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Deftones : « White Pony nous a permis d’être ce que nous sommes aujourd’hui »

Il est de ces albums qui marquent à jamais l’histoire d’un groupe et façonnent son futur. Pour Deftones, ce fut White Pony, qui célébrait ses vingt ans le week-end dernier. On vous a raconté le processus du création narré par trois des membres du combo lors d’une conférence de presse internationale. Suite et fin du récit, avec cette fois le tournant qu'a représenté l'album dans la carrière du groupe.


 

 

[Première partie de l'histoire à lire ici]


White Pony sort le 20 juin 2000, le jour des 27 ans du chanteur Chino Moreno, après avoir été le premier album du groupe à fuiter sur internet trois semaines avant sa sortie. « C’était un truc nouveau, se souvient le batteur Abe Cunningham : c’est quoi un leak ? ça veut dire quoi ? »

Au fil des ans, il va s’imposer comme LE classique de Deftones : il marque une rupture avec le mouvement neo-metal – même si le groupe continue d’y être associé – et l’affirmation du goût du combo pour les expérimentations sonores, des ambiances planantes, stratosphériques, qui tranchent avec des passages beaucoup plus agressifs.

L’accueil n’est pourtant pas complètement unanime à sa sortie. Le vocaliste  Chino Moreno se souvient « d’un certain bashing. C’est marrant comme autant de gens aiment l’album aujourd’hui. Je me souviens qu’en l’entendant pour la premières fois, beaucoup de fans se sont dits ‘qu’est-ce que c’est que cette merde ?’. On sortait d’Around The Fur, un album plus agressif sur certains aspects, et les gens ne comprenaient pas ce qui se passait ». Pour autant, il relativise : « Il y a toujours quelques fans qui aiment certains trucs plus que d’autres. Il y a toujours des gens qui aiment un seul album et voudraient que vous le refassiez indéfiniment, on ne peut jamais contenter tout le monde, mais je pense sincèrement qu’on fait les choses comme on le veut, et avoir du succès de la sorte, c’est une situation qui n’a que des avantages ».
 


 

Il n’empêche, l’album est un gros succès – 1,3 million d’albums vendus rien qu’aux Etats-Unis – et offrira même au groupe son premier Grammy. « C’était dingue. J’ai grandi en regardant les Grammy avec ma mère », raconte Abe Cunningham. Dans la salle, persuadés qu’ils ne vont jamais gagner mais « déjà ravis d’être là », les musiciens ne réalisent d’ailleurs pas ce qui leur arrive quand leur nom est finalement annoncé. « On a mis énormément de temps à se lever, ce qui fait que quand on est arrivé sur scène ils nous ont dit ‘c’est bon, vous l’avez, au suivant’, c’était surréaliste. Il est toujours là, il prend la poussière, mais c’était incroyable pour des gamins de Sacramento, cette reconnaissance des pairs ».

Ce succès fait changer le groupe de statut, ce qui n’est pas sans créer quelques tensions entre Deftones et Maverick Records. « En fait la pression est arrivée après White Pony, les gens nous portaient plus d’attention et se demandaient ce qu’on allait faire ensuite », se souvient le claviériste Frank Delgado. « Quand on a eu du succès avec White Pony et qu’on a commencé à passer en radio et sur les chaînes de clips, le label a commencé à dire ‘on a besoin d’un single’, et je me suis dit ‘mais vous nous avez signé sur Adrenaline, on n’est pas un groupe radio-friendly’, confirme Moreno. Ce genre de réflexions enlève une partie du fun. Mais on a réussi à travailler dessus et maintenant quand on fait un album, on est au-dessus de ça, on ne se demande pas ce que va devenir la chanson tant qu’elle nous plait. »


Un album encore marquant vingt ans après

S’ensuivront cinq albums, tous différents et pourtant tous porteurs d’un son typique qui rend le groupe instantanément reconnaissable. Mais White Pony reste le tournant majeur dans la carrière du groupe. Pour le chanteur Chino Moreno, ce succès s’explique parce que « l’album est un ‘slow burner’. Les chansons ont un son riche, l’album lui-même est comme un voyage, mais on ne saisit pas complètement tout dès le début, et plus on écoute l’album, plus on découvre d’éléments ».

Le groupe n’a d’ailleurs jamais voulu le faire remasteriser. « On nous a demandé si on voulait remasteriser l’album et j’ai dit non, raconte Chino Moreno. Sincèrement, je pense que le faire sonner plus actuel enlèverait une partie de sa magie. Il est comme il est, il correspond à une époque ».

Il a aussi influencé de nombreux groupes de metal, même, si, évidemment, Deftones n’aurait jamais imaginé une telle empreinte sur ses contemporains. « On ne pense pas à ça dans ces moments-là, assure Abe Cunningham, on construit juste l’album morceau par morceau, on essaye de faire un album qui nous plaise à nous, le reste est hors de notre contrôle ».

Surtout, White Pony a déterminé certains éléments essentiels de Deftones qui perdurent encore aujourd’hui. « Réaliser cet album et faire quelque chose d’un peu plus osé, et avoir du succès avec, ça nous a vraiment donné la confiance pour continuer à faire des albums et essayer différentes choses, assure le chanteur. Ça a cassé cette sorte de moule qu’on a parfois quand on commence un groupe, même si on n’a pas débuté avec une idée précise de ce qu'on voulait être. Mais cet album en particulier nous a aidés à tracer notre voie ». Ce que confirme le claviériste Frank Delgado : « Je crois que le plus important était de croire en nous-mêmes et faire confiance à nous-mêmes et à nos idées, et c’est toujours comme cela qu’on fonctionne. » Pour le batteur, « cet album est ce qui nous rend encore capables de faire ce que nous faisons aujourd’hui ».
 


Même s’il a pu peser sur les albums suivants. « Quand on a enregistré l’album, analyse le chanteur, on a fait ce qu’on a voulu, on a pris des risques, essayé des choses, vu ce qui marchait ou pas, et c’est finalement devenu l’album. Ça nous a peut-être donné l’idée un peu fausse qu’on pouvait faire ce qu’on voulait et que ce serait génial. Mais en musique, comme pour beaucoup d’autres choses dans la vie, on ne sait jamais quel résultat on va obtenir, et on a appris à la dure que ça ne marche pas toujours comme ça. Mais il fallait qu’on s’en rende compte par nous-mêmes. »


Un album qui se vit au passé, au présent et au futur

Pas étonnant alors que les vingt ans de White Pony soient célébrés aujourd’hui par le groupe et son label actuel, Reprise - qui appartient à Warner comme Maverick. Outre une listening party en début de semaine, le groupe a dévoilé que l’album allait être réédité, probablement avec la tracklist originelle, c’est-à-dire sans « Back to School » qui avait été ajouté à la demande du label sur une nouvelle édition du disque quelques mois après sa sortie, pour avoir un titre plus accrocheur et diffusable en radio.
 


La réédition sera agrémentée d’un album de remixes, Black Stallion. « Il y aura plein de gens pour remixer, dont certains ont influencé  l’écriture de l’album », révèle Chino Moreno. Le poney blanc sera donc accompagné de l’étalon noir, un projet plus vieux que l’album lui-même ! « On avait déjà cette idée il y a vingt ans, peut-être même avant d’enregistrer, on plaisantait tout le temps dessus et là ça va devenir réel ». Frank Delgado se souvient que «  le groupe se disait ‘ce sera tellement bien quand l’album sera remixé par DJ Shadow’. Et un jour on l’a abordé avec Chino alors qu’il jouait en ville à une soirée DJ, il nous a regardés comme si on était fous, on lui a dit qu’on voulait qu’il remixe notre album, il a dit ‘ok, envoyez-le moi’, comme pour se débarrasser de nous, mais on lui a dit qu’on ne l’avait pas encore écrit enregistré. Et c’est marrant parce que là il est dans cet album de remixes. Cet album était déjà dans notre cerveau avant d’avoir écrit White Pony, c’est dingue ».

Le groupe n’exclut pas totalement une tournée anniversaire, mais ne semble pas totalement enthousiaste à cette idée. « Je ne serais pas contre un show spécial, peut-être jouer l’album dans son intégralité à un moment donné, assure Chino Moreno, mais c’est dur, parce qu’on a beaucoup d’albums maintenant et on a toujours envie de prendre un peu de chaque et garder une setlist dynamique ». Pas de risque pour autant que le groupe oublie les chansons en concert. « Je ne me fatigue jamais de jouer ces chansons, révèle Abe Cunningham. Parfois on en a marre de certaines. On a une discographie importante maintenant, donc on a l’embarras du choix, ce qui est génial, ce qui rend les choses intéressantes pour nous et pour le public, mais ces chansons-là, je ne m’en lasse jamais. »
 


Deftones sortira en tous cas bientôt, peut-être en septembre, son neuvième album, qu’il dit avoir commencé il y a plus d’un an et fini ces derniers mois. Et, comme un retour aux sources, il a de nouveau fait appel au producteur de White Pony, Terry Date, par ailleurs producteur de Soundgarden et Pantera. « On a tellement d’histoire avec lui, on est vraiment proches, s’enthousiasme Abe Cunningham. On a travaillé avec d’autres producteurs, parfois ça a marché, parfois pas, mais avec lui on a vraiment l’impression d’être à la maison, dans une situation confortable. On peut parler avec lui pendant des jours, on est vraiment en confiance, on travaille super bien avec lui. Je n’ai jamais eu peur d’essayer un truc devant lui, il me laisse de la place pour expérimenter, il ne dicte pas où les choses doivent aller et j’apprécie vraiment. On a travaillé avec lui sur Eros, qu’on n’a jamais fini, ensuite on a travaillé avec Nick [Raskulinecz, sur Diamond Eyes et Koi No Yokan, ndlr], c’était cool, car complètement différent, mais peut-être que là il était temps de rentrer à la maison». Le poney blanc rentré à l’écurie, la fin d’année nous dira si Deftones aura été capable de lancer une nouvelle chevauchée aussi fantastique que White Pony.

 

Crédit photo : James Minchin


 

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