Bertrand Cantat annule ses concerts en festivals, réaction de Chris Blanchandin

Après l’annulation de deux concerts de Bertrand Cantat prévus cet été lors de festivals (Les Escales de Saint-Nazaire et l’Ardèche Aluna Festival), et la décision du Conseil départemental de la Manche de retirer sa subvention au Festival des Papillons de nuit qui lui, l’avait maintenu, l’artiste vient d’annoncer : « Pour mettre fin à toutes les polémiques et faire cesser les pressions sur les organisateurs, j’ai décidé de retirer notre projet de tous les festivals d’été. » Réaction de Chris Blanchandin, administratrice sur Facebook de « Bertrand Cantat, le forum ».

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"Je gère un forum dédié à Bertrand Cantat depuis 2013. C’est un artiste que je suis depuis maintenant de nombreuses années, un très grand artiste que je respecte. Je suis très sensible à ses textes, à sa voix au grain particulier. Ses interprétations sont si puissantes que je pourrais le comparer à Brel, à Ferré ou à Bashung. Sa communication aujourd’hui est particulièrement difficile et ce forum est l’un des seuls moyens d’informer son public qui a choisi de lui rester fidèle de son actualité, et de faire en sorte que quelque chose soit encore possible autour de cet artiste. Je suis très fière de le soutenir, ça ne veut pas dire que je cautionne son acte, ça veut dire que j’ai fait le choix de ne pas le réduire à une soirée de sa vie. La justice a fait son travail, il a été condamné, il a purgé sa peine et aujourd’hui il a pleinement le droit d’exercer son métier et, à partir du moment où il fait le choix de continuer à l’exercer, je le soutiendrai de la meilleure façon qu’il soit.

La Une des Inrocks a sans doute été maladresse, surtout dans le contexte que nous vivons depuis un certain temps avec le mouvement « balance ton porc ». A mon sens, c’était une erreur de timing et je comprends qu’elle puisse heurter la sensibilité de certaines personnes. Néanmoins il sort un album, dans le cadre de sa promo il répond à une interview, ses propos dans cette interview sont dignes, justes, sans aucune provocation et sortir une phrase du contexte pour en faire la une du magazine fut un choix de la rédaction. De là s’est greffée l’intervention de la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa qui a mis le feu aux poudres sur ce que j’appelle « un acharnement médiatique ». C’est très grave ce qui se passe. Comment un membre du gouvernement peut-elle donner son avis en plein assemblée sur un choix rédactionnel et artistique ? Cela n’a choqué personne et tout cela a pris une ampleur considérable sur les réseaux sociaux. Bertrand Cantat est devenu l’homme à abattre.

Il est difficile de le nier qu’il fait aujourd’hui l’objet aujourd’hui d’un acharnement médiatique. J’ai rarement vu ça autour d’un artiste et ce depuis des années. Les médias ont le pouvoir d’influencer l’opinion publique et, le concernant, ils se sont octroyé le rôle des tribunaux. Tout cela est abject, pour lui, pour sa famille, pour les proches de la victime mais également pour son public. On lui a volé son histoire pour défendre la cause des violences faites aux femmes. Il serait peut-être temps qu’on arrête de s’acharner sur lui et qu’on le laisse exercer son métier au même titre qu’on laisserait un boulanger le faire. La double peine n’existe pas et en ce qui concerne Bertrand Cantat, j’ai l’impression qu’il subit une peine de mort dissimulée et tout le monde devrait s’en offusquer au nom des Droits de l’Homme.

Il est devenu le symbole des violences conjugales, malheureusement, et un symbole a un sens fort. De nombreuses associations féministes ont choisi d’en faire ce symbole pour défendre leurs causes. Il leur en fallait un de plus pour leur permettre d’être davantage médiatisées et, quand l’affaire Cantat/Trintignant est arrivée, cela a été du pain béni pour elles. Aujourd’hui, elles ne le lâchent pas mais, malheureusement, elles se trompent de symbole. Si demain un homme en arrivait à tuer quelqu’un en état d’ivresse, cela ne ferait pas forcément de lui un alcoolique. Il s’agirait d’un mauvais choix, un soir, certes très grave de conséquences, mais que Bertrand Cantat soit devenu un symbole est une triste récupération. On est loin du féminisme des années 70 où les combats menés par des femmes comme Gisèle Halimi s'appuyaient avec intelligence sur des débats ayant eu lieu devant la justice, dans le cadre qui doit être le leur. Aujourd'hui, elles utilisent des faits incertains, appuyés de témoignages anonymes et utilisant les médias comme arme.

Sans vouloir parler en son nom, je pense que le silence de Bertrand Cantat peut s’expliquer parce qu’il se positionne dans une décence que je respecte mais que je ne comprends pas toujours. Il a appris à vivre avec mais il faut du courage. Ses proches, ses enfants ont aussi le droit à une décence et ce n’est clairement pas le cas. C’est pourquoi d’un côté comme de l’autre il faut laisser la justice là où elle devrait se trouver, c’est-à-dire dans les tribunaux, et ce pour le bien des proches. Ses enfants ont le droit au respect au même titre que les enfants de la victime.

Bertrand Cantat a été déprogrammé de deux festivals, sous pression, avant de prendre la décision d’annuler ses concerts en festival cet été. Il faut relayer la pétition sur l’ingérence du politique dans la culture qui est en train de circuler. Cela dépasse l’entendement qu’on puisse déprogrammer un artiste, qu’un élu puisse menacer les organisateurs d’un festival… Mais au nom de quoi ? Les organisateurs sont habilités à faire des choix artistiques. C’est leur rôle. Ces déprogrammations soulèvent de sérieux problèmes pour la liberté artistique de notre pays. Si un politique intervient dans la culture, si un politique intervient dans un choix artistique, je doute qu’on puisse continuer à parler de démocratie. Là encore, ces déprogrammations devraient en offusquer plus d’un mais malheureusement je constate un manque de discernement de la part des gens, un manque de discernement tellement noyé dans l’émotion et la morale dont on les nourrit à longueur de journée. Vous voyez, on en revient toujours au même problème et tout se mélange : les médias prennent la place des tribunaux, les politiques prennent la place des programmateurs. Si tout le monde restait à sa place, Bertrand Cantat pourrait à nouveau exercer son métier en toute discrétion, face à son public. Ce public qui, je le rappelle, a droit au respect aussi. Dans ces déprogrammations, je n’en vois malheureusement aucun. Dernièrement, ce qui se passe autour du festival des Papillons de Nuit, auquel le conseil départemental de la Manche retire son soutien suite à la programmation de Cantat, est une aberration totale, une honte. Nous ne pouvons plus tolérer cette forme de mise à mort d’un artiste. Les artistes et les acteurs culturels doivent prendre parole.

Les conditions étaient particulièrement tendues, le soir de la première date, à La Rochelle le 1er mars, au vu du contexte étouffant entourant depuis quelque temps sa tournée. J’ai ressenti de la part de Bertrand Cantat un sentiment de malaise aussi. L’émotion était palpable, ravi de retrouver son public, d’être soutenu autant, l’envie de donner, de faire plaisir. Mais c’est dur de ressentir que son public doit aussi « se battre ». Le mot d’ordre de cette soirée fut la « bienveillance » une bienveillance que j’ai ressentie autour de moi : bienveillance dans la compréhension de ce contexte difficile, bienveillance d’être là, aussi, tout simplement. Mais également une bienveillance de Bertrand envers son public. Ce fut riche en émotions. Il y a très peu d’artistes capables de drainer un public aussi fidèle, aussi respectueux. C’est une force et cette force il doit la conserver le plus longtemps possible.

Il faut arrêter ce lynchage médiatique autour de lui. Que la justice reprenne sa place dans les tribunaux et qu’on respecte son public. Bertrand Cantat a apporté beaucoup à un certain nombre de personnes dans des moments difficiles de leur vie. Je suis bien placée pour savoir qu’il a un public extraordinaire, intelligent et ce public n’a pas à subir la haine des bien-pensants. Bertrand Cantat a apporté beaucoup au rock français, il faudrait effacer tout ça ? Il faudrait le réduire au silence ? Il faudrait oublier que notre pays est celui de la liberté ? Il faudrait l’interdire de refaire son métier ? C’est ce qu’il fait le mieux et qu’il a toujours fait, sans doute aussi ce qui le tient en vie. Et il faudrait supprimer tout ça, au nom d’une morale arbitraire qui ne fait aucun cas d’une décision judiciaire ? Non, nous n’en avons pas le droit."



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