Magoyond – Necropolis

Le quatuor français qui s’est fait connaître en mêlant le metal à la fantasy, la pop culture et l’horreur, dévoile aujourd’hui son troisième opus Necropolis. Conçu grâce à une campagne participative couronnée de succès, ce nouvel album témoigne d’un travail acharné abattu pendant plus d’un an. Magoyond s’est en effet entouré pour l'occasion d’un orchestre symphonique, d’un brass band et d’un chœur symphonique ! Pas de doute, le groupe d’amateurs de JdR d’il y a quinze ans est bel est bien passé à un autre level.

Épisode final de l’arc narratif portant sur l’apocalypse entamé dix ans auparavant avec Pandemia et poursuivi sur Kryptshow, Necropolis regorge de clins d’œil et références aux précédents opus, mais l’album ne se présente pas vraiment comme conceptuel, chaque morceau développant une histoire singulière, pièce d’un échiquier du monde fictif construit par les gentils geeks depuis leur formation.

Magoyond se distingue par une signature vocale évidente. Julien dit Le Mago, par de son chant expressif (et en français), guide l’auditeur à travers cette narration épique. Il navigue sur des registres différents, adaptant son timbre à l’ambiance du titre. C’est que chaque morceau est une histoire à part avec son univers et son atmosphère propre, mais le fil conducteur réside dans les refrains puissants et mémorables, faciles à retenir et à chanter.

Les plus joueurs des fans chercheront les références et hommages dans chaque titre : citons, en vrac, les sonorités graves et indus à la Rammstein (jusqu’à la thématique de l’embrasement) du morceau "Le Charnier des Épouvantails", ou encore les rythmiques elliptiques et riffs explosifs du monumental titre d’ouverture "L’Ordre de l’Ombre", mi-Gojira, mi-orchestral – gojistral ! Le chœur symphonique d’ailleurs s’allie extrêmement bien aux sonorités dures des riffs lourds, dans un équilibre subtil que la bande a su trouver sur chaque morceau.

La participation de l’orchestre symphonique apporte une réelle valeur ajoutée aux morceaux, plantant des décors et des atmosphères épiques. C’est le cas dans "L’Avènement du Nécromant", où les instruments électriques s’effacent pour laisser place au conte, et surtout dans le morceau-titre, pièce maîtresse où l’orchestre prend le lead pour se charger de la narration, au même titre que le chant. Là encore, chœur et riffs se répondent, et l’arrivée des cors rajoute de la noirceur au propos.

Magoyond emprunte des chemins de lourdeur, mêlant des paroles macabres et humoristiques à du heavy d’école sur le faussement joyeux "Monstapark", invitation à grimper dans un manège peu ordinaire, conclue par un superbe solo signé Victor.

Magoyond_2022band
Magoyond : Victor “Vito” Bruzzi, Julien “Le Mago” Escalas, Arnaud “Aspic” Condé, Bruno “Nobru” Guerzoni

À l’inverse, les sonorités se font plus modernes sur certains morceaux, une profusion d’influence – Devin Townsend, TesseracT, Leprous même – transparaît dans les rythmiques syncopées, énormes riffs, double pédale et claviers fous des "Catacombes" et du "Village". Sur cette dernière, construite en redoutable crescendo, on passe d’une ambiance inquiétante à l’écrasement des riffs de guitare soutenus par les cordes de l’orchestre pour un final assez monstrueux. Monstrueux aussi, ou titanesques plutôt, les riffs et les lignes de basse énormes de "L’Eveil des Titans", soutenus par l’orchestre pour évoquer de façon solennelle l’avènement d’une nouvelle domination dans ce monde qui vacille.

Sans complexe, le combo s’invite dans les années folles et fait d’un speakeasy macabre le théâtre du soulèvement des clandestins dans "Goliath Paradise". Magoyond mélange les genres avec brio, et ne s’interdit rien, invitant un brass band et offrant même à cet objet musical osé un clip costumé cinématographique.

Le bonus "Soyez Prêtes", version revisitée de la chanson de l’impitoyable Scar dans Le Roi Lion, montre ce double visage de Magoyond : le côté décalé, simple et humoristique de la reprise facile à chanter cache en fait une réalisation millimétrée, pleine de lourdeur et de virtuosité dans l’exécution. Le groupe qui n’a clairement plus rien d’amateur élève le débat – et la portée des paroles.

Pari réussi pour Magoyond qui a su élaborer une œuvre cohérente, convaincante et puissante, à la hauteur de ses ambitions et ne ressemblant à aucune autre. Avec Necropolis, les Français atteignent un nouveau palier dans leur parcours singulier, et tirent un trait sur le chapitre des albums de l’apocalypse de la plus belle des manières. On a désormais hâte d’entonner ces morceaux en chœur avec le groupe sur scène. Si les chanceux détenteurs d’une place pour les deux concerts sold-out d’Halloween au Cabaret le Zèbre de Belleville seront les premiers à en profiter, pas de panique : d’autres dates sont prévues en fin d’année et en début d’année prochaine partout en France.

Tracklist Necropolis :

1. Prélude
2. L’Ordre de l’Ombre
3. Le Village
4. Le Charnier des Épouvantails
5. L’Avènement du Nécromant
6. Necropolis
7. Goliath Paradise
8. Monstapark
9. Catacombes
10. L’Éveil des Titans
11. Soyez Prêtes

Sortie le 28 octobre 2022 via M&O Music

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NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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