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Viagra Boys - Street Worms
Vendredi 28 Septembre 2018 à 18h30, by Davy sanna
Après avoir passé un été particulièrement actif à écumer les festivals européens, parmi lesquels, pour la France, le This Is Not A Love Song, La Magnifique Society et les Eurockéennes, le gang de hooligans suédois publie son premier album, Street Worms. Il suit de peu l’EP Sports paru au mois de juillet qui contenait déjà, comme un teaser amélioré, le tube éponyme, de nouveau présent sur ce long format.



Au centre de ce titre post-coupe du monde ridiculisant le monde transpirant du short et des baskets, comme au centre de l’album tout entier, le rythme joue un rôle majeur ; Viagra Boys c’est avant tout une cadence, un basse-batterie monté  en boucle nous donnant l’impression de nous manger un gros beat électronique : le charley en doubles et la basse qui rebondit contre la grosse caisse martelée sur tous les temps, comme le proposent le titre d’ouverture, "Down In The Basement", qui commence fort à propos sur une batterie seule, et la sixième piste "Shrimp Shrack", où il est question, entre autres, de sandwich à la crevette. L’interprétation est figée, rigide, droit au but, tête baissée : la doublette est comme prise dans un mouvement déambulatoire perpétuel poussant l’auditeur à s’en aller marcher nocturnement, à ses côtés, dans des ruelles mal éclairées. Tor (batterie) et Henrik (basse) sont des machines, leur groove est robotique – on disait la même chose pour Franz Ferdinand à un moment, mais c’est pas pareil – parfait pour purger les auditeurs de leur désir primaire de devenir des automates. En mode taper la tête contre les enceintes.






Autour de ce noyau dur, on entasse donc différents ingrédients, donnant différentes couleurs aux différents morceaux. Tantôt, la guitare prend les devants, tantôt les claviers insistent sur un aspect plus synthétique, tantôt, c’est le saxophone, qu’on avait déjà admiré au TINALS, qui tire la couverture à lui et nous gratifie d’un solo tordu, malsain et jouissif ("Slow Learner"...). Le chant garde une certaine homogénéité tout au long de l’album, un parlé-crié permettant à Sebastian Murphy d’imposer ses textes narratifs et décalés ou ses longues énumérations ("Sports" – on rêve en cet instant d’un split avec le Villejuif Underground, ça pourrait coller).

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Si ce style de chant pourrait vite devenir maussade, certaines lignes laissent tout de même la place à quelque déclamation légèrement plus mélodique. C’est le cas pour "Just Like You", étonnamment émouvante grâce notamment à la remarquable qualité d’interprétation de Sebastian, et "Worms", seul titre à proposer très clairement un refrain, et où la voix s’apaise fort logiquement à l’idée que ce sont les mêmes vers qui nous mangeront tous. Par effet de contraste, ces titres s’enrichissent d’une dimension supplémentaire, et en deviennent alors particulièrement attachants. Cette influence rejaillit d’ailleurs sur les titres qui les suivent directement, respectivement "Shrimp Shack", qui entre autres, évoque « your mum » avec une certaine insistance, et "Amphetanarchy", un instrumental hyper dansant devant beaucoup aux exclamations hallucinées d’un saxophone free comme l’air, soit deux nouveaux up-tempo pour lesquels on se sent un regain de motivation ; l’on se prend alors à accélérer le pas de bon gré, tournant toujours, hagard, dans notre ruelle mal éclairée.






Bien que ces deux exceptions ne soient pas suffisantes pour contrer un petit excès de linéarité, seul véritable défaut de l’album, Street Worms reste toutefois une œuvre particulièrement recommandée pour s’exploser la tête à 2 heures du matin. Viagra Boys, en quelque sorte, se situe dans un entre deux intéressant : le groupe se place dans cette mouvance actuelle empruntant quelques recettes de la musique électronique (le répétitif, le rythmique, le travail et le placement des sons – voir en cela "Frogstrap") et en les adaptant à un contexte plus organique ; on peut ainsi les rapprocher de d’entités telles que Fat White Family, The Moonlandingz, ou HMLTD (tous ces types qui peuvent citer The Fall parmi leurs influences, d’ailleurs), tout en les raccrochant à l’enthousiasmant renouveau de la musique punk, qu’emmènent des groupes comme Idles, ou Shame,pour le sauvage, et Sleaford Mods, pour l’aspect du chant et de la rythmique robotique. Rencontrés lors du This Is Not A Love Song, les Viagra Boys nous confiaient qu’ils ne se sentaient pas appartenir à une scène, et qu’ils se sentaient même plutôt isolés. Même s’ils ne nous ont rien demandé, voilà peut-être de quoi les réconforter un peu. 



Crédits photo : extrait du clip de "Sports" réalisé par Simon Jung

Viagra Boys en tournée française :

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Sortie : 28 septembre
Note de la rédaction :
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8 / 10
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