SkyThala : Boreal Despair, ovni black metal néoclassique

Si l’on peut tiquer sur une sortie d’album aussi étrange qu’atypique ce mois-ci, c’est bien sur Boreal Despair, premier disque d’une formation musicale mystérieuse originaire des États-Unis : SkyThala, produit par le label italien I, Voidhanger . Les amateurs de “true” black metal vont soit se réjouir, soit se déchirer, mais une chose est certaine, personne ne va sortir indemne de cette expérience.

Originaires de plusieurs états américains, les trois membres de Skythala, issus du peu connu label expérimental/ avant-gardiste/ black metal Moonlight Cypress Archetypes, nous livrent ici un premier album virtuose. Le purisme technique du black metal décliné à toutes les sauces y est combiné à une passion ouverte pour un Stravinsky aussi néoclassique qu’eux. Les thèmes abordés se concentrent sur la Russie, ses paysages désolés, la fin de son Empire, la Révolution, Raspoutine (pas de black metal sans black wizard), le tout évoquant une apocalypse aussi dévastatrice que mélancolique et contemplative. Ryan Clackner, aux guitares, chants et arrangements nous propose six morceaux, mais de taille, puisqu’ils font tous entre 8 et 10 minutes, et sont composés, chacun, comme une symphonie, de plusieurs mouvements savamment orchestrés.

Dès les premières notes de “Eternal Nuclear Dawn”, pas de doute, la démonstration de genre est là : des sons brutaux, une impression de confusion musicale sur un fond de lamentation instrumentale, des césures violentes, une voix très black, plus dans le cri que dans le growl, mais s’intégrant volontiers dans les basses, des breaks contemplatifs à répétition faisant monter une angoisse toujours sous-entendue, puis à nouveau des explosions sonores…

La batterie ne vous épargnera aucune variante rythmique : tout est décliné, détaillé avec une minutie et une technique dénuée de frime. La double pédale et le blast beat, évidemment, mais aussi des rythmes parfois plus rock et progressifs. On passe d’un appareil à un autre à travers une multitude de séquences, s’arrangeant entre elles comme les images d’un kaléidoscope. La guitare est à l’honneur, violente, criarde, lourde, toujours présente.

Au milieu d’un purisme évident, Skythala se permet cependant des ruptures franches, avec par exemple un solo groovy en plein milieu de “Rotted Wooden Castles”, une intro black/blues dans “Boreal Phroenological Despair” et des parties folk pour conclure "Yielding Quivers of Revolution". Peut-être, à cette écoute, se souvient-on des modèles rigoureux d’Emperor et de Carpathian Forest durant les années 90, et pourtant on trouvera sans doute quelque chose de terriblement contemporain à Boreal Despair. Le progressisme de l’album, ses flirts avec le métal symphonique ou folk peuvent surprendre.

Les Américains nous délivrent ici en réalité un album à tiroirs, où leur passion pour Stravinsky se révèle à force d’écoute. Ce qui définit Stravinsky à travers son oeuvre, c’est le néoclassicisme dont il a illustré les codes. Notamment à travers trois techniques, toutes présentes dans ce premier opus de SkyThlala : la superposition rythmique, la tonalité mineure prépondérante et les dissonances volontaires.

Les dizaines et dizaines d’instruments symphoniques tels que les cors, les flûtes, les orgues, les cordes frottées, les basses à cordes ou à vent, sont tous interprétés dans une partition habile de clavier, conformément au registre des instruments de prédilection de leur référence russe. Le tout servant un équilibre étrange, la composition disperse des thèmes entêtants à travers des interventions soit très bruyantes, soit intimistes, dispersant au milieu d'explosions phoniques des larsens et accords brouillons d'instruments symphoniques. Cependant, chaque son est distillé avec parcimonie, sans étouffer les autres, mettant juste en valeur l'instrument à l'honneur le temps de quelques mesures.

K7 Boreal Dispair
Edition cassette sur le bandcamp de SkyThala

Boreal Dispair est l’archétype même d’un metal extrême, noir, désespéré, c’est pourquoi il ne sera pas accessible facilement à des non initiés ou peu amateurs de black metal. Cependant, il offre à travers une technique irréprochable et un projet original, matière à s’y pencher, à l’écouter, une fois, puis deux, puis dix, pour à chaque fois y découvrir une nouvelle surprise, un nouveau son, un autre contre chant. C’est un chef-d'œuvre déguisé en chaos  qui vous attend à travers ce premier album de SkyThala, chez I, Voidhanger.

Tracklist : 

1. Eternal Nuclear Dawn (10:00)
2. Variegated Stances Of Self Mockery (9:49)
3. Boreal Phrenological Despair (9:32)
4. Rotted Wooden Castles (8:40)
5. At Dawn They Walk (9:03)
6. Yielding Quivers Of Revolution (9:41)

Album déja disponible sur le bandcamp du groupe

Boreal Dispair
Premier opus de SkyThala, d'après une oeuvre de Kristina Pavleska

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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