Trivium – In The Court Of The Dragon

Malgré les critiques – plus ou moins justifiées selon les périodes – s’il y a bien un groupe qui n’a cure des avis des autres, il s’agit de Trivium. Alors que la qualité des albums était depuis ses débuts en dent de scie, la bande de Matt Heafy semble avoir trouvé une stabilité depuis 2017. Stabilité d’abord dans ses membres avec l’arrivée d’Alex Bent à la batterie. Et donc, surtout, stabilité qualitative. Car entre la cuvée 2017 et What The Dead Men Say, le quatuor n’a livré rien de moins que ses meilleurs albums depuis Ascendancy. L’annonce d’un nouveau disque à peine un an et demi après le précédent avait de quoi interroger. Recueil de faces B ou bien album composé à la va-vite, que vaut donc ce nouveau Trivium intitulé In The Court Of The Dragon? Et bien autant vous le dire tout de suite, rien de tout ça !

Mine de rien, Trivium est là depuis maintenant plus de vingt ans et n’est plus le jeune premier qui vient pour affronter le reste de la scène. Il n’empêche, rares sont les formations à aussi peu se reposer sur leurs lauriers et à être tant régulières. Car oui, In The Court Of The Dragon est déjà le dixième album des Américains. En seulement dix-huit ans, preuve du sens quasi métronomique des sorties du groupe, qui semble ne jamais s’arrêter de travailler.

Et pourtant, les premiers singles le laissaient deviner, pas question ici de bâcler le boulot. Les amateurs de What The Dead Men Say ne seront pas dépaysés. Trivium est toujours cet aspirateur à influences, capable d’ingurgiter les multiples sous-genres du metal. Ainsi, on se retrouve avec ce mélange de metalcore pour les rythmiques, de groove metal à la Pantera, de thrash et de melodeath. Parsemez le tout d’un chant à la variété sans cesse plus grande, entre hurlements et multiples tessitures dans les voix claires et vous obtenez le Trivium de 2021.

« Like a Sword Over Damocles » est la preuve de toutes ces influences dont se nourrit Trivium. En moins de six minutes, on aura droit à des couplets et des refrains metalcore, des ponts et des solos harmoniques thrash metal au possible, suivi d’un solo néo-classique tout droit sorti d’un album de Dragonforce. Et comme d’habitude depuis 2017, cela marche du tonnerre. Clairement, sur le terrain du metalcore, Trivium n’a pas à rougir devant le reste de la scène, mais surtout ne se résume plus qu’à cet unique sous-genre.

Les compositions sont ainsi plus aérées que par le passé et la construction des morceaux beaucoup moins redondante. Heafy et Beaulieu sont bien plus justes et efficaces qu’il y a quelques années, et savent aujourd’hui se mettre en retrait face à la basse de Gregoletto ou aux rythmiques d’Alex Bent. La production permet d’ailleurs vraiment de ressentir ce nouveau côté de Trivium. Bien que semblant toujours similaire, on découvre par là les prises de risque de la bande. Prenez « The Shadow Of The Abattoir » par exemple. Empreint d’une émotion que l’on ne pensait pas voir chez Trivium, la composition se distingue tout autant par ses ambiances que sa technique.

Car c’est réellement ce qui marque sur In The Court Of The Dragon. Cette capacité à faire réagir, ce sentiment que le groupe a réussi à trouver un sens à son exutoire musical. Les chansons les plus longues de l’album vont ainsi dans cette direction. Les amateurs des premiers disques en auront tout de même pour leur argent. « No Way Back Just Through », « From Dawn To Decadence » ou également « Crisis of Revelation » et son sublime solo de basse raviront les fans qui suivent Trivium depuis toujours. Mais c’est donc surtout les pistes à tiroir qui font le sel de cet album. « Fall Into Your Hands » semble par exemple démarrer tel une chanson d’Ascendancy, avant de subitement changer de braquet à la vitesse de la lumière et se changer en éclatant morceau de heavy metal.

Quant à « The Phalanx », il se démarque encore par les bouleversements vocaux de Matt Heafy, descendant comme rarement vu auparavant dans les graves. Bien que (fortement) décrié, Silence in The Snow aura permis à Heafy de s’affiner et s’affirmer dans l’usage de son chant clair, In The Court of The Dragon est la consécration de ce chemin. Jamais Matt Heafy n’aura été autant sûr de ses instruments, que ça soit sa guitare ou sa voix. Et quoique que sa science du riff demeure inchangée, sa palette vocale a elle énormément évolué.

Ses hurlements metalcore constamment efficaces s’accompagnent désormais des passages en chant non saturé qu’il n’hésite plus à disséminer de partout. Rarement album de Trivium n’aura donc semblé à la fois aussi brutal et mélodieux (excepté Silence In The Snow donc, qui lui était en quasi voix claire du fait des difficultés de Heafy à l’époque). Et bien que toujours suivi par les beuglements de Corey Beaulieu et les chœurs de Paolo Gregoletto, le vociférateur en chef de Trivium ne craint plus de tenter d’aller plus loin dans son style… Et à réussir ce qu’il entreprend.

Il faut dire qu’il se dégage depuis 2017 une pure force tranquille chez Trivium. L’arrivée d’Alex Bent, encore une fois monstrueux derrière les fûts, aura véritablement insufflé une vivacité nouvelle dans le trio servant de noyau dur. Les membres se font désormais une parfaite confiance et cela se ressent à tous les niveaux. Jamais la basse de Paolo Gregoletto n’aura été aussi placée en avant depuis sa venue, tout comme la batterie. Mais surtout, ici, toutes les compositions semblent être l’œuvre d’un groupe. Ce n’est plus (uniquement) une mise en avant du talent des deux guitaristes à pondre des riffs joués très très vite, mais plutôt une osmose qui s’améliore depuis 2017.

In The Court Of The Dragon n’est pas seulement un bon album… C’est un superbe album de la part de Trivium. Après avoir semblé s’être longtemps cherchée, la bande a enfin trouvé LA formule. Sans tomber dans le resucé, Trivium bouffe à tous les râteliers dans les genres que ses membres apprécient. Et bien qu’on sente toujours une déférence aux « anciens » du metal, qu’il soit thrash, death melo ou metalcore, il n’y a plus ce poids de l’hommage qui marquait par exemple The Crusade.

In The Court Of The Dragon est l’album d’un quatuor qui se connait par cœur, porté par un leader qui n’a jamais aussi bien assumé son rôle. Est-ce le meilleur de Trivium à ce jour ? Le choix sera difficile chez les amateurs du groupe tant il a touché à divers styles sur ses dix disques. Néanmoins, il est sûr que celui-ci figurera dans le haut du panier. Vraiment une des sorties de ce mois d’octobre 2021 et de cette fin d’année.

 

TriviumIn The Court Of The Dragon, sorti le 08 octobre 2021 chez Roadrunner Records / Warner Bros Records

Tracklist :

  1. X
  2. In the Court of the Dragon
  3. Like a Sword over Damocles
  4. Feast of Fire
  5. A Crisis of Revelation
  6. The Shadow of the Abattoir
  7.  No Way Back Just Through
  8. Fall into Your Hands
  9. From Dawn to Decadence
  10. The Phalanx
Trivium In the Court of the Dragon artwork

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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