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Steve Lukather (guitariste de Toto), pour son nouvel album solo


A l'occasion de la sortie de son nouvel album solo intitulé Transition, j'ai eu la chance de m'entretenir avec Mr Steve Lukather, musicien au palmarès plus qu'impressionnant et à la personnalité haute-en-couleur. Chaleureux et doté d'un humour désopilant, celui que l'on surnomme volontiers 'Luke' n'est jamais avare en histoires et anecdotes intéressantes, qui donnent à chaque rencontre l'impression d'être devant un livre ouvert. Tête-à-tête avec un grand monsieur de la musique.



Tes albums précédents étaient intitulés Ever Changing Times (2008), et All's Well That Ends Well (2010). Aujourd’hui tu nous reviens avec ton septième album solo intitulé Transition : il semblerait que les notions de changement, de fin de cycle, de mue soient très présentes dans ton œuvre discographique dernièrement. Pourquoi ?

Luke : Et bien c’est tout simplement le récit de ma vie ces quatre-cinq dernières années. Elle a littéralement explosé et implosé, et j’ai dû passer par une étape de transition avant de pouvoir renaître. Une transition de mon ancienne vie, mon ancienne façon de penser, vers un tout nouvel état d’esprit. Dernièrement, j’ai perdu des choses qui signifiaient beaucoup pour moi : ma mère, mon mariage, j’ai vu de très bons amis devenir malades, comme mon frère spirituel Mike Porcaro (bassiste emblématique de Toto) atteint d’ALS (autrement connue sous le nom de "maladie de Lou Gehrig", la maladie de Jason Becker également, sorte de sclérose en plaque particulièrement critique). Certains autres amis sont morts dernièrement, tout cela m’a profondément déprimé et j’y ai laissé mon cœur et mon âme dans le processus. Mais, paradoxalement, je suis aussi devenu papa pour la quatrième fois. C’était le cadeau ultime de mon dernier mariage. J’étais aussi en très mauvaise santé dernièrement, je ne m’entretenais pas, j’avais vraiment l’air affreux, même mes cheveux tombaient… Mais là tu peux toucher, ils ont repris du poil de la bête ! J’ai cassé ce cercle vicieux, ai mis fin à toutes mes mauvaises habitudes, à l’alcool et la cigarette, car j’ai réalisé que quelque chose de fâcheux allait se produire si je continuais à ce rythme là. Or, j’avais trop de raisons de vivre. Mine de, il m’aura fallu quelques années pour remonter la pente, refaire briller l’étincelle dans mes yeux, et me sentir inspiré à nouveau. Mon nouveau disque relate ni plus ni moins que cette période de transition.


Tes trois derniers albums solo correspondent donc à une sorte de trilogie ?

Luke : Ever Changing Times et All Is Well That Ends Well sont les deux premiers épisodes de cette trilogie qui se termine donc aujourd’hui avec Transition. Ever Changing Times correspond pour moi au début d’un travail de fond sur mon chant, ce disque a également un côté plus ‘Toto-esque’. All Is Well marque le début de ma collaboration avec CJ Vanston (claviers, co-composition, co-production, et mix). La nouvelle équipe qui m’encadre m’a aidé à trouver ma voix, car sur ces disques je n’ai pas tenté de faire du jazz fusion, du blues, ou une musique plus hard rock encore. Je n’ai pas tenté de me donner un genre, il s’agit juste de moi, en tant qu’artiste solo, poursuivant mon instinct musical. Je ne voyais pas l’intérêt de faire un disque pour épater la galerie, car tellement d’autres le font, et mieux que moi. J’ai juste essayé d’être fidèle à moi-même, et exprimer ma manière de voir les choses, mes impressions sur la vie distillée par la télévision, les médias, ce que moi je vois au quotidien, etc… Ce sont des albums matures et posés.

 



Je pense cependant qu’indépendamment de l’âge, beaucoup de gens peuvent s’identifier à ton propos à travers ces divers albums. Même pour une jeune vie comme la mienne, je peux t’affirmer que j’ai vu beaucoup de choses ces dix dernières années…

Luke : (éclat de rire) Ha ! Je pense que dans la vingtaine tu es invincible, et invisible aussi ; dans la trentaine tu commences à te demander « ok, qu’est-ce que je fous là ? » ; dans la quarantaine tu te questionnes sur une jeunesse qui n’est plus vraiment là ; et puis dans la cinquantaine comme moi, tu te dis « j’ai intérêt à entamer des changements et à tenir le bon bout, sinon je suis fichu ». Les gens ont tendance à croire que tout est facile pour un musicien ayant accompli un certain niveau de succès, mais rien n’est moins vrai. On me dit souvent « mais qu’est-ce que tu sais, toi, des difficultés de la vie ? ». Ils doivent penser que je me ballade en limousine, que les gens crient sur mon passage… Certes j’ai la chance de jouer et de parcourir le monde avec ma musique, mais la réalité est tout autre que la version « tabloid » par laquelle les gens sont obnubilés. C’est beaucoup de travail la musique, mais aussi une énorme charge émotionnelle, et un sentiment très fort d’isolation parfois. Les gens ne prennent en considération que les deux heures dans la vie d’un artiste où il est sur scène et que les gens l’acclament, mais ils ne pensent pas une seule seconde au côté obscur des choses : je suis loin de ma famille constamment, ma maison est cette chambre d’hôtel impersonnelle où je te reçois maintenant, je traverse des périodes de très-haut et des périodes de très-bas, et c’est la raison pour laquelle nous avons tous recouru à un moment ou à un autre à l’alcool et autres substances psychotropes, afin de remplir ce vide émotionnel. Cette année, j’aurais été sur la route deux-cent jours, tu peux essayer de le faire toi ?

C’est la raison pour laquelle tu te fâches dans une chanson comme Judgement Day, ou Creep Motel justement ?

Luke : Oui car ma vie occasionne un coût énorme, matériellement et émotionnellement, je travaille dur, et c’est souvent pour qu’après un type à distance me balance sur internet : « je ne t’aime pas, tu es moche ». Si je tombe de l’escalier, je les vois déjà en train de me pointer du doigt et rire à gorge déployée, au lieu de m’aider. Tu as des moments de bad dans la vie, où tu ne ris pas de la chute d’escalier car tu sais précisément la douleur que cela occasionne, tu revois ton bras en train de se casser, etc… Et bien beaucoup de malins repassent ta chute au ralenti et se contentent d’appuyer sur le bouton ‘like’, ‘dislike’. Mais bordel, qu’est-ce que ça veut dire ce ‘fucking like / dislike’ ? Et ils n’ont aucun scrupule à te lâcher en pleine face, via ordinateur interposé, un petit « tu pues mec ». Ca me blesse tout ça. D’une manière générale, je trouve les gens de plus en plus blasés, fâchés et frustrés également. Beaucoup de négativité circule ces temps-ci. Je ne sais pas… Ou alors peut-être que, comme nous avons internet maintenant, on peut connaître plus facilement la pensée des gens, car tout est devenu public en un clic ? Tandis qu’avant tu n’avais pas beaucoup de moyens de savoir ce que les gens pensaient ?

 



Ici, en France, beaucoup de gens te connaissent par le biais de Toto, mais ignorent que tes comparses de Toto & toi-même avez été des musiciens de session extraordinairement prolifiques jusqu’à maintenant : vous êtes en réalité derrière toutes les productions musicales  majeures de ces trente dernières années, tous styles confondus. Vous avez bossé avec Michael Jackson, Elton John, Paul MacCartney, Cher, Earth Wind & Fire par exemple, pour n’en mentionner qu’une toute petite poignée.

Luke : Pour ma part, j’ai joué sur environ mille disques en tant que guitariste de session. Pour les trente-cinq ans de Toto, on est actuellement en train de nous concocter une sorte d’arbre généalogique qui retracera nos pérégrinations discographiques. Je crois que tous réunis, ça nous amène à huit-mille albums environ pour lesquels nous avons participé. J’ai vu l’ébauche de l’arbre, et en revoyant les noms et logos des artistes en question, je me suis dit « Merde ! Ce sont des albums qui se sont avérés majeurs en fait ! ». Je pense que c’est un évènement sans précédent dans l’histoire de la musique. A ma souvenance, aucun groupe n’a fait ça. Et je ne te dis pas ça pour me faire mousser, car je me fiche pertinemment de gagner un Award, ou qu’on nous attribue une place dans le Hall Of Fame. Mais la seule chose que j’aimerais entendre un peu plus souvent est : « Tu sais quoi ? C’est cool ta musique. Peut-être pas ma tasse de thé, mais je reconnais que tu as bien roulé ta bosse ». Et puis je pense que c’est déjà pas mal que nous arrivions encore à être pertinents sur la scène artistique après toutes ces années. Nous n’avons jamais été fashion, on n’a jamais eu de coupes de cheveux extravagantes. On s’est contentés d’être là, au bon moment.
 

J’ai lu sur ton site internet que tu étais en train d’écrire ton autobiographie actuellement. Ce sera très intéressant de lire ton histoire jusque-là ! Tout particulièrement pour les musiciens aspirants. Peux-tu m’en parler un peu ?

Luke : Oui c’est exact. Je suis en train de rédiger mes mémoires depuis quelques temps, et pour ce-faire je suis épaulé par un ami de très longue date, en qui j’ai totalement confiance. Il était rédacteur en chef du magazine RIP dans les années 90, par ailleurs. Nous sommes en train de compiler toutes mes aventures musicales, y compris celles dont je te parlais plus haut, évidemment. Je suis un lecteur avide, pour ma part, et particulièrement friand de biographies et d’autobiographies. Je trouve que c’est infiniment plus intéressant que de regarder des conneries comme les téléréalités. C’est un concept que je ne comprends d’ailleurs pas… Qu’y a-t-il de divertissant dans le fait de regarder des gens pleurer, désenchanter et voyant leurs rêves s’écrouler devant eux ?

 

Les dinosaures de la musique : Mike Porcaro (basse), Bobby Kimball (chant), Steve Lukather, David Paich (claviers et choeurs), Simon Phillips (batterie), Greg Phillinganes (claviers et choeurs)



Qu’en est-il de Toto ? Vous allez entamer une nouvelle tournée !

Luke : Nous avons traversé une période difficile de démêlés judiciaires pour savoir qui possède le nom ‘Toto’. Ça n’est à présent pas vraiment fini, mais cela ne va pas nous empêcher de repartir en tournée pour les trente-cinq ans d’existence du groupe, prochainement.


Comment va Mike Porcaro ?

Luke : Pas très bien. La tournée se fera sans lui, c’est Nathan East qui le remplace (musicien de très haut-vol également, cf. ma chronique du nouvel album de Luke). Il est à présent en chaise roulante, et son état se rapproche de plus en plus de celui de Jason Becker. A chaque fois que je vais le voir, nous fondons tous deux en larmes… Il ne pourra plus jamais jouer de la basse, il ne peut déjà plus se gratter le cul…

 

Steve Lukather, son fils Trevor Lukather (qui joue et a composé pour Transition) et Mike Porcaro (basse)



Pour finir : sur ton dernier album, tu as choisi de faire une magnifique reprise de la chanson "Smile", que Charlie Chaplin avait composé pour son film Les Temps Modernes. Elle avait également été reprise, il y a dix-sept ans, sur l’album HIStory de Michael Jackson, sur lequel tu joues d’ailleurs. Tu l’as fait exprès ?

Luke : Non, même pas ! J’avais oublié justement ! En fait, c’est une chanson-hommage à ma mère. Elle adorait la musique instrumentale, et tout particulièrement la musique qui évoquait des temps révolus. Elle était très jeune quand elle m’a eu, elle n’avait que vingt ans, et pourtant elle n’écoutait pas vraiment la radio comme tous les jeunes de son âge, mais plutôt des ‘musiques de vieux’. Je me rappelle très bien, bien que ce ne soient que des mémoires de bébé, qu’elle me passait ces disques. Je me rappelle de cette magie, et elle m’a affecté à un niveau physiologique je pense. Et puis en grandissant j’ai découvert les Beatles au Ed Sullivan Show, et là ça a été la révélation pour moi ! A partir de là, j’ai compris quelle était ma voie dans la vie. Si j’avais su que des années plus tard, je bosserai avec mes héros, Paul MacCartney et puis lui là (Luke me montre fièrement son magnifique tee-shirt avec la tête de Ringo Starr !)… Mon héros, mon ami, je l’adore ! C’est un homme sage, avec beaucoup d’humour, et puis il n’est pas très âgé en fin de compte : il n’a que soixante-douze ans, mais c’est un géant. Travailler avec des gens comme lui, c’est travailler avec des rois, vraiment. Pour revenir à "Smile", c'est une chanson qui me représente tellement... Du coup, Michael Jackson a dû s'y identifier énormément aussi... Les paroles, dans la version avec paroles (crée pour Broadway, et que MJ a repris donc) sont : "Smile, though your heart is aching, smile, even though it's breaking (...) smile and maybe tomorrow, you'll find that life is still worthwhile" ("souris, même si ton coeur a mal, souris, même s'il est en train de se briser (...) souris et peut-être que demain, tu trouveras que la vie vaut toujours d'être vécue"). Sur scène comme en dehors, nous avons toujours dû garder le sourire, en tant que personnages publics. Même si notre coeur était parfois en train de se briser, le show devait continuer. Je me suis souvent senti comme un clown qui sourit tout le temps...
 



Steve Lukather et votre serviteur



Steve sera en concert au Bataclan le Jeudi 28 Mars prochain ! Achetez vos billets maintenant !

Steve également en concert avec les géants de Toto le Jeudi 13 Juin prochain au Zénith ! Achetez vos billets maintenant !

Autres dates dans toute la France



Liens : 
www.stevelukather.net
http://www.totoofficial.com/

 

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