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Destination Lonely - Nervous Breakdown



Déjà le troisième long format pour les Destination Lonely ! Les Toulousains et Bordelais passés aussi par Perpignan nous livrent encore chez Voodoo Rhythm, le label suisse du Reverend Beatman, Nervous Breakdown, un double LP, excusez du peu ! Voyons un peu ce qu’il a dans le ventre…



 

Les trois Destination Lonely, c’est un pedigree long comme le bras dans le monde du garage punk. Wlad dans une autre vie officiait chez les Beach Bitches avant de fonder le label Nasty Prod. Marco était membre actif des Fatals et on ne présente plus Lo’ Spider, sorcier du son dans le studio Swampland et pensionnaire du Jerry Spider Gang et autres Shoo Chain Brothers.

Revenons en 2020. Pour ce Nervous Breakdown, on met les petits plats dans les grands. Tout d’abord signalons le magnifique écrin. Un double LP aux lignes épurées blanc et noir avec deux vinyles blancs. Très classe. Mais attention, une fois posé sur la platine, ça envoie du gros son !

Premier single, on nous livre "I Want You" qui puise délibérément dans un registre qui nous parle. Un son bien gras bien fuzz façon Stooges ou MC5 de la grande époque. Une rythmique martiale sans appel qui renvoie à la bestialité d’un "Louie Louie" façon Sonics ou plutôt Swamp Rats. Ce classique des Troggs est ici parfaitement revisité par les Destination Lonely. On en redemande.



 

Dans le même esprit, "Lovin" nous accueille avec des guitares saturées à souhait. On sent que les gars ont une belle puissance de feu. La patte Swampland se ressent très vite. Ici Lo Spider, le sorcier maitre des lieux est au four et au moulin gratte, chant et production. Ce nouvel album respire l’urgence électrique. "Electric Eel" porte bien son nom. Les solos y sont monstrueux miés en avant. On croule sous le déluge de guitares distordues. "Electric Eel", l’anguille électrique ne nous file pas entre les doigts, elle électrocute tout sur son passage. Ce n’est pas ce soir qu’on commencera la phase de repos des cages à miels !
 

 
Tu veux du vrai garage punk old school ? Avec de la bagarre ? “Trouble “, co-écrit avec Arthur de JC Satan est pour toi ! A l’instar du standard d’Elvis de 1958, le "Trouble" de Destination Lonely est d’une immédiateté sans précédent. En dix secondes, on crie le refrain avec Lo et Marco... Putain, à peine deux minutes et c’est déjà fini… Allez, on la remet ?

"Nervous Breakdown" dont le titre pourrait renvoyer aux Rolling Stones est définitivement bien plus punk que les œuvres des Glimmer Twins. On y retrouve l’esprit "Fatal" de Marco notamment. Les Destination Lonely ont des racines blues garage et aussi des ramifications du côté du punk qui tâche. "Nervous Breakdown" l’illustre parfaitement.

"Day By Bay" est toujours très trash dans son approche. Les titres mid-tempo sonnent un peu comme les productions de Ty Segall avec Fuzz notamment. "In That Time" rappelle aussi ce que Jim Jones a pu faire avec les Hypnotics ou encore maintenant avec les Righteous Minds. Ça groove sévèrement. Des ambiances poisseuses ou marécageuses à souhait. Mais ne serait-ce pas enregistré aux studio Swampland ?

“Out Of Your Head” ouvre sur un riff roboratif. La fuzz est omniprésente et toujours utilisée à bon escient pour électriser les ambiances. Tout au long de l’album, on sent que le trio aurait bien pu figurer ans les manifestations de Detroit Motor City de la fin des seventies. « Schizo MF » fait tourner en boucle un riff façon Limiñanas puis les solistes s’en donnent à cœur joie. Lo’ Spider fait rugir sa Gibson SG pour assurer l’entretien de nos esgourdes.

Les Destination Lonely savent aussi baisser le tempo pour nous balancer des compos plus personnelles avec des ambiances plus intimes. On part du côté des Stooges avec une relecture de "Ann". La version Destination Lonely est aux petits oignons. Les guitares font revivre les giclées fuzz de feu Ron Asheton. "Follia", ballade plu longue renvoie également à cette période Stooges avec des titres comme "Dirt" dans son intro pour durcir le ton au fur et à mesure des presque cinq minutes que dure le morceau. La voix tout en italien nous rappelle certaines productions comme celles des Limiñanas dans leurs titres où l’on retrouve tout leur amour pour Ennio Morricone. Au chant c’est Stefano Isaia des Movie Star Junkies qui est venu prêter main forte au groupe. "Blind Man" se pose comme la ballade acoustique de l’album. De parties d’harmonica bien senties s'ajoutent aux guitares acoustiques façon Johnny Cash. C’est aussi beau que "Free Bird" de Lynyrd Skynyrd à 3 grammes en fin de soirée…
 

Destination Lonely Promo Pic 2020


Mais les Destination Lonely ont aussi écouté les Beatles et la pop française. On les retrouve dans la langue de Molière avec "Je M’en Vais" que Dutronc aurait pu chanter à la fin des années 60. Décidément, le combo à beaucoup de cordes à son arc et force est de constater qu’il fait mouche dans tous les domaines.

"Cry" illustre le côté plus psychédélique de la chose Destination Lonely. On y retrouve au chant Arthur Larregle, grand activiste chez JC Satan. Mais attention ça peut partir en giclée de fuzz à tout moment. Le calme avant la tempête. Ça aussi ça fait partie de l’univers Destination Lonely.

"Sentier mental" nous invite dans des ambiances torturées façon horror movie. Ce titre pourrait illustrer n’importe quel film de mort vivant avec une ambiance tordue… Musicalement, les Cramps ne sont pas loin. On s’attend en fermant les yeux à voir une infame goule des marais ou quelque chose du genre. Un instrumental très réussi…

Pour finir les Destination Lonely osent des choses. Le groupe se permet de se payer une version longue mais pas chiante de son "Nervous Breakdown" à consommer sous acide et à ranger à côté de Ummagumma de Pink Floyd avec les LP dont les morceaux durent toute la face. Et pour finir en beauté (???) le combo se paye un remix intitulé elektro shit…. Ah l’autodérision même chez les purs rockeurs ! Quel talent !

Résultat des courses, ce troisième effort est une très belle réussite. Le double LP s’écoute d’une traite. Pas toujours évident pour ce style de musique. Mais l’ensemble se justifie par une grande variété. Les Destination Lonely nous proposent donc ici un album tantôt garage, tantôt punk mâtiné de notes sixties psyché. On est à fond dans le sujet qu’on aime, tout est bien maitrisé. Bravo les Destination Lonely.

Sorti le 24 janvier 2020 chez Voodoo Rhythm Records

Note de la rédaction :
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