Rivers of Nihil – The Work

La sortie de Where Owls Know My Name en 2018 avait été pour beaucoup une découverte. Celle d’un petit groupe américain, Rivers Of Nihil dont c’était pourtant le troisième album. Ajoutant une touche progressive à un deathcore très chargé, le quintet pennsylvanien s’était vu ériger en révélation de l’année par la presse et le public. C’est donc avec impatience, surtout après leur premier single, que l’on s’apprêtait à lancer The Work, leur nouvel ouvrage, et, on ne va pas vous mentir, l’attente est pleinement récompensée.

Rivers Of Nihil - Band

Alors que peut-on dire sur ce récent méfait proposé par les Pennsylvaniens ? Tout d’abord que si vous recherchez la brutalité de Monarchy et The Conscious Seed Of Light, vous n’êtes pas à la bonne adresse. Where Owls Know My Name avait entamé un virage, The Work le prend à pleine vitesse, sans mettre le pied sur la pédale de frein.

Le titre de l’album peut ainsi s’interpréter de différentes façons. Un travail sur la musique, sur le changement et l’évolution certes. Mais, surtout, un travail sur soi, constant, pour essayer d’être meilleur, tout comme un travail sur ce qui nous entoure ainsi que sur la compréhension du monde. Au final The Work parle moins de boulot que d’humain au travers de thématiques simples. Les addictions sur « Focus », le dépassement de soi sur « The Tower », ou encore la recherche d’échappatoire avec « Dreaming Black Clockwork », chaque morceau est une facette, une partie de pas mal de vies.

Et cette multiplicité se ressent tant dans les paroles que dans les tempos. Vous trouviez Where Owls Know My Name déjà trop mou ? Autant vous dire que vous pourrez également accoler l’étiquette de hipster metal à The Work. En effet, mis à part sur « MORE ? » qui sonnerait presque comme un troll, l’album n’a plus grand-chose de deathcore. Ce quatrième disque emprunte toujours à ses origines deathcore. Y ajoute même, plus encore que sur le précédent, des atours djent, mais pousse surtout sa recherche d’hybridation plus loin que sur sa troisième galette.

The Work est ainsi rempli de coupures, de phases aux multiples couches d’instruments. Tout est respiration, accélération, et chaque étape, phrase et passage semble être murement réfléchi. Cela se ressent vraiment dans le tracklisting, tant les onze pistes s’enchaînent parfaitement, malgré ses cassures constantes, tant dans les ambiances que dans les tempos.

Malgré des morceaux très lourds, une violence parfois très froide, l’album possède un côté totalement opposé, avec une certaine chaleur et douceur qui s’émane de ses atmosphères. Sans jamais prendre le pas l’une sur l’autre, ces deux facettes de The Work se complètent à merveille.

Nous pourrions ainsi parler du saxophone présent tout le temps, toujours là pour rajouter de l’émotion et des motifs en arrière plan, parfaitement utilisé. Nous n’aurons pourtant droit qu’à un seul solo de l’instrument à vent, sur « The Void from Which No Sounds Escape », preuve que le groupe ne cherche pas à trop à mettre celui-ci en avant.

Mais comment ne pas aussi mentionner ses riffs d’une lourdeur à se briser la nuque, ses accélérations. « Clean » ou encore « Episode » sont tout de même là pour rappeler le passé deathcore de la formation. Mais la vitesse et la technique ne sont plus la finalité de la musique de Rivers of Nihil. Désormais, ces deux mamelles font partie de solutions pour créer les multiples richesses d’un album qui sonne tant comme une émancipation qu’un renouveau.

L’un des changements les plus notables par rapport aux disques précédents s’avèrera pour beaucoup un crime de lèse-majesté. En effet, jamais le chant clair n’aura été aussi présent chez Rivers of Nihil. Pas un seul morceau n’échappe ainsi à la nouvelle palette vocale de Jake Dieffenbach, frôlant parfois d’autres genres tel que sur « Wait » ou « Maybe One Day » qui résonnent presque entre pop et post rock aérien.

Et pourtant, sur sa totalité, The Work est on ne peut plus metal. Pas death metal, ni deathcore ou encore djent. Simplement metal. En piochant un peu partout, avec différentes gammes, différentes couleurs, le disque parvient à se placer entre les styles sans se casser les adducteurs sur ce grand écart. Ce qui est un petit miracle avec un album d’une telle longueur, qui frôle une durée d’une heure.  Et qui se permet de clôturer avec brio sur « Terrestria IV : Work » avec une compo de pratiquement douze minutes qui symbolise à merveille la mue de ces cinq Américains.

Si ce que vous aimiez chez Rivers of Nihil était sa violence, déjà quelque peu déconstruite sur Where Owls Know My Name, The Work pourra vous décevoir. Monstrueux, varié, empli d’idées au point d’en devenir parfois indigeste, les adjectifs que l’on pourrait lui apposer sont aussi nombreux que les milles qualités du disque. Le groupe coupe ici définitivement le cordon de ses origines deathcore, et fait passer, à l’instar d’un Parkway Drive récemment, son art dans une autre sphère. Jamais la musique des Américains n’aura sonné à la fois de façon accessible, mais non moins avant-gardiste. Dans ce renouvellement bien loin de ses débuts, Rivers of Nihil livre un album de metal moderne colossal, qui devrait, et c’est tout ce que l’on peut espérer, lui ouvrir de nouvelles portes.

Rivers of NihilThe Work : sortie le 24 septembre 2021 chez Metal Blade Records

Tracklisting : 

01. The Tower (Theme from « The Work »)
02. Dreaming Black Clockwork
03. Wait
04. Focus
05. Clean
06. The Void from Which No Sound Escapes
07. MORE?
08. Tower 2
09. Episode
10. Maybe One Day
11. Terrestria IV: Work

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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