Cela fait plus de quinze ans que Magoyond trace son chemin apocalyptique et empli de zombies dans le paysage musical français. Alors que le troisième album long date d’il y a plus de trois ans, le groupe sort cette semaine un EP, histoire de continuer à raconter les aventures des citoyens de Necropolis sans attendre le prochain long-métrage – euh pardon, LP.

Côté scénario, Magoyond reprend là où il avait laissé Necropolis en 2022 : les Titans s’éveillent, pas franchement contents, la ville est menacée, il faut songer à fuir. A bord d’un zeppelin géant – d’où le nom de l’EP. Cette dimension cinématographique, présente à sa façon depuis le premier album Pandemia en 2012, semble encore plus prégnante sur Zeppelin.
Cela tient à plusieurs points : le fait évidemment que le groupe chante en français, avec des paroles assez imagées pour nous faire visualiser les scènes, sans pour autant être trop terre-à-terre avec du descriptif pur. C’est un réel exercice d’équilibriste, et le groupe marche sur une ligne de crête en permanence, mais si quelques passages peuvent sonner bizarrement à la première écoute, Magoyond ne sombre jamais dans le ridicule. De plus, le quatuor parisien s’inscrit depuis le début dans un même univers qu’il assemble brique par brique et qui s’étend à chaque nouvelle sortie. Si sur Pandemia, l’apocalypse servait de toile de fond à des saynètes individuelles, depuis Kryptshow (2019) et plus encore Necropolis, l’histoire globale de ce monde se dévoile de plus en plus.
Mais, telles de nombreuses sagas, celle de Magoyond change de ton au fil des opus. Alors que Pandemia était mi-potache, mi-macabre, mais globalement très léger dans son traitement, tout comme les EP qui ont suivi, les deux albums longs qui ont suivi ont sombré progressivement dans une plus grande noirceur. L’humour n’a jamais entièrement disparu mais s’est atténué et s’est fait plus froid, plus tragique et plus grinçant. Cela se fait d’autant plus sentir sur Zeppelin : il n’y a franchement plus de quoi rire, les survivants affrontent divers périls, de Gorgone en Léviathan en passant par des envahisseurs qui viennent en paix de la même façon que les Martiens de Tim Burton (ou que certains présidents contemporains…). Inutile donc de chercher des blagues dans cet EP, le récit se fait au premier degré. La conclusion « We Come in Peace » est le seul à vraiment apporter du second degré – et un peu d’anglais, a priori pour la première fois chez Magoyond.
Il y a presque là quelque chose de l’ordre de Kaamelott Au Pays Des Zombies : l’équipe de bras cassés reste en place au fil des saisons (rassurez-vous, on parle des personnages, certainement pas des musiciens), mais l’enchaînement de gags inoffensifs cède la place à une histoire construite, où le tragique fait son entrée, mais où l’ensemble semble toujours volontairement un peu de guingois, le ridicule de la situation étant trop mis en avant pour réellement sombrer dans la tragédie grecque. C’est peut-être l’une des forces de Magoyond : raconter des histoires de catastrophes de "science-fiction fantastique" de façon sérieuse, assumée (ce n’est clairement pas de la parodie), tout en gardant un je-ne-sais-quoi de distance qui préserve l’ensemble du pompeux.
Une voix plus théâtrale que jamais
Si l’univers textuel (oserait-on dire littéraire ?) fait tant l’objet de notre attention, c’est parce qu’une telle cohérence d’un bout à l’autre d’une œuvre qui commence à ne plus être si réduite quantitativement parlante reste relativement rare dans la production metal française – même si pas unique, fort heureusement.
Pour autant, cela ne veut absolument pas dire que le travail musical est délaissé. Bien au contraire. A commencer par le chant. Le Mago (Julien Escalas, pour son identité non-zombie) a toujours eu une voix très expressive, et il s’est techniquement énormément amélioré au fil des disques. Sur Zeppelin, son chant fait des merveilles et est un des éléments qui rendent l’EP aussi cinématographique. Sa voix se fait grandiloquente, donnant réellement à vivre les épisodes racontés – on entend presque son sourire malsain sur « Leviathan ». Là encore, mal maîtrisé, cela pourrait être ridicule, mais il insuffle juste assez d’ironie pour donner à l’ensemble un panache cabossé et désabusé.
Par ailleurs, il explore plus que jamais une grande diversité de registres. Les quasi-murmures de « Exil » instaurent une ambiance désespérée et angoissante. On l’a rarement entendu chanter de la sorte, et ce sont presque les passages vocaux les plus marquants de l’album. Il y a pourtant de la concurrence, avec du chant saturé beaucoup plus présent, sur plusieurs modes, qui marche vraiment très bien (particulièrement sur « Leviathan » et « Gorgone »), même si on sent qu’il pourrait aller encore plus loin dans ce registre et se laisser tenter par des passages de growl pur.
L’orchestre, personnage central du film Zeppelin ?
Le travail sur les instruments, lui aussi, donne toute son ampleur cinématographique à cet opus. Pour la seconde fois après Necropolis, Magoyond a eu recours à un chœur et un orchestre symphoniques. Leur emploi est au moins aussi réussi que sur le disque précédent, le bassiste Aspic (Arnaud Condé dans notre réalité) a effectué un travail impressionnant sur l’orchestration. Les chansons prennent une réelle ampleur, des couleurs différentes grâce à l’orchestre (les cuivres sur « We Come in Peace sont particulièrement enthousiasmants). Les instruments recréent à plusieurs occasions des sons de sirènes qui renforcent l’univers du voyage aérien semé d’embûches, et des commentateurs de YouTube très observateurs ont même fait remarquer sous la vidéo de « Zeppelin » que l’orchestre donne à entendre les hélices tournant avec les violons et le moteur rugissant avec la basse et la batterie.
La précision du travail peut d’ailleurs s’écouter à loisir avec la version instrumentale de l’EP, une pratique dont Magoyond est friand. Mention spéciale au violoncelle dont la beauté s’entend bien mieux dans la version instrumentale (notamment sur « Exil »), mais qui apporte un vrai cachet. Pas étonnant que le groupe l’ait intégré à son dernier concert ce mois-ci. L’EP lorgne clairement vers le metal symphonique, tant l’orchestre s’accorde avec le groupe, et met en relief l’agressivité de plus en plus prononcée de sa musique. Alors que les débuts étaient plutôt rock et que le groupe avait ensuite évolué vers un metal relativement soft sur Kryptshow, Zeppelin parachève la mue déjà bien présente sur Necropolis. C’est lourd, c’est sombre, les guitares (Vito – Victor Bruzzi chez les humains – à la guitare lead et Mago) sont de plus en plus incisives, avec quelques soli du plus bel effet. Les attaques de « Zeppelin » et « Pavillon Noir » sont d’une puissance enragée, servies par la basse d’Aspic et la batterie fracassante de Nobru (Bruno Guerzoni pour les vivants).
Passé notre déception de ne pas avoir droit à une reprise de Led Zeppelin avec un nom pareil (non, cela n’aurait aucune cohérence avec l’univers du groupe, mais La Grosse Radio apprécie le comique de répétition), le seul reproche est d’avoir un disque trop court. Reproche difficilement entendable pour un EP, certes, d’autant que les versions instrumentales font doubler le temps d’écoute.
Zeppelin magnifie les fondations (pourtant détruites) de Necropolis. De plus en plus sombre, de plus en plus violent (comme notre époque, dirons-nous avec autant de facilité que d’amertume), il met la barre très haut pour l’opus qui suivra. D’où une angoisse : à force de s’élever, ce zeppelin ne risque-t-il pas de s’écraser, fracassant ainsi tous les espoirs que nous plaçons en lui ? Mais, plutôt que de ruminer cette idée apocalyptique, suivons les recommandations de l’impératrice des goules et embarquons avec la horde dans le zeppelin de nos quatre zombies, qui feront notamment escale à Lyon, Antony, Mons et Andrézieux-Bouthéon, si la fin du monde ne nous frappe pas d’ici-là.
Tracklist
1. Le Départ
2. Zeppelin
3. Pavillon Noir
4. Exil
5. Leviathan
6. We Come in Peace
7. à 12. pistes instrumentales
Sortie le 30 janvier 2026 via SPZ




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