Quatre ans après The Great Heathen Army, les drakkars d’Amon Amarth reprennent la mer. Pour son treizième album, la formation suédoise invoque une nouvelle fois Odin et les récits nordiques au sein d’un melodic death metal dont elle maîtrise chaque rouage. Mais derrière les riffs guerriers, les mélodies épiques et la voix caverneuse de Johan Hegg, The Allfather Awakens laisse aussi entrer quelques vents nouveaux. Suffisamment pour réveiller le Père de Tout ?

Depuis plus de trente ans, Amon Amarth occupe une place particulière dans le paysage metal. Il suffit aujourd’hui de quelques secondes, d’un riff mélodique et du grondement de Johan Hegg pour voir apparaître les drakkars, les champs de bataille et les silhouettes des dieux nordiques. Une identité si puissante qu’elle constitue à la fois la plus grande force du groupe et son principal défi : comment continuer à naviguer lorsque l’on connaît aussi bien les eaux que l’on traverse ?
Pour The Allfather Awakens, les Suédois ont légèrement modifié leur manière de travailler. L’écriture commence directement pendant les tournées avant deux périodes d’enregistrement espacées de plusieurs mois chez Jacob Hansen, au Danemark. Surtout, chaque morceau est travaillé puis enregistré jusqu’à son achèvement avant que le groupe ne passe au suivant. Une approche plus compartimentée qui explique en partie le caractère très individuel des dix compositions.
Les guitares abandonnent également une partie de leur modernité sonore : Olavi Mikkonen et Johan Söderberg délaissent les amplis 5150 pour revenir vers des Marshall. Le changement ne bouleverse pas l’identité d’Amon Amarth mais apporte un grain plus organique et chaleureux à des riffs qui restent massifs. Derrière eux, la basse de Ted Lundström soutient l’ensemble tandis que la batterie de Jocke Wallgren retrouve une agressivité bienvenue. Et lorsque retentit « Gjallarhorn », personne ne risque de confondre ce navire.
Un riff immédiatement entraînant ouvre les portes du récit tandis que Johan Hegg raconte la marche d’Odin jusqu’au puits de Mímir. Le Père de Tout recherche la connaissance, mais la sagesse possède ici un prix : son œil. Le texte déroule ce sacrifice comme une véritable petite saga, jusqu’au moment où Odin réclame lui-même le couteau qui scellera le marché. Musicalement, « Gjallarhorn » possède tout ce que l’on attend d’un morceau d’ouverture d’Amon Amarth : guitares mélodiques, batterie galopante, refrain taillé pour les grandes scènes et cette capacité à rendre immédiatement épique une progression pourtant relativement simple.
Le galop devient ensuite littéral avec « Eight Legs of Thunder ». Le riff imaginé par Johan Söderberg a directement inspiré à Hegg l’histoire de Sleipnir, monture à huit jambes d’Odin. La section rythmique reproduit musicalement sa course vers Vígríd, où se joue le Ragnarök. Les guitares avancent par grandes foulées, Wallgren martèle le galop et les mélodies viennent survoler la mêlée. Amon Amarth connaît parfaitement cette recette et l’exécute avec une efficacité redoutable.
« Kvasir’s Blood » change légèrement de lumière. Plus sombre et pesant, le morceau raconte le meurtre de Kvasir avec des guitares menaçantes avant de laisser surgir des lignes mélodiques qui apportent au morceau une intéressante atmosphère.
Puis arrivent les Vikings. « We Rule the Waves » ne s’embarrasse pas vraiment de subtilité. Drakkars, épées, côtes pillées, Vinland et refrain proclamant l’identité viking : tout le cahier des charges est là. Le morceau est ouvertement conçu comme un hymne et son refrain possède tout ce qu’il faut pour faire lever quelques milliers de cornes à boire en festival. Cela fonctionne, parce qu’Amon Amarth sait mieux que beaucoup comment fabriquer ce genre de rouleau compresseur fédérateur. Mais c’est également ici que les limites de la formule apparaissent : après treize albums, certains rivages ont déjà été visités plusieurs fois. Et c’est précisément à cet instant que les armes se taisent.
Quand les guerriers s’assoient autour du feu
« Upphaf » constitue la véritable surprise de l’album. Pour la première fois, Amon Amarth propose un morceau entièrement acoustique. Le groupe délaisse le mur de guitares saturées pour laisser les cordes acoustiques installer une atmosphère de veillée. Les chœurs graves introduisent ensuite ce sentiment de communion et d'atmosphère nocturne avant de laisser Johan Hegg en conteur de la tribu.
Le morceau ne ressemble donc pas à une ballade metal conventionnelle. On imagine davantage une longue maison plongée dans la pénombre, quelques flammes et une histoire transmise autour du foyer. Après quatre titres construits autour d’une puissance très familière, cette simplicité fait un bien fou. Et surtout, elle prouve qu’Amon Amarth peut être pagan sans avoir besoin de brandir une hache à chaque mesure.
La quiétude ne dure évidemment pas. « Die With a War Cry » fracasse immédiatement la porte. Les guitares retrouvent leur poids, la batterie repart à l’assaut et Johan Hegg transforme le morceau en appel à tenir debout face à l’anéantissement. Avec « Raven God », Odin reprend pleinement possession du disque avec un titre plus posé, construit autour d’un refrain ample où les mélodies des guitares d’Olavi Mikkonen et Johan Söderberg prennent davantage d’espace.
Le morceau-titre « The Allfather Awakes » quitte ensuite partiellement le récit mythologique tout en gardant le galop de ses guitares. Le couplet fait lentement monter la tension jusqu'à arriver à un refrain court dont la progression harmonique saura pourtant marquer l'écoute. La construction reste simple et enchaine avec un solo court également. Après un moment fait pour faire lever le poing au public lors de futurs concerts on retrouve le refrain qui vient clôturer le morceau. Rien de nouveau mais ça fonctionne du début à la fin.
« Oden’s Hunt » accélère et nous replonge ensuite dans quelque chose de beaucoup plus sauvage. La batterie de Jocke Wallgren lance une véritable chasse, la double grosse caisse donnant au morceau une urgence qui tranche avec plusieurs passages mid-tempo précédents. Le texte participe pleinement à cette course : aboiements dans la nuit, ciel chargé, huit sabots qui approchent et cette sensation d’être poursuivi par quelque chose auquel personne ne souhaite réellement faire face. Le morceau possède ainsi une noirceur qui entraine l'auditeur dans une imagerie folklorique sombre et dangereuse notamment avec ses choeurs incantatoires.
Du serpent à l’aigle
Il reste alors « Ascending Like an Eagle », une "longue" pièce pour refermer le voyage. Et ce dernier chapitre possède une particularité importante : il prolonge directement « The Serpent’s Trail », morceau de The Great Heathen Army.
Après une traversée entre vie et mort, glace et flammes, le protagoniste remonte des profondeurs. Le serpent et l’aigle finissent par fusionner pour former le dragon : une image de transformation qui donne au dernier morceau une dimension beaucoup plus spirituelle que ce que la musique, puissante, pourrait nous laisser penser.
Musicalement, son format plus long permet au groupe de desserrer un peu les rênes. Les mélodies respirent davantage et la construction prend le temps d’accompagner cette ascension plutôt que de courir immédiatement vers le prochain refrain. Une belle manière de fermer les portes du Valhalla.
Après plus de trente années passées à naviguer sur les mêmes mers, Amon Amarth n’a évidemment plus besoin de prouver qu’il sait manier le melodic death metal épique. The Allfather Awakens ne constitue ni une révolution ni une nouvelle route vers des terres inconnues. Certains refrains sentent même fortement le bois d’un drakkar qui a déjà effectué quelques campagnes. Mais le navire avance encore avec une sacrée puissance et l'album entier est agréable à parcourir de nombreuses fois.
Le son plus organique des guitares, l’agressivité retrouvée de certains morceaux et surtout les respirations apportées par « Upphaf » montrent une formation capable d’entrouvrir les portes de son immense forteresse sans renier ce qui l’a construite. Le plus intéressant se trouve finalement dans ces quelques instants où le groupe dépose les armes. Car lorsque cinq Vikings capables de faire ramer une fosse entière décident simplement de s’asseoir autour du feu pour raconter une vieille histoire, on tend encore l’oreille.
Points forts
- Une identité Amon Amarth toujours aussi immédiatement reconnaissable.
- Une production puissante mais légèrement plus organique.
- « Upphaf », première véritable incursion acoustique du groupe et excellente respiration au milieu du disque.
- Une mythologie nordique utilisée comme véritable matériau narratif, notamment sur « Gjallarhorn », « Kvasir’s Blood » et « Oden’s Hunt ».
Quelques nuances
- Après treize albums, la formule possède forcément un goût de déjà-entendu sur certains titres.
- Plusieurs refrains semblent avant tout pensés pour les grandes scènes et privilégient l’efficacité à la surprise.
- Les quelques expérimentations, particulièrement réussies, donnent justement envie de voir le groupe s’aventurer encore davantage hors de ses eaux habituelles.
Date de sortie : 2 octobre 2026
Label : Metal Blade Records
Style : Melodic Death Metal
Origine : Suède
Line-up
Johan Hegg – chant
Olavi Mikkonen – guitare
Johan Söderberg – guitare
Ted Lundström – basse
Jocke Wallgren – batterie
Tracklist
Gjallarhorn
Eight Legs of Thunder
Kvasir’s Blood
We Rule the Waves
Upphaf
Die With a War Cry
Raven God
The Allfather Awakes
Oden’s Hunt
Ascending Like an Eagle



