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Tom S. Englund, leader d'Evergrey

"Nous sommes du côté de l'être humain"
 

Evergrey se prépare à sortir son neuvième album. Pour le défendre, le guitariste et chanteur Tom S. Englund a expliqué sa démarche artistique, aussi bien dans les paroles que dans la réalisation et l'enregistrement de l'album. Il y évique les changements de personnel, l'état dans lequel s'est retrouvé le groupe et dévoile un avenir plein d'espoir après la sortir d'Hymns for the Broken.

Bonsoir Tom et merci de nous accorder cette interview. La direction musicale semble plus positive qu'avant. Peux-tu nous en parler ? Est-ce fait exprès ?


Ce n'est pas fait exprès, rien n'est jamais fait exprès ! [rires] Le fait de recevoir autant de compliment du monde entier me fait penser que ceux qui ont pu écouter l'album comprennent cette notion d'espoir et de positivisme de l'album. Evergrey a toujours eu pour but de te dire que tu n'es pas seul dans les galères. Nous traversons tous des mauvaises passes et apprécions aussi les mêmes choses. Visiblement, les gens comprennent ça avec Hymns for the Broken.

Le titre de l'album semble résumer cette idée.

Oui, le mot "Broken" (brisé) correspond au fait d'être des outsiders. C'est un peu le cas chez les metalleux, nous sommes vus comme des gens qui ne sont pas dans la norme. Je veux parler à des gens qui sont prêts à me comprendre. J'espère que les fans comprendront ça à la sortie de l'album.

Avec ce léger changement de direction musicale, identifies-tu de nouvelles inspirations ?

Je ne sais pas, je pense que la composition est un processus qui vit avec toi. C'est quelque chose qui t'influence, qui te provoque et qui fait ressortir certains de tes aspects. Écouter de la musique d'autres groupes va t'influencer, que tu le veuilles ou non, mais nous n'avons pas d'idée précise de qui nous a influencé plus qu'un autre. Nous avons essayé de tirer le meilleur de nous-mêmes et d'en faire une nouvelle force pour le groupe.

Est-ce que tout le monde a été impliqué dans le processus créatif ?

Oui, pour la première fois en neuf albums, je pense que c'est un véritable travail de groupe. Chaque note, chaque accord que tu peux entendre a été validé par chacun d'entre nous. Jonas Ekdahl (batterie), qui est revenu récemment, a écrit 70 % de l'album.

Evergrey


Comment as-tu pris les départs de Marcus Jidell (guitare) et Hannes Van Dahl (batterie) ?

Pour Marcus, c'est flou, je n'ai jamais vraiment su pourquoi. Je pense qu'il a ses propres raisons. Il y a eu un concert qu'il n'a pas pu assurer avec nous, ce qui a entraîné son départ. Mais C'est d'ailleurs pour ça qu'on a demandé à Henrik Danhage (guitare) et Jonas Ekdahl de les remplacer. C'était bizarre, on parlait d'un nouvel album et d'un coup, il a été incapable de s'organiser pour réserver ses billets d'avion pour un concert. C'était bizarre, mais nous nous parlons toujours, il n'y a pas de problème personnel, pas de mon côté en tout cas. Concernant Hannes, c'est mon meilleur ami, quand il m'a demandé si je pensais que c'était une bonne chose qu'il intègre Sabaton, et je lui ai dit d'y aller, parce que j'estime que c'était la meilleure chose à faire en tant qu'ami.

Parlons de la production de l'album, t'en es-tu occupé ?

Jonas et moi, avec l'aide des autres gars. Je me suis occupé de l'enregistrement de la basse/batterie, qui sont jouées en même temps, j'ai enregistré mon chant, Henrik s'est occupé de ses guitares.

L'album sonne un peu différemment. Avez-vous essayé de nouvelles choses ?

Oui, le fait d'enregistrer la batterie et la basse dans des conditions live, par exemple. Quand nous avions une prise à 90 % bonne, nous changions les détails qu'il y avait à changer. Tout ce que tu entends dans l'album est joué, rien n'est fait par ordinateur. On a dû ajouter les guitares dessus, c'est assez dur quand tu ne joues pas en même temps, car il faut que tu adoptes l'humeur des musiciens qui ont enregistré avant toi. Concernant la voix, j'ai écrit les lignes vocales en même temps que je les chantais, c'est très spontané. Ça rend les prises uniques.

Parlons de la nouvelle imagerie révolutionnaire de l'album. Est-ce ta décision ?

Oui, j'ai choisi les thèmes et c'est mon tatoueur, Marcus Körling, qui l'a réalisée. Je la trouve fantastique, c'est une image qui parle.

T'es-tu dit que certaines personnes pourraient interpréter politiquement cette image ?

Oui, il y a des gens qui pourraient penser ça, mais ce n'est pas le cas d'Evergrey. Nous n'avons pas de couleur politique, nous sommes du côté de l'être humain. Nous ne sommes pas pro-Russie ou pro-Poutine. Cette pochette d'album n'a rien de politique, elle parle de moi et de la révolution à l'intérieur de moi.

Est-ce que toutes les paroles de l'album vont dans ce sens ?

Oui, les paroles suivent un ordre chronologique, dans la transition du fait de me perdre, de ce qui s'est après jusqu'à ma renaissance et de mon parcours pour me retrouver.

D'où le fait que Hymns for the Broken commence avec "King of Errors" ?

Oui, "King of Errors" parle des individus qui se montrent comme les rois du monde sur internet, mais qui ne montrent pas tout. Nous ne montrons qu'une seule partie de nous et c'est celle qui réussit, qui est la plus positive, pour que les gens s'y mesurent. C'est dangereux, parce que les jeunes d'aujourd'hui se mesurent à une image faussée du monde, parce que tout le monde se montre au meilleur point, mais personne ne se montre au plus mal, quand ils sont tristes, ou quand ils ont perdu un proche. Ça arrive, mais c'est rare. Les gens cachent leur misère, ils cachent leur solitude et tout ce qui les rend petit. Pourtant, c'est ce que nous sommes tous. "King of Errors" montre ça, le fait de se sentir au sommet du monde et, la seconde d'après, de tomber dans l'obscurité. Vu que je parle de moi, c'est facile de m'y référer et d'expliquer aux autres que, qu'importe où tu te trouves dans le monde, dans n'importe quelle situation, pris dans une guerre par exemple, il y a toujours quelqu'un qui vit la même chose que toi et peut te soulager de ton fardeau.

Cela semble bien exprimé dans le clip, est-ce que tu l'as travaillé avec Patric Ullaeus (réalisateur) ?

Oui, nous sommes de bons amis. Cela faisait huit ans que nous parlions de cette scène en haut de la grue, mais nous n'avions jamais eu la permission de le faire. Maintenant, le propriétaire a changé, du coup ça s'est décoincé. J'adore cette idée de nous montrer le plus cool possible, pour ensuite se retrouver dans cette rivière. Je me suis presque noyé dedans ! Le sac que je portais était rempli d'eau et je dérivais. On me voit en train de vraiment paniquer dans le clip.


Cela fait longtemps que vous travaillez avec Patric. Parle-nous de votre collaboration.

Oui, il a fait son premier clip pour nous en 2004 [pour "A Touch of Blessing"], il a réalisé notre DVD A Night to Remember et tous nos clips depuis. Nous avons beaucoup de chance qu'il soit fan d'Evergrey et qu'il veuille bien travailler avec nous aussi souvent que nous le voulons. Attention, il ne le fait pas gratuitement ! [rires] C'est quelqu'un qui comprend ma vision des choses et qui est capable de les transposer à la réalité pour que les gens comprennent ce que je veux dire.

Parle-nous de ton approche vocale. As-tu des inspirations hors metal ?

En fait je n'en ai aucune idée. J'ai commencé à chanter parce qu'on m'a dit de le faire quand notre chanteur est parti, c'était deux mois avant qu'on enregistre notre album. J'ai écouté des groupes comme Pink Floyd, Dire Straits, Yngwie Malmsteen's Rising Force, Europe, Queen… C'est assez varié, mais j'ai commencé à chanter suite à un concours de circonstances. Bruce Dickinson (Iron Maiden) était mon frontman préféré, mais je n'avais jamais pensé à qui m'avait inspiré.

Evergrey n'est pas passé loin du split. Parle-nous en.

Quand Hannes est parti rejoindre Sabaton, nous avons fait ces deux concerts avec Jonas, et nous nous sommes dit que c'était peut-être fini, peut-être avions nous écrit la conclusion de l'histoire. Ce n'était pas triste ou désespéré, c'est juste qu'on s'est dit que c'était peut-être le moment d'arrêter. C'était agréable. J'ai fait ça pendant 18 ans, sorti huit albums, un DVD, un album live, c'est quelque chose ! Peut-être devais-je faire autre chose. Mais ensuite, tous ces événements se sont enchaînés et nous avons compris que ça nous manquait de jouer ensemble. Mais nous n'avions pas pensé à rejouer ensemble. C'est étrange. Il y a un an, je n'aurais jamais pensé être là à promouvoir un album. Et nous y voilà, la vie est bizarre parfois.

Du coup, qu'en est-il d'une éventuelle prochaine tournée ?

Nous n'en avons pas parlé pour l'instant. Dans un premier temps, nous voulions voir les réactions suite au clip de "King of Errors". Elles ont été incroyables, mais on attend maintenant les réactions concernant l'album. De fait, nous n'avons pas d'agence de booking en ce moment, c'est un choix. Si, à sa sortie, les fans se mettent à détester l'album, il aurait été bête de booker deux mois de tournée en Europe et en Amérique. Tout le monde fait ça et nous voulons être un peu plus intelligents cette fois-ci, savoir où tourner. Nous ne sommes pas pressés, ça ne nous a pas servis par le passé, de foirer une tournée sur le plan financier. Il faut que nous présentions Evergrey comme nous le souhaitons, dans de bonnes conditions. Cela veut dire que nous ne ferons probablement pas de première partie cette fois-ci.

Oui, d'ailleurs, la dernière fois que vous avez tourné en salle en France, c'était en première partie de Kamelot en 2011.

C'était une bonne tournée cela dit. Mais nous voulons avoir notre propre tournée. Après, si Iron Maiden nous propose de tourner avec eux, nous allons peut-être revoir la chose ! [rires]
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