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Adrian Vandenberg pour son nouveau groupe Moonkings

"Il fallait que je reste sincère avec ma musique"
 

Adrian Vandenberg, guitariste qui s'est notamment illustré au sein de Whitesnake, sort un album avec un tout nouveau groupe, Adrian Vandenberg's Moonkings 16 ans après son dernier enregistrement studio en date. A cette occasion, il a expliqué à La Grosse Radio ses motivations pour refaire de la musique, a évoqué ses méthodes, ses influences, sans oublier le reste de sa carrière.


Bonjour Adrian, merci de nous accorder cette interview avant ta prochaine date en France le 26 avril prochain.  Qu’est-ce que ça te fait de revenir après tout ce temps ?


C’est vrai que ça fait longtemps. Je crois que je n’ai joué qu’une fois en France pour un concert acoustique. J’espère pouvoir revenir vite après cette date, car avec cette tournée qui s’annonce, je ne pourrai que passer brièvement par Paris. Du coup, j’espère faire plus de dates en France par la suite. Je suis un grand francophile, j’ai une maison au Cassis Blanc, près de Cahors, j’essaie d’y aller le plus souvent possible, malgré mon emploi du temps chargé en ce moment.

As-tu des projets de dates en festival ?

Nous en avons quelques-uns en Belgique, nous travaillons actuellement sur des dates en Allemagne mais nous sommes un peu en retard à cause de la date de sortie de l’album, puisque la plupart des affiches de festivals sont déjà bouclées. S’il y a un désistement pour le Hellfest, ça nous dirait bien de le remplacer, parce que l’affiche est excellente cette année !

D’ailleurs, qu’est-ce que ça fait de ressortir un album 16 ans après le précédent ?

Cela fait beaucoup de bien. Je ne pensais pas que cela prendrait autant de temps. J’ai passé beaucoup de temps sur mes peintures, mais il se trouve que j’ai eu une fille en 1999, quand j’ai arrêté de tourner. Sa mère et moi nous sommes séparés quelques années après, donc je ne peux pas voir ma fille aussi souvent que je veux, et je ne veux pas être un de ces pères que la fille ne vois jamais, je voulais la voir grandir. Je voulais aussi qu’elle soit assez grande pour comprendre le métier de son papa. Elle a 14 ans maintenant, elle m’a déjà vu jouer et trouve ça cool, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années. Une autre chose importante, j’attendais que cette petite voix dans ma tête me dise "Adrian, il faut que tu t’y mettes !", et j’ai senti que c’était le bon moment. J’ai décidé de recommencer l’esprit tranquille, avec des idées fraiches et une vision claire de ce que je voulais faire, sans subir la pression d’une maison de disques. Je voulais recommencer à faire de la musique que j’aime et parce que j’aime en faire, sans avoir une autre raison pour en faire. Le patron du label m’a d’ailleurs laissé carte blanche. Du coup, Moonkings est mon album préféré parmi ceux que j’ai fait.

Adrian Vandenberg's Moonkings


Est-ce que les chansons qui s’y trouvent ont été écrites spécialement pour ce disque ou y a-t-il des idées que tu avais conservées pendant des années ?

Elles ont toutes été écrites pour ce disque en un an et demi environ. Avant de m’y mettre, je n’avais pas vraiment écrit de chansons rock, juste un peu de musique jazz ou autre… Du coup, j’étais moi-même curieux de ce qui allait en sortir, car, d’une certaine manière, je reconstruisais mon style. Mais, je sais de ma propre expérience qu’il fallait que je reste sincère avec ce que je faisais, il fallait que je fasse un disque que j’aimerais acheter, avec la musique que j’aime. Souvent, on voit des albums sur-produits ou sous-produits, ou qui appliquent une formule bien précise. Je voulais garder mon esprit ouvert et laisser toutes mes influences se mélanger. Je suis très content du résultat parce que l’album est fini depuis fin 2013 et je n’ai pas arrêté de le faire tourner dans ma voiture depuis, et je l’adore toujours ! D’habitude, une fois que tu as fini un album, tu le laisses après quelques écoutes, parce que tu l’as écouté tellement de fois que ça t’ennuie. Surtout dans mon cas, parce que j’ai beaucoup travaillé sur les démos, je voulais une image précise de ce que les chansons allaient donner.

Du coup, tu as écrit toutes ces chansons seul ?

Oui, c’est de cette manière que j’aime procéder. La seule fois où j’ai écrit avec quelqu’un, c’était avec David Coverdale de Whitesnake. Lui et moi sommes restés de bons amis pendant toutes ces années. Il a d’ailleurs continuellement essayé de me pousser à faire un album pendant ce temps. Quand je lui ai dit que je me mettais à faire cet album, il m’a dit que ce serait un honneur pour lui de pouvoir chanter une chanson dessus. Je lui ai dit que ce serait aussi un honneur pour moi. Il a beaucoup tourné ces derniers temps, du coup, écrire une nouvelle chanson ensemble était impossible. Mais j’ai toujours voulu enregistrer une nouvelle version de la chanson "Sailing Ships". Sur Slip of the Tongue, je la trouvais trop facile et en live je la trouvais trop dépouillée, il me fallait quelque chose entre les deux, quelque chose de plus lent et plus mélancolique.

A-t-il essayé de te faire revenir dans Whitesnake ?

Oui, quand il a reformé le groupe en 2002, il m’en a parlé, mais, à cette époque, ma fille n’avait que trois ans, et je savais qu’avec Whitesnake, la tournée prendrait un an ou plus et l’écriture prendrait beaucoup de temps aussi. Je me souviens avoir passé 10 ou 11 mois chez David pour écrire. Donc je n’aurais pas pu voir ma fille et, de plus, j’avais déjà pris des engagements pour exposer mes peintures, et cela se décide un an à l’avance. Donc J’ai continué dans cette voie, mais nous n’avons jamais perdu contact avec David pendant tout ce temps.

Adrian Vandenberg's Moonkings



Les musiciens de ton groupe sont plus jeunes et pas aussi connus que toi. Comment les as-tu trouvés ?

Ils viennent de ma ville, Enschnede ! Tout est un concours de circonstances. Nous avons une équipe de football, FC Twente, qui est passée au rang national il y a deux ans. Pas que je sois un gros fan de ce sport, mais tout le monde est fier d’eux depuis qu’ils ont obtenu ce statut. Avant cela, ils m’avaient demandé d’écrire une chanson pour eux, mais j’avais refusé parce qu’il fallait des paroles en néerlandais et ce n’est pas vraiment ce que j’aime faire. Une fois qu’ils sont devenus champions, ils m’ont redemandé et j’ai pensé que ce  serait le bon moment, puisqu’ils allaient jouer en Europe, donc je peux y mettre des paroles en anglais. J’ai précisé dès le départ que je ferais un genre d’hymne de stade et pas quelque chose dont j’aurais à rougir plus tard [rires]. Du coup, j’ai écrit cette chanson en faisant un gros clin d’œil à "We Are the Champions" de Queen et je me suis à la recherche d’un chanteur. J’avais quelques vues sur des chanteurs américains, mais c’était compliqué sur le plan logistique, parce qu’il fallait soit aller jusque là-bas, soit le faire venir jusque chez moi et le loger, donc j’ai préféré chercher quelqu’un près de chez moi. Il se trouve que je n’avais pas été voir du côté de la scène hollandaise depuis 1986, quand j’ai rejoint Whitesnake. Je me suis  souvenu d’un live report d’un concert de Whitesnake vers chez moi qui encensait le chanteur du groupe en première partie, Jan Hoving. Cela m’a mis la puce à l’oreille, je l’ai cherché et je l’ai trouvé à une heure de chez moi. Il vit dans une immense ferme, il y cultive plein de trucs. On s’est tout de suite bien entendus, d’autant que c’est un grand fan de Whitesnake. Ça s’est tellement bien passé avec la chanson sur l’équipe de football que j’ai décidé de le garder pour mes autres chansons. J’ai découvert Sem Christoffel et Mart Nijen Es, le bassiste et le batteur dans un télé-crochet, il y a 10 ans, alors qu’ils n’avaient que 13 ans. Le batteur jouait comme un noir de 50 ans, avec beaucoup de groove. Maintenant, il est grand musclé et couvert de tatouages. Pareil pour le bassiste. Lorsqu’on s’est retrouvés, je leur ai aussi demandé de jouer avec moi pour cette fameuse chanson. Tout s’est tellement bien passé que je n’ai pas eu besoin de faire d’audition, malgré le fait que pas mal de personnes se soient présentées d’elles-mêmes.

Du coup, tu comptes les garder avec toi ?

Oui, je maintiendrai ce groupe aussi longtemps que possible. L’atmosphère est très bonne et ces musiciens sont mes préférés parmi tous ceux avec qui j’ai joué. Sem et Mart écoutent les mêmes groupes que moi. Par exemple, les héros de mon batteur sont John Bonham, mais aussi Dave Grohl. Il a commencé à jouer avant de commencer à marcher ! Sem vient d’une famille de musiciens, les deux ont l’esprit ouvert et n’ont pas de limites. En répétition, on joue bien ensemble, et on s’amuse beaucoup aussi, ce sont deux éléments essentiels dans un groupe. Je ne veux pas d’un projet solo, mais d’un vrai groupe. Dans cette optique, je fais en sorte que mes solos soient courts. Pour moi, si tu n’es pas capable de raconter une histoire avec un solo de 20 secondes, tu te trompes. Je n’aime pas les albums instrumentaux, hormis Jeff Beck, parce qu’ils jouent pour des musiciens. Tu regardes leur public, il y a peut-être 10 filles dans la salle et elles sont toutes maquées avec un guitariste ! [rires] C’est bien, mais ça ne procure pas les mêmes sensations qu’un concert de rock. Du coup, je veux exprimer ce que je veux exprimer à travers mes chansons, et pas juste pour moi-même.

D’ailleurs, d’où vient le nom Moonkings ?

Je ne voulais pas appeler mon groupe Vandenberg, pour ne pas qu’on s’attende à ce que je joue ce que je faisais avant sous ce nom. Je jouerai sûrement deux ou trois chansons de cette époque en live, parce qu’on n’a pas de quoi remplir une setlist avec un seul album. Il y aura aussi un peu de chansons de Whitesnake dedans. C’est mon passé et j’en suis fier, mais je préfère aller de l’avant. En réfléchissant à un nouveau nom, je me suis rendu compte que je travaillais mieux la nuit, au calme. Je suis aussi assez attiré par le ciel, cela se ressent dans mes peintures réalistes, dans lesquelles le ciel prend deux tiers de la toile. Cela m’inspire beaucoup, d’ailleurs, quand c’est la pleine lune, j’aime éteindre les lumières chez moi et rester dans la lumière qu’elle provoque. Donc j’opère la nuit, comme une chouette, c’est pour ça que j’en ai mis une dans le logo. Enfin, le mot "Kings" dans Moonkings donne de la puissance à l’ensemble

Adrian Vandenberg's Moonkings



Parle-nous de tes influences dans ce disque.

Une chose que qui m’avait embêtée pendant que j’étais dans Whitesnake était que tu ne devais jamais t’éloigner du style du groupe. Cela ne m’empêchait pas d’aimer écrire des chansons avec David ! Mais quand les fans de rock aiment un artiste, ils n’aiment pas trop qu’il prenne trop de directions différentes. Mais je voulais explorer des choses différentes, pas que cet album soit fondamentalement différent de ce que j’ai fait auparavant, mais toutes mes influences se retrouvent naturellement dans ces chansons, comme Led Zeppelin, Free, Stone Temple Pilots, Kings of Leon, ou Foo Fighters. J’aime les groupes récents, mais mes racines musicales sont dans les années 70. Du coup, j’essaie de faire un pont entre cette époque et maintenant. Je me suis demandé comment les musiciens de Led Zeppelin sonneraient s’ils avaient 23 ans maintenant. Je pense que leur son serait frais et rentre-dedans, Jimmy Page était quelqu’un de très intelligent, qui a trouvé un son de batterie que personne n’utilisait et qui est encore d’actualité. J’ai voulu pousser cet aspect punchy encore plus loin, c’est d’ailleurs pour ça que j’aime des groupes comme Foo Fighters et Queens of the Stone Age, tu as l’impression qu’ils jouent juste à côté de toi. Il y a d’autres groupes qui ont leurs racines dans les années 70, comme The Answer ou Rival Sons. Ils sont très bons, mais ils veulent sonner comme à l’époque. Je trouve cela étrange, il faut vivre avec son temps, nous n’utilisons plus de téléphones cloués au mur ! J’essaie de garder le meilleur de ces deux époques, en utilisant des techniques actuelles, notamment dans le mixage, pour qu’on ait l’impression que le groupe joue juste devant toi dans une salle de répétition. C’est plus intense et plus intime musicalement.

Je te laisse conclure.

J’espère vous voir bientôt au concert à Paris le 26 avril et j’espère que mon nouvel album vous plaira. Au revoir !

 
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