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Rencontre avec Liquid Bear

Liquid Bear est une formation à part entière mais qui est née sous les cendres de votre ancien groupe, Abaendon. Est-ce que c'est une page complètement tournée ou comptez-vous faire vivre les morceaux précédemment écrits d'une quelconque manière ?

Gaspard : Non, le but c'est qu'on fasse assez de morceaux pour ne plus avoir à jouer des morceaux de Abaendon. Donc pour l'instant ils sont juste là pour remplir le set mais à terme, ils vont gicler.

Adrien : Personnellement c'est une page tournée parce que le nom du groupe a changé, le style a un peu évolué aussi. Mais si on joue un ou deux morceaux encore, si on a envie d'en ajouter ça me déplairait pas, à condition qu'on garde des titres qui correspondent aux nouvelles exigences stylistiques de Liquid Bear. Donc oui c'est une page tournée mais c'est forcément une continuité puisqu'on se connait depuis des années, certains d'entre nous du moins.

Ilya : En gros le truc c'est qu'on a un set pour les premiers concerts qui est à moitié Abaendon, à moitié Liquid Bear, il faut qu'une transition douce se fasse et on a choisi pour le moment de conserver des morceaux d'Abaendon qui ne clashent pas trop avec Liquid Bear et qui, avec la nouvelle formation les nouveaux sons et le nouveau matériel qu'on utilise sont assez cohérents avec ce qu'on a fait dernièrement. Le but c'est de laisser Abaendon laisser tranquillement être ce qu'il a été et avancer. 





Kostia, tu étais pressenti comme étant le guitariste de la formation mais tu as finalement opté pour la basse. Comment t'est venu ce choix ? Cela t'a-t-il laissé plus d'aise pour le chant ?

Gaspard : Il a acheté une Rickenbacker (rires)

Kostia : Alors oui, déjà (rires). C'est surtout face à une problématique de ne plus avoir de bassiste, d'avoir eu également un remplaçant qui ne convenait pas à nos attentes et nos envie et du coup, la question s'est posée du "Est-ce que je ne pourrais pas être le bassiste et on chercherait un guitariste ?" qu'on avait déjà évidemment un peu sous la main, qui est Ilya, que je connais depuis très longtemps. Donc par défaut, les deux autres m'ayant déjà entendu jouer - enfin, sauf Gaspard qui n'entend pas les basses - sur d'autres projets, m'ont tout de suite dit que ça pourrait le faire, qu'ils seraient complètement chauds de m'avoir comme bassiste, ce à quoi j'ai répondu que je serai ravi, d'autant plus si Ilya acceptait de rejoindre la formation comme guitariste. Parce qu'on s'entend très bien musicalement, et que ça ne pouvait que marcher. 

Adrien : Comme Kostia a toujours été un guitariste beaucoup plus rythmique, et qu'on se connaissait depuis plusieurs années, en tant que batteur j'avoue que ça a été une révélation et tout de suite une évidence. On était la nouvelle session rythmique et on s'entend très bien d'un point de vue musical et humain, c'est très agréable de jouer avec Kostia et voilà, rythmiquement on s'entend très bien.

Kostia : C'est ça. Et j'assume complètement cette décision. Je rebondis sur ce que tu dis, je me suis depuis des années rendu compte que j'étais plus rythmicien que soliste, leader, etc, et dans la musique qu'on propose c'est quand même important qu'on ait un guitariste qui leade pas mal, ce qui est pas forcément mon intention première quand je joue de la musique. 

Gaspard : C'était très pertinent comme choix parce que le style de Ilya, j'ai l'impression, est assez moderne, inspiré par des guitaristes récents, genre Bumblefoot ou Guthrie Govan alors que Kostia avait un style de guitare lead peut-être plus classique.


Finalement, par rapport à cette formation on peut dire que vous trois, Adrien, Gaspard et Kostia, vous étiez les piliers restants. Ilya, tu es arrivé il y a peu, mais au vu du changement de sonorités et de la nouvelle identité de Liquid Bear, tu as réussi à très rapidement imposer une patte guitaristique mais aussi une direction musicale qui était plus inattendue de leur part. Est-ce que ça s'est fait naturellement, est-ce qu'il y a eu de nombreuses divergences et des compromis pour arriver à un tel résultat ?

Ilya :
Je pense que quand on est en groupe il y a forcément des compromis. Abaendon auparavant c'était quelque qui laissait beaucoup de place à l'individualité. Je pense à des morceaux comme "Helping Hand" très orientée blues rock et d'autres un peu plus prog comme "Unpleasant Touch". De mon expérience, quand on fait plusieurs projets, le but c'est de trouver ce qu'il est pertinent d'apporter dans tel ou tel projet, et qu'est-ce qu'on va garder pour autre chose. Alors ça peut être frustrant de ne pas pouvoir mettre tout ce qu'on a envie de mettre, mais l'idée ici, ce que j'ai apporté, c'est de recentrer et d'être au service d'une musique, d'un groupe comme une entité unique. Pour ce qui est du style en lui-même, peut-être que j'ai apporté ce côté plus énervé, avec un peu plus de distorsion dans le son, mais globalement ils avaient déjà commencé à envoyer là-dessus avec leur dernier EP, beaucoup plus rock et moins épars que le premier.

Adrien : Ce qui est assez cool c'est qu'il y a eu une cohérence dès le départ. Nous ce qu'on voulait faire avec Abaendon au départ c'était aussi des morceaux à tendances progressives mais qui restent abordables pour beaucoup de monde. Ça je suis assez content parce qu'on a réussi à garder cette ligne directrice. il y a forcément des subtilités de composition avec les trois autres, c'est plus eux qui pourraient parler de ça mais moi personnellement je reste content parce que ça reste abordable dans l'ensemble tout en cherchant l'originalité à droite à gauche, des petites subtilités, des parties sympathique, progressives. Il paraît qu'il faut pas dire progressives, ça fait peur. Alternatives ? Alternatives. (rires) Voilà.


Justement Ilya, on a Gaspard qui nous a cité Bumblefoot ou encore Guthrie Govan, et oui en effet, tu as un jeu plus moderne, plus technique, plus démonstratif même sur certains aspects. Quelles sont tes influences guitaristiques ?

Ilya : Alors, j'en ai deux principales (rires). La première c'est Marty Friedman pour son travail dans Megadeth, toute la périodes des années 90, le truc qui m'a motivé à faire de la guitare ; après j'ai découvert Bumblefoot qui a un aspect plus "On peut vraiment faire n'importe quoi avec une guitare". Donc j'essaie d'allier cet aspect un peu foufou avec un côté lyrique. Je pense que j'ai réussi à faire ressortir ça entre des morceaux comme "The Hitchiker" avec un solo un peu plus barré et le titre de fin "Harry & Bart" où là on est plus dans de la mélodie et du ressenti pur. 


Quand on parlait de direction musicale plus inattendue, on pense justement à Adrien et Gaspard, qui avaient des influences très pop, voire soft rock, progressives mais très abordables. Gaspard et Adrien, à quel endroit d'un EP comme Unwind retrouvez-vous vos influences premières et en quoi l'expérience Liquid Bear et les apports de Kostia et Ilya ont fait évoluer votre conception musicale ?


Adrien : Je pense que la différence vient surtout de la prod, de la réalisation directe de l'album, des sons utilisés. Je peux citer trois morceaux, le premier étant "Hitchiker", qui me tient vraiment à coeur parce que ça a un côté droit, autoroute que j'aime bien, y'a une belle ambiance qui me parle, avec de beaux sons d'orgue. De toute façon, pour moi, orgue Hammond égale amour pour moi. "Harry & Bart" parce que la grille très bien composée par Gaspard est très fournie, les envolées lyriques, ça me parle constamment, et les solos de guitares... J'ai toujours reproché à Kostia de pas en faire assez parce que j'adore ça. Reproché entre grands guillemets évidemment...je l'aime. (rires) Et j'ai envie de citer "Perfect Rose" parce que la ligne reste relativement blues dans les couplets, ça me parle, je reste un grand fan de blues. Du coup y'a toujours des parties qui vont nous faire sortir de ça, de ses aspects pop, après j'aime évidemment beaucoup jouer le reste, "Jug" reste très droit et très facile d'écoute mais j'avais avant tout envie de citer ces trois morceaux.

Gaspard : En fait, y'avait un truc qui me gênait un peu dans Abaendon, c'est qu'il y avait un côté hommage à des vieux groupes, justement, genre Pink Floyd, Supertramp, Queen, Deep Purple. Le nouveau disque reflète un peu plus le fait que moi en tout cas j'écoute plus de choses récentes maintenant. Kostia et Ilya m'ont fait beaucoup écouter des choses plus récentes, la grosse découverte avec eux pour moi ça a été Opeth, je pense que ça s'entend pas mal dans le disque. En tout cas on m'en a parlé.





Le son de l'Ep est en général lourd et dense, ça met nettement en avant la saturation des guitares. Est-ce que vous avez vraiment cherché à atteindre ce son presque metal dans la production ou est-ce que ça s'est fait de manière assez naturelle ?

Ilya : Je serai tenté de dire que ça s'est fait de façon assez naturelle parce que c'est avec le matériel qu'on a, j'utilise des guitares assez modernes qui favorisent la saturation. Donc il se trouve que c'est un son comme ça. Après je pense aussi qu'il y avait une volonté de faire quelque chose de plus imposant, peut-être inconsciemment, quelque chose de plus énervé, mais je dirais que c'est surtout inconscient, le matériel qu'on a a beaucoup joué. Et une envie qui arrive parce que nous quatre ensemble, ça a créé une espèce d'émulsion, on a envie que ça tape un peu plus.

Kostia : Je voudrais juste préciser un truc, c'est qu'on savait que les riffs seraient lourds, via les compos qu'on avait, avec le plus d'overdub de guitare possible, etc... Après, y'a quand même eu une direction artistique qui s'est prise au fil de l'enregistrement, en se rendant compte que par exemple la Gibson SG en micro grave c'était une super idée pour avoir un côté Black Sabbath évidemment, etc... Donc on avait pas choisi les sons de guitare en avance, on s'est un peu débrouillé avec ce qu'on avait, avec le son d'orgue, etc, et on s'est un peu servi des limites qu'on pouvait avoir pour trouver le son qui nous correspondait, on avait pas déjà toute la sonorité, tout le son que ça aurait en tête avant de l'enregistrer non plus. 

Gaspard : Notre propre musique s'est imposée à nous (rires)

Kostia : Un petit peu, oui. (rires)


Kostia, tu as entièrement mixé l'album. Si l'on regarde encore un peu en arrière, tes deux comparses ici présents avaient aussi fait l'expérience de l'EP entièrement produit par l'un des membres, alors guitariste, qui avait apporté un rendu très différent, beaucoup trop centré sur la guitare et le chant du membre en question. Monomaniaque, "ego-trip". Quand toi tu travailles sur une production, à partir de quel moment tu arrives à te mettre en retrait pour justement parfaire l'unité globale ?

Je précise effectivement qu'on a quand même mixé à deux avec Ilya, sachant que c'est moi qui suis derrière les petits bidouillages techniques, compresseurs, etc... Pour l'aspect "quel élément est devant, est-ce qu'il y a trop de reverb, est-ce qu'il n'y en a pas assez, est-ce que la batterie passe devant, etc...", la manière dont l'histoire du morceau évolue... Je me perds... (rires) Mais oui, on réfléchit surtout à la pertinence du morceau en lui-même et pas en mettant de côté tous les petits trucs qu'il peut y avoir des fois quand on mixe à plein avec tout le groupe derrière soi. Faut éviter toutes les remarques comme "Ah mais pourquoi moi ma voix elle est moins forte, ce genre de choses". 

Ilya : C'est sur quel album déjà que Metallica a complètement occulté la basse ?

C'est sur And Justice For All...

Ah ouais, voilà. C'est chaud quand même (rires)

Gaspard : J'ai l'impression, et tu m'arrêtes Kostia si je me trompe, qu'il y avait dans l'idée de faire un mix un peu moins scolaire et de prendre plus un parti pris. Et je voudrais ajouter qu'à mon avis, ce qui fait que ce disque est vachement mieux que les autres, c'est pour beaucoup la prod et la réal qui est différente. 

Adrien : Donc bravo les mecs ! (rires)

Kostia : Mais on peut avoir la meilleure prod et la meilleure réal du monde, si les compos sont pas terribles, ce sera pas terrible. Donc faut pas non plus tout mettre sur le compte de la prod, même si c'est très gentil de votre part (rires)

Ilya : Aujourd'hui je dirai qu'un morceau, ça se pense. La réalisation, le son et le mix dont partie de la partition en elle-même. Ce disque-là a été pensé pendant l'enregistrement, on s'est posé la question de "comment c'est pertinent de faire sonner ce passage-là, avec quel type de d'effet, quel type de son" et justement quel instrument va être devant, etc...donc c'est une partie intégrante des morceaux. C'est pour ça que c'est l'aspect réalisation qui est pris en compte et qui va faire une différence avec les EP qu'il y a pu avoir avant. 



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Vous décrivez votre style comme du hard rock alternatif. On ressent aussi des influences qui "font peur" puisque progressives, comme des délires rythmiques à la King Crimson. Pour vous, quelles sont les influences directes, à quel moment de vos compositions considérez-vous leur rendre hommage, et à quel moment vous en détachez-vous pour devenir vous-mêmes ?


Kostia : Ouh la.... Attends attends attends attends là... (rires)

Adrien : J'vais dire un truc très facile et ensuite je te refile l'appareil parce que ça va pas durer longtemps. Je dirai pas devenir moi-même, personnellement, puisque les influences font partie de moi-même donc ça veut dire que je suis déjà moi-même en les citant. 

Kostia : Moi en ce qui me concerne, je sais pas vous, j'ai pas la sensation de vouloir rendre hommage à quelqu'un, du moins volontairement, c'est plutôt ce que j'écoute et que j'adore qui me fait naturellement sortir ce genre de compositions, ce genre de riffs. Et je pense que c'est d'ailleurs comme ça que tous les gens fonctionnent. On entend les influences des gens, mais on n'entend pas une volonté directe de dire...

Adrien : On n'est pas un cover band.

Kostia : Oui voilà, sinon tu fais un cover band. 

Ilya : Je pense que les influences a nous quatre réunis sont extrêmement nombreuses, diverses, et je pense qu'il y en a assez pour que tout soit assez dilué pour que ça fasse une espèce de mixture assez nouvelle. On va peut-être sentir en arrière-goût tel ou tel groupe par-ci par-là, mais je pense que c'est peut-être ça aussi qui fait plaisir. Quand tu te dis "tiens, ça ressemble des fois à telle ou telle chose, mais globalement ça ressemble à une bestiole assez indépendante". 

Gaspard : Ce qu'on peut dire pour l'anecdote c'est que le point de départ de "Harry & Bart", on avait commencé à le composer avant qu'Ilya n'arrive, et à la base c'était parti pour être un exercice de style, on va essayer de faire un Emerson, Lake and Palmer. On avait pas encore de nouveau guitariste, que moi, Adrien et Kostia.

Kostia : Moi j'étais déjà passé à la basse.

Gaspard : Voilà, c'est ça. On était la même formation qu'ELP, du coup on est parti dans un délire comme ça, et après quand Ilya est arrivé, il nous a dit que même si la compo était vachement bien, ça faisait trop ELP et on l'a transformé en quelque chose qui était plus nous. 

Kostia : Je voulais juste préciser par rapport à "alternatif" et pas "progressif". On a décidé de ne pas mettre progressif parce qu'effectivement, on s'est rendu compte que ça pouvait faire peur à des salles de concert ou à certains types de public qui s'imaginent tout de suite que c'est quelque chose vraiment...déjà, du passé, c'est-à-dire quelque chose de plus "classic rock" dans le monde du progressif. C'est associé énormément, on fait vite le rapprochement avec des morceaux de 25 minutes avec un claviériste qui arrive avec cinq claviers en toge avec un light show....enfin voilà, une musique de niche, et qui peut passer seulement dans des festivals de prog, etc... alors qu'en réalité, si on regarde deux secondes, le morceau le plus prog de l'album, qui a l'air quand même assez long, c'est "Harry & Bart", il fait 6 minutes, les autres ils font 3 minutes. On a choisi de dire alternatif pour pas faire peur.

Gaspard : Ce qui n'exclut pas que je ne fasse pas le prochain concert en toge à paillettes (rires).


La fameuse cape sémantique (rires). Attends faut que je respire, je me marre (rires) Les lignes de chant donnent régulièrement dans le bizarre et le mélancolique et les choeurs appuient encore cet aspect...

Kostia : Dans le mélancolique ? Sérieux ?

Ça c'est la question de Félix, donc c'est lui qui l'a écrit,qu'il se démerde ! 

Ilya : Quoi, il a écrit quoi ? Il a écrit qu'on chiale ? Le mec il fait une question pour dire ça ? (rires)


À quel moment des compositions écrivez-vous les textes, les lignes de chant qui vont avec. Qui s'en occupe dans le groupe et quels sont les thèmes que vous aimez/aimeriez aborder ?

Adrien : Le terme mélancolique me surprend, mais c'est super intéressant quelque part parce qu'à partir du moment où l'EP est sorti, il nous appartient plus du tout et chacun a son ressenti mais le terme mélancolique me surprend. 

Ilya : en ce qui concerne l'écriture des mélodies et des paroles. Pour les mélodies, on pense en terme de chansons. Il y a une grille, donc avant que soit arrangé, qu'il y ait toute la patte Liquid Bear, c'est une chanson, avec une grille d'accords et d'harmonies, tout le travail d'arrangements arrive autour avec la mise en forme. Pour les paroles, on n'a pas forcément une volonté très précise de parler de telle ou telle chose, on raconte plutôt des histoires, ou après il peut arriver qu'on s'amuse sur un sujet, comme par exemple sur "Perfect Rose", qui est une métaphore d'une relation abusive entre une personne et son téléphone portable. Mais au-delà de ça, "The Hitchiker" par exemple c'est une anecdote sur quelqu'un qui fait de l'auto-stop, donc c'est des sujets très légers, des petites histoires comme ça.

Adrien : Là où le texte d' "Harry & Bart" correspond plus à la compo puisque sans dénoncer on raconte la dure vie de deux ouvriers dans une usine et c'est peut-être plus logique...que...attends je perds totalement ma phrase là. (rires) Ouais voilà on raconte des histoires et effectivement la mélancolie n'est pas très présente dans les textes, peut-être dans les mélodies du chant. Ouais, j'ai rien dit quoi. Tu peux couper ma réponse du coup. Bisous ! (rires).

Ilya : Quand on a décidé de former le groupe, de changer de nom, on a aussi voulu définir des rôles bien précis pour que ce soit moins le bordel en mode " 'tain...c'est qui le chanteur ?" Comme Kostia est bariton et a une voix assez grave et assez calme, c'était aussi pour qu'il soit à l'aise que le chant est un peu plus doux. Ce qui a aussi l'avantage de nous en laisser un peu sous le pied pour les concerts où on pourra plus se lâcher, plus s'énerver. 

Gaspard : Les textes c'est un peu ce qu'on fait en dernier. On compose un truc qu'on trouve stylé, et après, il va nous falloir un texte, donc pendant une pause clope entre deux sessions musicales, on va écrire ça collectivement sur un coin de table dans la cuisine. Mais je me contredirais pas si je dis que les textes sont beaucoup moins importants pour nous que la musique, surtout qu'on écrit en anglais, qui n'est pas notre langue maternelle, et moi qui par exemple écris aussi en français, je sais que je vais beaucoup plus me prendre la tête sur des tournures en français alors que ça a jamais été le cas avec Liquid Bear

Ilya : En gros on est tous plus compositeurs qu'auteurs, et on peut même baser un texte sur des sonorités, le fait que tel mot peut sonner avec tel accord aux oreilles, et développer un texte uniquement à partir d'une phrase qu'on a dite, c'est rigolo. 

Adrien : Ce qui est le cas du refrain de "Jug".





D'ailleurs, qu'est-ce qui a généré le fait de passer à un seul chanteur, avec des choeurs appuyés par moments mais de moins en moins présents ?

Réponse très personnelle, mais quand on a décidé de passer à un seul chanteur, le choix était entre Kostia et moi. Ce qui me frustrait c'est que les morceaux que j'aimais chanter étaient généralement les morceaux que j'aimais jouer, mais les deux en même temps au bout d'un moment, c'est très frustrant. Donc quitte à me concentrer sur la batterie, je vais faire moins de choeurs.

Ilya : On va pas se mentir, le meilleur chanteur de nous quatre, c'est Adrien, mais c'est surtout le meilleur batteur. (rires) On a beaucoup plus besoin de lui à la batterie qu'au chant. Kostia chanteur faisait carrément l'affaire, c'était le deuxième meilleur chanteur du groupe.

Gaspard : Oh le gros second ! (rires)

Ilya : C'était plus pertinent, plus classique, d'avoir un chanteur qui est sur le devant de la scène, que d'avoir un chanteur à la batterie. Pour certains morceaux assez compliqués, faire double emploi empêche d'être à 100% sur tous les plans.


Vous avez fait un concert cette semaine, comment est-ce que vous avez perçu la réaction du public non-initié sur les nouveaux titres ? Et quel titre avez-vous préféré interpéter sur scène ?

Adrien : J'ai eu très peu de réactions du public, perso. La seule réaction positive que j'ai eu c'était qu'on avait bossé notre setlist et qu'on accompagne notre public de A à Z, et ça c'était un très beau compliment pour moi. J'ai eu un retour, c'est qu'il y a moins de refrains catchy ou de phrases qui restent en tête qu'avant, apparemment. Ça m'a surpris puisque en parralèle j'ai quelque qui m'a dit que le refrain de "Jug" restait dans la tête et que la fin de "Perfect Rose" était très prenante. Du coup voilà, c'est une caractéristique à prendre en compte.

Ilya : Sachant que c'était un concert dans un petit lieu, donc petit public, et avec des conditions de jeu pas optimales, pour le public comme pour nous. On sait qu'on a bien joué, pour un set qui comporte pas mal de parties, mais je pense que les retours sont bons globalement. En général, on m'a surtout dit qu'on ne pouvait pas tout distinguer et qu'on ne pouvait du coup pas avoir une appréciation globale des morceaux parce que les limitations techniques de la salle ne nous permettaient pas de pouvoir déployer tout notre bazar.

Gaspard : (boit un coup) À la vôtre ! (rires)

Kostia : J'ai une blenorragie ! (rires) Non, sérieusement, je voulais juste rebondir ce que tu disais, j'ai très hâte de faire des dates et surtout plus de concerts dans des conditions où vraiment, on peut s'entendre vachement bien et où le public peut vraiment se rendre compte de tout ce qui se passe. Là c'était pas trop le cas. Le public a plus ressenti une énergie et un show visuel et une espèce d'assurance sur les compos du coup il a pu rentrer dedans mais en vrai, le son était pas à notre avantage et ne flattait pas les compos qu'on avait. Donc j'attends le concert où je pourrais vraiment répondre à ta question !

Adrien : Je préfère jouer "Hitchiker", sans hésiter, j'aime dans nos vieux morceaux jouer encore "Unpleasant Touch", surtout pour le solo de clavier final et son énergie qui correspond bien au style Liquid Bear, et "Harry & Bart"

Gaspard : "Hitchiker, "Harry & Bart".

Kostia : Je sais pas. Moi j'aime bien faire des discours entre les titres (rires)

Ilya : Pour moi qui suis arrivé en dernier dans la formation, au début j'ai forcément commencé à jouer les morceaux d'Abaendon, c'était un peu aussi une espèce de test pour voir si ça marchait, j'avais beaucoup de mal mais maintenant je pense que je me les suis approprié. J'adore "Socialphilia", qui est un morceau assez ambiant et assez vide mais au final où il se passe pas mal de choses. Et dans le dernier disque le morceau qui me semble assez évident, c'est "Time To Unwind" parce que le son est gros et j'ai pas à me faire chier avec des solos interminables.

Kostia : J'adore aussi jouer "Time To Unwind", vu que j'ai pas grand chose à chanter dedans je peux m'amuser à courir partout. Effectivement, quand ça part, on fait tous une note à l'unisson et on a l'impression d'avoir une paire de couilles immense.

Adrien : J'adore te voir me regarder  avant de commencer le morceau, c'est une preuve de complicité et d'amour sans égale. Merci Kostia, bisous.

Kostia : C'est incroyable, merci Adrien, je t'aime beaucoup.

Ilya : Mais, bordel ! 

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