisme ne déroge pas à la règle, et l’on peut ainsi se demander si le groupe n’établirait pas ici une passerelle entre musique pop et musiques extrêmes en mettant en relief le point commun qui unit les deux : le subversif. Car sous l’aspect gentillet et relativement inoffensif du glamour et paillettes, se cache en réalité un message subversif. L’artwork soulève également une problématique relative au totalitarisme et à la propagande, avec ses clichés empruntés à Yves Saint Laurent, et les pseudonymes dont s’affublent ici nos protagonistes : Fabrizio Volponi (batterie) dans le rôle de Duce Gabbana, Zoe Von H (basse) dans celui d’Hugo Boche, Heinrich Von B (guitare) dans le rôle de Franco Chanel, et enfin Hreidmarr (chant) dans le rôle de Kapo Rabanne. Dictature et mode iraient-ils de pair ? Leurs codes, le conformisme qu’elles prônent seraient-ils consanguins ?

 

Fabrizio Volponi (batterie) dans le rôle de : Duce Gabbana



Pour ceux qui n’auraient que faire de ces considérations intellectuelles, il en reste au demeurant un très bon album de reprises présentant un enjeu novateur, en plus d’une collaboration fructueuse avec un Snowy Shaw qui apporte réellement quelque chose. Un album que l’on pourra aisément recommander aux néophytes qui souhaiteraient découvrir le groupe, tant les morceaux ici présentés sont devenus leurs. Quoiqu’inattendues certaines reprises puissent paraître, on peut apprécier le fait que le groupe ne soit pas tombé dans l’écueil de la perversion gratuite de chansons popy. On a ici affaire à une sélection légitime, logique, de chansons certaines fois au sens profond, totalement dans la trajectoire de l’univers du groupe et faisant corps avec son propos provoc’ et décalé. Si "You Could Be Mine" et "Too Fast For Love" collent un peu plus aux originaux, et qu' "Everybody Knows", "Where The Wild Roses Grow" et "Sabotage" créerons peut-être moins de remous dans la mesure où l’on peut supposer que peu nombreux seront les fans de metal et / ou d’électro à connaître déjà les originaux, beaucoup seront en revanche surpris par la réinvention de certains classiques, comme le "Seasons In The Abyss" de Slayer, outrés même, c’est à prévoir. On ne pourra cependant pas reprocher au groupe sa démarche audacieuse, et son travail remarquable de réinvention. Décalé, grandiose, insolent : à recommander.


Photographies de : Andy Julia
 

Note de la rédaction :
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9 / 10
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