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Hassan K - Isteghna
Mercredi 12 Mai 2021 à 12h00, by Davy sanna
Porté par un clip d’excellence collant à la musique comme les facéties de Mickey collaient à "L’Apprenti Sorcier" de Dukas, le titre "Gardgiri" a attiré notre attention sur le nouvel album d’Hassan K, paraissant chez October Tone, Extra Normal Records et Cheap Sataism Records. Le musicien franco-iranien propose, avec Isteghna, une œuvre inhabituelle à l’épique orientalo-donquichottesque imprégnée d’une spiritualité aussi foutraque qu’éloquente. 



Émise depuis un monde parallèle où nul n’a jamais entendu parler de couplets ni de refrains, la musique d’Hassan K se présente en un mouvement constant, multiple et complexe, comme la marche ininterrompue d’un sujet avançant simultanément dans plusieurs directions. « Dans les missions spirituelles initiatiques propres au Shî’isme iranien (Walâyat), aux mythes antiques et médiévaux perses (La Conférence des oiseaux), nous dit-on, Isteghna est l’étape du détachement, de l’introspection nécessaire à la compréhension du semblable, du sensible, mais plus particulièrement de l’imaginaire occulté » : l’impression que laisse l'album, expérimentant ce concept, est celle d’une déambulation méditative effrénée, agitée et héroïque, calquant sa narration sur le fil de la pensée d’un esprit humain divagant délibérément.





Tout peut chavirer à tout moment. Ceci, nous l’apprenons très vite puisque du premier titre, "Gardgiri", et sa mélodie surfy frétillante, nous débouchons sur un metal bourrin complètement déconstruit avec "Akvan", où une guitare imbibée de saturation soutient des mugissements démoniaques à attribuer sans doute à Akvan lui-même, un dive (« l’esprit le plus maléfique de la mythologie iranienne » et sans déconner c’est de là que vient le mot divan) promu frontman d’un groupe de death.


Cette instabilité totale pousse l’auditeur à se tenir constamment sur ses gardes, le force à maintenir une concentration éreintante ; il est toujours en train de se tramer quelque chose. Souvent, une mélodie surnage au-dessus du reste et focalise l’attention, créant par là une diversion permettant pendant ce temps au prestidigitateur de monter son tour et de trafiquer, par exemple, des batteries de tout type : rythmiques techno ultra-dansantes avec grosses caisses électroniques de bourrin ("Tarîqat"), ou partitions d’hyperactif éternellement en train de dérouler sur la caisse claire ("Haqq Al-Yaqîn")... Tout cela demeurant une toile de fond, le thème ayant bien souvent le dessus, comme une voix-off omnipotente.

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Hassan K semble par ailleurs ne s’être fixé aucune limite dans le choix des instruments (si ce n’est qu’une composition « sans sample » nous est garantie, comme un label bio), et tous sont propulsés à tout moment pour se chiper le lead, ou amener de force une nouvelle atmosphère, une nouvelle couleur en se saisissant de l’harmonie entière. Acoustiques, traditionnels, électroniques, aucune ségrégation ici, et la patte de l’artiste tient sans doute principalement à cette collision récurrente entre sons ultra-calibrés et imperfections cultivées à la main, tout à fait charmantes. Au final, l’auditeur se confronte à une perdition géographique : on est en Iran mais la seconde d’après on est à Berlin, avant de filer en rave party paumée dans le Morbihan ("Tasâdofan"), tout ça pour atterrir dans un bar metal des années 30 (accordéon hard core pour "Barzakh"). L’art de la manipulation atteint tout de même son paroxysme avec "Malakût", (« pièce neo-classique vs. double-pédale » nous indique le dossier de presse, savoureux et utile comme rarement) où des synthés ultra-agressifs se la donnent avec un orchestre à cordes, une composition orageuse et flippante se terminant en happy end sur une référence au "Bolero" – grande classe.


Ainsi Hassan K propose, avec Isteghna, une œuvre profondément originale où, dans un bordel méthodique, émerge une personnalité forte. L’album est riche, très copieux – c’est à dire qu’il ne sera pas la bande-son la plus adaptée à une pratique sereine du yoga – mais jamais exagérément intellectuel : la désinhibition en est le moteur, l’humour y a sa place, la spontanéité y règne. Il est très agréable d’avoir affaire à ce genre d’albums dont la composition, se libérant méthodiquement de toute contrainte formelle, vient un peu secouer nos cerveaux fondus au moyen de quelques tartes dans le museau.


Album disponible en intégralité sur Bandcamp
Sortie le 30 avril 2021 chez October Tone, Extra Normal Records et Cheap Satanism Records.
Note de la rédaction :
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