Après avoir marqué les esprits avec A Feast on Sorrow sorti en 2023 et des prestations live convaincantes ces deux dernières années, Urne est de retour avec son nouvel opus, Setting Fire to the Sky. Entre riffs massifs, envolées progressives et mélodies accrocheuses, le trio londonien se montre résolu à allumer le feu… et prépare déjà son retour en tête d’affiche dans quelques semaines. Reste à savoir si la jeune formation en pleine ascension saura relever le défi du troisième album, ce passage obligé où se joue souvent la légitimité d’un groupe.
Il vaut mieux éviter de se fier à l’adjectif « progressif » dans la description du son du groupe, car ici Urne ne cherche pas à en mettre plein la vue. Et c’est justement là que le disque frappe fort. Avec un album assez direct, plus resserré, les Anglais affichent une volonté claire : aller à l’essentiel, sans perdre en densité ni en intensité. Huit morceaux (plus un bonus pour les versions CD et digitale), quarante minutes, c’est un choix qui fonctionne, même s’il n’est pas sans conséquence.
Très vite, l’auditeur est happé par une dynamique implacable. L’album est compact, presque ramassé sur lui-même, mais jamais étouffant. La batterie de James Cook joue un rôle central dans cette sensation de mouvement permanent, avec des lignes de caisse claire particulièrement inspirées, qui donnent du relief aux morceaux et les relancent sans cesse. Le guitariste Angus Neyra continue de construire des textures denses et se distingue par ses riffs francs, solides, efficaces, et quelques soli bien sentis qui introduisent une touche classique à l’ensemble, sans fioriture inutile. Le morceau éponyme donne dans la puissance ravageuse, presque rétro dans son approche thrashy. La batterie indomptable et galopante n’a de rivale que la vélocité des riffs, et les cris féroces alternent avec des passages vocaux plus clairs. Une sorte de manifeste du cru 2026 de Urne, indéniablement efficace.
La basse de Joe Nally, souvent sombre, parfois menaçante, épaissit l’atmosphère et ancre l’ensemble dans une expérience plus viscérale. Le chant de ce dernier, lui aussi, montre une évolution notable. Le vocaliste gagne clairement en nuance et en expressivité, et la complémentarité entre les différents styles vocaux est bien mieux exploitée. Le growl, s’il reste parfois un peu forcé, s’intègre globalement mieux au propos. Mais ce sont surtout les passages en chant clair qui retiennent l’attention. Très réussis, chargés d’une émotion presque nostalgique, ils évoquent par moments un certain héritage du grunge des années 90, comme sur la très sombre "Weeping to the World", ou sur la conclusion plus sobre et introspective "Breathe", avec les lignes aériennes de la talentueuse violoncelliste britannique Jo Quail, offrant un contraste émotionnel fort avec les autres titres. Ces respirations apportent de la profondeur et participent à l’aspect immersif de l’album.
Urne soigne également ses refrains. Certains s’imposent dès les premières écoutes, portés par une intensité constante et une écriture plus lisible. Le groupe semble ici assumer une approche plus accessible, en réduisant les longues envolées progressives au profit de structures plus immédiates, à l’instar de “Be Not Dismayed”, ouverture idéale pour l’album, dotée d’une puissance irrésistible et de riffs accrocheurs. L’énergie y est communicative, les ambiances changeantes, le refrain catchy à souhait. La performance vocale de Joe Nally est d’emblée plus affirmée que sur le précédent opus. Un choix qui rend l’album plus accrocheur, mais qui pourra aussi laisser sur leur faim les auditeurs séduits davantage par les développements plus aventureux du disque précédent.

Quelques morceaux flirtent en effet avec un metal moderne musclé, efficace mais peut-être un peu convenu. Le single “The Spirit, Alive” brille par son intro phénoménale, menée par la batterie galopante et le vrombissement des guitares. Le refrain épique et accrocheur apporte une dimension mélodique au morceau, les riffs s’envolent avant de décrocher plus brutalement, rappelant un peu Mastodon, et le « Alive » plutôt hardcore crié par Joe fera à coup sûr réagir plus d’un fan dans les pits.
Le groupe oscille sans doute, à ce point de sa carrière, entre affirmation de soi et influences très marquées. Quelques références à des mentors de la scène metal sont d’ailleurs assumées ici, parfois même légèrement trop appuyées, au point de frôler la citation. L’introduction impeccable et saccadée de "Towards the Harmony Hall", par exemple, évoque clairement Gojira – rappelons tout de même que Joe Duplantier a lui-même découvert le groupe et proposé de produire son précédent opus. De la même façon, les riffs Mastodon-esques se retrouvent évidemment sur “Harken The Waves” , pièce épique et progressive de neuf minutes, avec la participation au chant de Troy Sanders (Mastodon). Les deux timbres se mêlent et se confondent même, au beau milieu de variations de tempos et d’atmosphères.
La production, nettement plus claire et maîtrisée que sur l’album précédent, vient renforcer l’impact global. Grâce au travail de Justin Hill (production), Johann Meyer (mixage), et Tony Lindstrom (mastering), chaque instrument est lisible, bien en place, et contribue à cette impression de bloc sonore cohérent et puissant, comme sur le superbe “The Ancient Horizon” aux riffs massifs et à l’intro pachydermique. La basse de Joe est mise en avant, son chant clair traînant se révèle poignant, avant les attaques hardcore et les fulgurances de double pédale signée de l’infatigable James. C’est aussi une nouvelle démonstration de virtuosité de la part d'Angus, auteur de lignes lead et d’un solo inspiré. Une pépite marquante, au refrain étonnamment fédérateur, qui souffle le chaud et le froid et emprunte des chemins plus et torturés, rappelant un peu l’esprit du précédent opus, A Feast on Sorrow.
Au final, Urne livre un album dense, énergique et sincère, qui privilégie l’efficacité sans renier sa richesse. Un disque qui confirme le potentiel du groupe, tout en laissant planer une question : celle de la prochaine étape. Dans tous les cas, il n’y aura pas longtemps à attendre pour que la flamme soit ravivée entre les Anglais et leurs fans français à l’occasion de leur tournée imminente, de passage à Paris le 21 février et à Lyon le lendemain.
Tracklist :
Be Not Dismayed
Weeping To The World
The Spirit, Alive
Setting Fire To The Sky
The Ancient Horizon
Towards The Harmony Hall
Harken The Waves (feat. Troy Sanders)
Breathe (Feat. Jo Quail)
Nocturnal Forms (bonus track)
Setting Fire to the Sky, le nouvel album de Urne, sort le vendredi 30 janvier 2026 via Spinefarm Records.



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