Turnstile – Never Enough

S’il fallait choisir un album à écouter cet été 2025, « Never Enough » de Turnstile ferait sans doute partie des favoris. Depuis sa création en 2010, le groupe américain, issu pourtant du punk-hardcore de Baltimore, a évolué vers une formule mêlant ses racines coreuses avec des mélodies bien plus accessibles. Ce virage, d’ailleurs clairement assumé depuis la sortie de Glow On en 2021, a permis au groupe d’accroitre particulièrement sa popularité. Véritable événement de ce début d’été, Never Enough s’accompagne également d’un film d’une cinquantaine de minutes, où chaque titre prend vie à travers un clip dédié

L’album Never Enough de Turnstile  porte d’ailleurs bien son nom ("jamais assez", en français), pour plusieurs raisons. Jamais assez, car on sent bien que le groupe n’en avait pas assez de Glow On. Il y a parfois la sensation que les chansons des deux opus se ressemblent. Le groupe continue de jouer la carte de l’accessibilité en mêlant au punk le pop rock, le funk et même parfois le dream pop et l’electro ambiant.

Les structures rythmiques sont très proches entre les deux albums. Par exemple entre le très dansant petit nouveau et excellent "Sole" et "Don’t Play" du précédent album. On sent d’ailleurs que le départ de Brady Ebert des rangs de Turnstile n’a sûrement pas aidé à forcément trop innover. Le seul guitariste du groupe ayant participé à l’enregistrement est en effet Pat McCrory. La nouvelle Meg Mills n’ayant pas ou peu participé à la phase d’enregistrement. En tout cas on ressent toujours bien ce qui fait la formule actuelle Turnstile. A savoir l’opposition aérienne et ambiante d'une guitare avec les riffs punk-hardcore beaucoup plus saturés et tranchants de l’autre.

Cela explique que Turnstile fasse partie de la liste de ces groupes qui divisent beaucoup, notamment ceux de la première heure. Il y’a parfois même des morceaux qui, disons-le, semblent dénaturer un peu le son du groupe, notamment le final de l’album « Magic Man ». Bien qu'il serve de retour au calme, il fait vraiment morceau dream pop ambiant mainstream. Un déjà-vu dont on aurait bien pu se passer.

Jamais assez, également, car les chansons, bien que souvent réussies, semblent aussi très courtes. A la fin de « Seeing Stars », par exemple, il y a ce solo de guitare et son sustain très réussi, mais qui arrête déjà la chanson. Et à plusieurs reprises on aura cette sensation de « Ah, c’est déjà fini ».

Pourtant le groupe a tout pour faire des morceaux un peu plus expérimentaux, et il le prouve très bien. Le passage zen ambiant avec une flûte aux sonorités japonaises dans « Sunshower » en est un parfait exemple. Citons encore l'une des meilleurs chansons de l’album, « Look Out For Me », qui s'achève sur une nappe sonore électronique ambiante des plus plaisantes.

Mais jamais assez, car l’album a vraiment cette atmosphère rafraichissante « bonnes ondes à la cool »  qu’on aimerait garder toute l’année. De nombreux titres mêlent d’ailleurs ce côté très indie pop avec ce son de guitare claire mélangé avec des effets de chorus et de réverb, comme par exemple sur  « I Care » ou « Seeing Stars ». Sur cette dernière le groupe s'est d'ailleurs même payé le luxe d'inviter Hayley Williams, la chanteuse de Paramore, pour faire les chœurs

Cette influence dansante très 80’s se ressent d’ailleurs également avec la présence très bien sentie du cowbell à la batterie du monstrueux Daniel Fang. Sans oublier d'ailleurs le côté très funk et groovy porté par les lignes de basse de Franz Lyons. 

Ces deux titres permettent également de faire remarquer que la voix du chanteur Brendan Yates ressemble très fortement à celle de Sting sur les passages clairs. Mais elle continue surtout de nous surprendre: le frontman est en effet capable d’alterner des cris rageurs hérités de ses racines hardcore et un chant plus posé, presque mélancolique voire détaché parfois. Ce qui reflète parfaitement ces contrastes qui font la richesse de Turnstile.

Les riffs de guitares super tranchants et très efficaces permettent au groupe de rester fidèle à ses racines et de garder toujours un peu de son identité d’origine.  De nombreux morceaux ont d’ailleurs ce sens du riff explosif, comme "Sole", "Slowdive" ou "Dull". Certains sonnent très punk hardcore, voire un peu punk Misfits à l’ancienne comme "Birds", ou encore "Sunshower".

Finalement, ce n’est jamais assez, car on prend vraiment plaisir à revenir dans les morceaux et à réécouter l’album à de nombreuses reprises. Le groupe a tout pour continuer à explorer et affiner sa nouvelle formule, et avec Never Enough, il signe un disque à la fois rafraîchissant et très bien produit, qu’on prendra plaisir à faire tourner bien au-delà de l’été. A savoir une frontière parfaite entre punk-rock, hardcore et dream-pop.

Le film qu’on a pu voir pour la première diffusion en France (et dont on espère une sortie prochaine sur YouTube) est d’ailleurs une très belle illustration de ce qu’est Turnstile. Ce film, produit notamment par le chanteur, met en avant des clips très colorés, et permet de rendre compte du côté très artistique et indie du groupe.

À plusieurs reprises, les clips vidéos jouent sur cette opposition entre le calme et le bruit, en opposant notamment des ambiances musicales calmes avec des visuels qui semblent parfois suggérer plus d’intensité, et vice versa. Un film certes peu révolutionnaire (il s’agit d’un enchaînement de clips), mais qui nous montre finalement que les Américains ont soigneusement cultivé une direction artistique bien identifiable et à leur image.

Tracklist :

Never Enough
Sole
I Care
Dreaming
Light Design
Dull
Sunshower
Look Out for Me
Ceiling
Seein' Stars
Birds
Slowdive
Time Is Happening
Magic Man

Turnstile Never Enough
Never Enough est déjà disponible chez Roadrunner Records.

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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