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Puts Marie - Entretien avec Max Usata
« On dirait le camp des Foot, dans les Tortues Ninjas », me souffle mon binôme ; une grande agitation règne autour du Cabaret Aléatoire en ce Disquaire Day. Des gamins skatent autour d'adolescents jouant au basket, deux équipes de foot s'affrontent sur un terrain bétonné, de grandes enceintes crachent de la musique et les intermittents du spectacle, tels de vils gangsters aux traits tirés et à la solde de Shredder, poussent de lourdes caisses à roulettes au milieu de la foule, pleines d'on ne sait quelles armes chimiques nouvelles et immorales, forcément guidés par de bien sombres desseins. Au centre de la cour, vinyles, livres, et vieux Cds ont été étalés sur de longues tables par les commerçants du coin, autour desquelles se presse une foule avide de raretés.

A l'intérieur, Puts Marie finit ses balances – on reconnaît "Obituaries", vieille groupie. Max Usata, voix du groupe suisse, vient à notre rencontre tandis que ses camarades remballent leurs instruments. Il nous propose, d'un air fatigué, d'aller discuter dehors, « j'ai vraiment besoin de prendre l'air », enfermés qu'ils sont depuis des heures. On va faire un tour, essayer de trouver un coin isolé nous permettant de jouir du soleil marseillais tout en discutant à bâtons rompus ; on y renonce  : un groupe de percussions joue, quelque part, et les murs de béton retransmettent partout les ondes en dolby stéréo panoramique HD ou quelque chose dans le genre. On s'installe donc dans les loges ; Nick le batteur fuit, pas bavard – quoique gentiment souriant. On commence.


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La Grosse Radio : J'ai eu la chance de vous voir deux fois l'an passé, la dernière étant aux Eurockéennes, en juillet dernier ; ma première question est donc : que s'est-il passé depuis pour Puts Marie ?

Max Usata : Depuis l'été passé on a pas mal joué encore, une tournée en Suisse, on a sorti un disque, il n'était pas sorti l'été dernier. Masoch I et II, double EP. Et puis on a commencé à travailler de nouvelles chansons. On s'est remis au studio.


Vous avez sorti récemment une nouvelle vidéo, le clip de "Horse Gone Far"... De quoi parle le morceau ? Et de quoi parle le clip ?

C'est une vraie histoire que ma grand-mère m'a raconté... Sa mère avait un cheval – c'étaient des gens de la campagne, de l'Emmental en Suisse, des paysans qui vivaient avec très très peu, au début du vingtième siècle, 1920, quelque chose comme ça... L'armée suisse avait le droit de venir retirer tous les chevaux, et plusieurs fois elle a dû donner son cheval, alors que c'était tout ce qu'elle avait. Elle dépendait complètement de cette bête pour le champ. Un moment donné elle a dit que le cheval était enceinte, parce qu'ils ne prennent pas les chevaux enceintes... [sic]
La vidéo n'a rien à voir avec cette histoire... Peut-être la douleur, c'est la seule chose qui fait un peu le lien entre la vidéo et le texte. Il y a ce clown qui se fait tabasser, qui souffre, qui s'expose à fond, qui est le bouffon, ouais, en fait c'est ça... On avait d'autres idées, mais on a choisi ces images qui montrent un peu mieux ce concept de douleur qu'on avait, d'aller à la limite physique aussi, avec ce clown. On l'a tourné chez nous à Biel, en Suisse, avec un pote à nous, Roger Keller qui avait déjà réalisé plusieurs vidéos pour nous. A la caméra, il y avait Cyril Gfeller qui a aussi fait "Pornstar". Et d'autres potes, Christoph Rick, un metteur en scène de théâtre.






Quels sont les grands thèmes que vous aimez aborder dans vos textes ?

Comme je l'ai déjà dit un peu, ce truc de douleur, ce truc de limites, de souffrance... Mais aussi, avec du plaisir, pas seulement négativement. C'est pour ça qu'on les a nommés comme ça, Masoch II et II. Parce que des fois tu souffres tellement que tu y retrouves du plaisir. Pas dans le cliché de se tabasser, et d'avoir du plaisir, ce truc sexuel du masochisme, non, mais, dans la vie, le « every day »... Ce sont des histoires simples, hein, moi je ne suis pas un grand poète. (rires) Je raconte des histoires que les gens arrivent à comprendre. Après il y a aussi beaucoup d'atmosphères, des odeurs, des trucs un peu plus cinématographiques, des cris, des scènes. "The Bathhouse", c'est un bon exemple : ce hamam souterrain, ça pourrait être Istanbul, Budapest, New-York... un truc obscur, bizarre, un peu dans ce genre-là ; comme dans Irréversible [nda : filme de Gaspard Noé], je sais pas si tu l'as vu ?


Oui !

Cette scène au début, il court à travers ce bâtiment pour chercher ce mec, et puis, des gens bizarres, peu de lumières, prr, prr, prr ! ... Ce truc un peu physique, comme ça.


(Une dame entre pour remettre les bracelets du groupe à Max. Elle nous prend, mon photogaphe et moi, pour des membres du groupe – on doit avoir l'air cool.)


J'ai vu que vous avez fait un break de quelques années, qui vous a permis de voyager un peu chacun de votre côté...

Oui on a fait un break, parce que... on n'en avait jamais fait. Et puis, il fallait en faire un, ça faisait presque 8 ans qu'on avait intensivement voyagé ensemble, ces trucs qu'on avait fait dans la rue, de voyager dans un bus ensemble, de partir de chez soi pendant des fois presque un an sans revenir. Et puis moi je voulais aller un peu à New York. J'ai dit ça au groupe et au début c'était un peu « c'est pas cool, c'est pas cool, c'est pas le bon moment ». Mais quand tu travailles c'est jamais le bon moment. Tu es tellement penché sur ton travail que tu t'arrêtes jamais. J'avais pris cette décision un peu égoistement, j'ai dit, « eh les gars, je me casse à New York, j'ai une copine » et puis je suis allé là-bas pendant 3 ans... Et à la fin ça a quand même permis à chacun de faire des trucs pour lui-même. Et puis ça a eu une grande influence sur la musique, parce que ça a permis à chacun d'évoluer. Au final, de revenir ensemble, ça a plus servi que si on n'avait pas fait de break, je crois.


On entend, dans votre musique, qu'elle est très riche en influences... Qu'est-ce que vous écoutez quand vous êtes tous ensemble ?

Bah, nous, on aime bien le rap, on écoute de la musique du monde, un peu de tout. Après faut quand même dire que quand on est dans la bagnole... T'as tellement de bruit toute la journée dans les oreilles que souvent, putain, on met même pas de musique. Mais on s'est dit qu'il faudrait acheter un tourne-disques pour le mettre au local, pour écouter des vinyles, on a une bonne sono.
Après, moi j'écoute beaucoup de musique classique... J'adore la salsa porto-ricaine des années 50-60 ou du Bronx, ce mouvement qu'il y a eu à New York dans les années 70, tout ça. La musique égyptienne, kairo traditionnel, des femmes qui chantaient, qui n'étaient pas censées le faire, des enregistrements illégaux, undergournd... Plutôt la musique morte ; que des gens qui sont morts. J'arrive pas à suivre ce qui se passe, il se passe trop de trucs. Je voudrais mais il faudrait trois vies. Je fais tellement de musique moi-même que tout ce que j'arrive à faire c'est écouter de la musique morte. Mais y'en a assez à consommer, à découvrir et puis – il demande une bière en allemand à Beni, claviériste – ouais, mais ce que les uns aiment les autres l'aiment aussi, si je mets un truc personne me dit « putain, arrête ta musique arabe » (rires).


Du coup, vos influences viennent vraiment de partout dans le monde...

Après, c'est bizarre, on fait du rock, tu vois... c'est peut-être la seule musique qu'on n'écoute pas. Mais on la fait. Et je sais pas pourquoi. Peut-être que ça vient, ça sort du son, c'est les sons qui sont vachement intéressants sur la gratte, sur la basse, les amplis... On a découvert le son. Le rock c'est peut-être ce qu'il y a de plus intéressant. Parce que c'est analogue, de vrais instruments, de vrais amplis avec des tubes dedans, une vieille batterie de jazz. C'est le son. Alors simplement, quand tu pousses ces amplis, souvent c'est plutôt rock, ce qui sort.


Et le choix de chanter en anglais ?

C'est assi une question de son. Je traite la langue, le chant, plutôt comme un instrument. L'anglais ça a un certain son, dans la musique, pour moi ça fait plus de sens de le faire en anglais. Après on a des trucs qui sont quand même vite parlés, qui vont plutôt dans le rap, c'est aussi un truc que je préfère faire en anglais. Et je trouve que c'est une superbe langue pour s'exprimer. On peut vraiment dire une chose de mille manières différentes. Cest une langue simple. C'est commun. Et puis j'ai passé pas mal de temps là-bas, j'adore cette langue, alors pour m'exprimer j'aime vraiment bien le faire faire comme ça.


Puts Marie, Max Usata, Interview, Horse Gone Far, Masoch, Cabaret Aléatoire


Est-ce qu'il y a une vraie « scène » à Biel ?

Oui ! Il y a une vraie scène qui existe depuis beaucoup plus longtemps que nous. Il y a toute une scène punk, très connue, toute une scène noise, free-jazz, qui existent depuis longtemps, des gens qui ont 60 ans, qui sont aussi un peu des exemples pour nous, ils nous ont beaucoup influencés. Après il y avait tout un mouvement de rap, qui était international, dans les années 90. Tout le monde venait à Biel, vraiment, les Américains, IAM, des gens comme ça, c'était Biel, Biel, Biel ; et puis ça se bagarrait...
Il y avait les b-boy, breakdance. Et puis maintenant y'a pas mal de groupes qui font de la musique vachement intéressante, si c'est dans le jazz, dans le rock, le noise ; il y a même des français ; on a des potes, qui font de la musique, c'est des français.


Aujourd'hui c'est le Disquaire Day...

Ah, oui... C'est chouette. Je voulais en acheter, mais c'était tellement cher... Y'avait un disque, je voulais l'acheter, c'était 60 euros... C'est trop cher. J'aime bien, si je peux, acheter chez quelqu'un, parce que sur internet... Je le fais, hein. J'ai commencé à acheter des disques y'a un an, et puis j'en ai acheté tellement sur internet. Mais je trouve toujours ça cool quand il y a un truc comme une brocante, les gens vendent des disques, tu vois, mais après là ils sont vraiment pas mal chers, fuck.


Vous, vous sortez vos albums exclusivement en vinyles, c'est ça ?

Non, non, sur CD aussi, et puis sur internet... Oui oui, on a pressé les CD aussi. En fait à l'époque on n'avait pas le moyens de presser des disques, et même là, c'est cher. Pfou. Mais, il faut le faire. Il faut rester debout, il faut insister, moi je crois que ça va changer, les gens ont vraiment envie de presser des disques, quand il y en aura plus, ça fera peut-être moins cher, mais c'est pas facile. Putain, les machines pour presser les vinyles, c'est un peu une mafia hein, c'est fou. Je veux dire, les grandes maisons elles achètent les veilles machines pour que tu puisses pas les acheter, presser ton propre disque, pour que ça fasse un peu monopole, et comme y'en a pas beaucoup dans le monde...
Mais je trouve que c'est un super beau produit qui sonne vraiment différement. Puis c'est beau, ce format, c'est quelque chose de beau.


En parlant de diques, une dernière question, en ouverture... vous avez de nouveaux morceaux, est-ce que ça veut dire nouveaux enregistrements ?

Pas encore, on est en train de les travailler. Là on va faire une résidence à Avignon, à la fin du mois. On a déjà commencé au début de l'année, puis je crois qu'à la fin de l'été on va faire une pause, un peu plus longue... Pour vraiment pouvoir travailler intensivement. On a du mal à faire les deux en même temps. Il faut vraiment être ailleurs dans ta tête et si tu es en tournée, tout le temps, tu n'arrives pas à déclencher le truc créatif. Puis nous on est allé dans des endroits différents pour créer, déjà là il te faut quelques jours pour te mettre dans le truc, oublier tout ce qui est autour. Mais si tu vas tourner, tu es dans la bagnole, tu bosses la nuit... t'arrives pas à oublier. On a commencé, c'est bien, pour chercher des fragments, trouver des idées, mais après il faut vraiment les travailler, peut-être les enregistrer une première fois, pour avoir une pré-production. Il faut prendre un peu de temps à la fin de l'année. On voudrait bien sortir ce disque l'année prochaine, on sait pas quand, mais c'est le but.






On recroisera Max plus tard, dans la salle, avant le concert de Siska, sortant d'une « partie de cartes ». On parle encore de Gaspar Noé, ou de leur concert aux Eurockéennes en juillet et de leur bassiste, Igor, qui n'y avait pas joué ; il est revenu, nous dit-il, parce que « l'été, il fait les alpages » - ça nous semble très suisse. Puts Marie ne joue pas avant minuit et quart, il faudra être patient, mais l'attente devrait en valoir la peine. 


Crédits photo : Thomas Sanna

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