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Fruit Bats - Gold Past Life

Il y a des artistes comme ça qui savent y faire. Vraiment, il y a des artistes comme ça. Parfois considérés comme de simples curiosités, inconnus par certains, adulés par d’autres, issus donc de cette trempe d’énergumènes qui ne peuvent laisser personne indifférents. Fruit Bats, projet de et avant-toute chose de l’Américain Eric D.Johnson, fait sans doute partie de ces comètes musicales. Allant chercher du côté de l’Indie-Rock comme de la Folk, Fruit Bats revient en cette année 2019 avec Gold Past Life pour illustrer au mieux cette formule. Formule mâchée et recrachée par beaucoup aux visages d’auditeurs qui n’y verront malheureusement que du feu mais magnifiée et polie par ceux ayant un minimum de savoir-faire musical et de cœur. 


Présenté comme la conclusion d’une trilogie “involontairement thématique” initiée avec EDJ en 2014 (album solo de Johnson) et poursuivie par Absolute Loser en 2016, Gold Past Life s’incombe la tâche de présenter une certaine continuité avec ses deux prédécesseurs. Une tâche délicate qui semble se concrétiser dès le premier titre, “The Bottom of It”. Intro posée pour servir dès le commencement du premier couplet de légers accents Pop bien sentis et bien dosés, supplantés par la voix d’Eric D.Johnson. Les maîtres de la Blue-Eyed Soul Hall & Oates, période Abandonned Luncheonette, n’auraient pas reniés l’affaire. L’ensemble est nuancé, carré. “Gold Past Life” emboîte le pas et va davantage voir du côté d’Electric Light Orchestra (et/ou Bee Gees, c'est selon), que cela soit dans la progression d’accords, la structure même du morceau que dans la gestion des voix sur les refrains. Doux mélange de génial et de dâté, paradoxe amusant et bienvenue pour un titre et un album se voulant être une invitation au rejet de la “notion de nostalgie idéalisée” et à la volonté de “s’ancrer dans le présent”.





“Drawn Away”, en revanche, propose d’aller explorer des terrains plus efficaces et directs, à l’image (si l’on veut rester dans un jeu de comparaisons) de ce que pouvait proposer Fleetwood Mac entre 1975 et 1976. Le titre n’a très clairement pas vocation d’être le plus original de la galette mais montre que l’album sait et saura jouer pus tard avec des couleurs pouvant parfois le faire aller plus loin que l’association Indie/Folk-Rock. Par la suite, “Cazadera”, “Ocean” et “Your Dead Grandfather” se complètent avec justesse: si le premier rebrandit l’étandard Pop, le second troque immédiatement cette facette pour l’aspect minimaliste de la Folk qui voyage, le troisième revient aux couleurs Pop-Indie, soulignées par une production impeccable sans être intrusive.


A ce propos, parlons de la production un petit peu. Pensée aux côtés d’Eric D.Johnson par Thom Monahan, elle emballe l’album avec  justesse, permet aux morceaux de pouvoir respirer et de se montrer consistants quel que soit le registre adopté par tel ou titre. Le son en lui-même est un peu sale sur les bords, très reminiscent des enregistrements type des années 70, faisant la part belle à certains effets de réverberation plutôt bien sentis et développant avec brio l’amplitude de la chose quand ils sont utilisés à bon escient.


Pour l’instant, à ce stade, les compositions sont agréables, enjouées et travaillées mais, il faut le dire, ont dans leur exécution de grosses reminiscences d’autres artistes. Eric D.Johnson (et donc Fruit Bats) ne se cache pas de ses influences, qu’elles aillent de Supertramp en passant par les Kinks, Neil Young à Fleetwood Mac comme dit plus tôt dans la chronique. Ce sont des identités fortes, extrêmement reconnaissables et qui peuvent, selon le degré de réception de chaque auditeur bien entendu, se faire très présentes pendant l’écoute de l’album. Rien de gênant en soi mais qui, peut-être, ne permet pas forcément de laisser du mieux possible la personnalité et le charme certain de Gold Past Life de s’exprimer pleinement et c’est un peu ce dont souffre (osons les grands mots) “A Lingering Love”. Septième chanson de ce LP et bien qu’étant bonne, elle illustre au mieux ces propos.


Eric D.Johnson, Fruit Bats, 2019

Crédits photo: DR


“Barely Living Room” fait figure des piliers de l’album, avec “Ocean”, “Drawn Away” ou encore le titre éponyme. Rythme lent et arrangements subtils constituent le gros de l’intérêt du morceau, intéressant à souligner pour ses paroles semblant à vue première vue vouloir s’affranchir du côté positif généralisé de ce LP. On se laisse bercer, entraîner, s’envoler. Et l’on redescend aussi vite avec “Mandy from Mohawk (Wherever You May Be)”. Coup de fouet assez gentillet mais pourtant essentiel de cette deuxième partie d’album, la voix d’Eric D.Johnson (tout comme l’ensemble de la partie instrumentale) n’a jamais semblé aussi à son aise que sur ce titre. Mention spéciale aux guitares qui décident sur la toute fin de partir un peu en solitaire, ce qui redonne un coup de pêche supplémentaire et participe à conclure les trois minutes et quarante-sept secondes du morceau avec panache. Cela fait du bien d’entendre une légère percée comme telle dans un tout qui depuis le début cherche à rester cohérent au maximum quitte à ne pas laisser, on le répète, certaines parties s’exprimer pleinement.


Nous revenons dans des sonorités déjà entendues sûr cet album avec “Dream Would Breathe”. Malheureusement, nous commençons à atteindre le point où l’écoute de l’album, l’album en lui-même se regarde dans un miroir. Encore une fois, c’est une réussite musicale mais le manque de “pics” se fait maintenant ressentir. Que cela soit à propos du tempo adopté ou du propos, on a franchement l’impression que Gold Past Life n’a plus grand chose d’autre à proposer que ce qu’il s’est pourtant fort bien démené à nous donner depuis le début et c’est bien dommage. Nous avons pourtant affaire à un album qui se montre honnête dans ce qu’il propose et dans ce qu’il donne à explorer pour ceux qui veulent s'y plonger dedans cependant, alors que seulement un titre nous sépare de la fin, “Two Babies in Michigan”, l’impression de la mi-album se dirige vers une confirmation.





Arrivés au final de l’album, “Two Babies in Michigan” donc. Par chance, ce morceau empêche l’album de se conclure sur une note douce amère déception et pour cause, c’est peut-être bien le meilleur d’entre tous, celui qui donne envie de remettre l’album une seconde fois d’affilée dans les oreilles comme en témoigne la dernière note sèche coupant d’un coup, sans prévenir, le LP.


Avec ce nouvel album, Fruit Bats revient en forme en proposant un album très homogène articulé autour d’une Pop/Folk/Indie-Rock bien construite et bien produite, faisant la part belle à des morceaux très avenants, témoins de cette phrase les présentant comme un “un nouveau départ – des voyages attendus après une période difficile”. Un bémol peut être formulé à propos de Gold Past Life et de cette dite homogénéité: les morceaux finissent par un peu trop se ressembler. S’il est évident que cela soit le cas de par la thématique, par les paroles, le genre de Fruit Bats lui-même ou la manière de présenter le disque, ce petit manque de fulgurances que nous avons relevés plus haut dans la chronique empêche Gold Past Life de se créer sur l’intégralité de l’écoute de vrais gros morceaux de bravoure, juste de quoi considérer Gold Past Life comme une petite pépite plus que d’un bon album peut-être trop équilibré et manquant un peu de folie contrairement à Absolute Loser, le précédent effort discographique de Fruit Bats. Pour un album se voulant jouer la carte de l'optimisme, c’est un peu sage. Ne terminons pas sur un malentendu, Gold Past Life est un album à l'image de l'esprit de celui l'ayant pensé de A à Z. Appliqué, honnête et réussi, nous avons juste l'impression que cet album n'a pas tout déballé, ou ne veut pas forcément tout nous donner quand on l'attendrait.

 

Tracklist de l’album:

1. “The Bottom of It”
2. “Gold Past Life”
3. “Drawn Away”
4. “Cazadera”
5. “Ocean”
6. “Your Dead Grandfather”
7. “A Lingering Love”
8. “Barely Living Room”
9. “Mandy from Mohawk (Wherever You May Be)”
10. “Dream Would Breathe”
11. Two Babies in Michigan


Sortie le 21 Juin chez Merge Records

Note de la rédaction :
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7 / 10
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Fruit Bats, projet de l’Américain Eric D.Johnson, est un groupe de Folk/Indie-Rock matiné aux accents de Pop trouvant son origine dans la fin des années 90. ...
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