Devin Townsend – The Moth

Si vous êtes fans de Devin Townsend, le titre The Moth ne vous est pas inconnu. En effet, le Canadien avait déjà présenté cette composition en live en 2025 avec une centaine d'intervenants. Le multri-instrumentiste a passé plus de dix ans à peaufiner cette pièce qu'il considère comme l'œuvre de sa vie. Alors, que penser d'un tel mastodonte, tenant sur deux albums, au sein d'une discographie aussi fournie que variée ?

Devin Townsend, prog metal, The Moth, Inside Out, Tom Hawkins

The Moth aurait dû s'appeler The Mastodon car sur le papier, on parle de 24 titres, plus d'une heure trente de musique et de paroles complexes sur l'acceptation de soi. On connaît le côté extrême de Devin Townsend, notamment avec son projet Strapping Young Lad, donc cela ne nous surprend pas. Mais il est vrai que cet album est particulièrement impressionnant et lourd à digérer. Son public est habitué aux expérimentations diverses et à l'hyperactivité de Devin, mais cela transparaît très clairement - et même trop - dans cet opus.

Premier constat : l'absence quasi totale de morceaux qui pourraient représenter un single. Le disque oscille entre titres assez longs qui partent dans tous les sens et petits interludes d'une minute. Pas étonnant donc que le dernier clip vidéo "Prepare for War/The Big Snit" soit un mix de deux titres. Il faut s'armer de patience et d'une bonne dose de courage en appuyant sur play pour la première fois, et bien avoir en tête que cette œuvre lorgne plus du côté de l'opera rock dans toute sa démesure.

Opéra tout d'abord dans la structure et le côté très lyrique du chant du Canadien. Il semble parfois avoir emprunté une construction et des accords à la musique classique voire aux musicals de Broadway. Encore une fois, cela ne dérange pas, car tout fan de Devin sait qu'il est capable de passer du metal le plus extrême à la musique méditative en passant par le folk.

Dans cet univers lyrique, l'orchestre surplombe absolument tout, à un point qu'on peut se demander si la version normale n'est pas la version "orchestrale" disponible dans certaines éditions. Après vérification, on nous a bien fourni ce qui sera sur le CD officiel. Cette impression de bande originale atteint son paroxysme sur "A Life in Review" qui lorgne plus du côté de la musique concrète de Pierre Schaeffer avec un copié-collé de sons qui pourraient se retrouver dans la vie quotidienne.

Une musique cinématographique et du réel, voilà comment il faut aborder The Moth. Il sera bien difficile de se poser et de digérer l’œuvre en entier tant chaque morceau contient plusieurs tiroirs. Un pavé, voilà comment résumer les 24 titres, notamment dans les ambiances Wagnériennes grandiloquentes qui côtoient les ambiances atmosphériques qui pourraient s'entendre dans un planétarium.

Les rares points d'accroche se trouvent notamment dans le morceau"Orion", qui certes déconcerte avec ses bruitages de pets et de poulet, mais qui possède une structure plus rassurante. La voix d'Anneke Van Giesbergen sert aussi de point de repère. En effet, la Néerlandaise est une habituée des disques de Devin Townsend (notamment au sein du Devin Townsend Project) et apporte cette douceur bien nécessaire pour calmer tout cela.

Autre point extrêmement positif : le mixage sublime. L'ingé son a probablement eu fort à faire, tant le nombre de pistes doit être immense. D'autant plus qu'un titre de deux minutes peut passer d'une ambiance de film de super héros à des growls bien heavy. Le génie de Devin dans tout ce bazar a été de garder tout de même une certaine cohérence, et même si le concept semble assez obscur, tout comme les paroles, on sent bien que, tel un papillon de nuit, le narrateur entreprend une sorte de métamorphose - comme sur le morceau éponyme "Metamorphosis". Le Canadien a toujours été un excellent conteur d'histoires, et même avec quelque chose de plus métaphorique, il donne à sentir toute sa douleur, comme s'il perçait sa chrysalide pour mieux renaître.

Néanmoins, l’œuvre en elle-même aurait mérité d'être un peu plus concise. Comment ne pas tiquer lorsqu'un morceau intitulé "Intermission" (entracte, en anglais) dure plus longtemps que certains titres ? Quel intérêt apporte l'instrumentale "We Don't Deserve Dogs" dans un opus déjà très très orchestral ? Avec un travail de structuration, quelques titres plus accessibles, l'album aurait été plus cohérent. Alors bien sûr, Devin impressionne toujours : après tout, il a appris à composer pour un orchestre afin de créer cette œuvre, et les orchestrations sont sublimes. On comprend le propos et cette envie de poser en musique tous les contrastes de sa vie mais malheureusement, il faut vraiment avoir un éclairage très précis pour intégrer l'œuvre. Ainsi, on sort des écoutes de The Moth en ne retenant pas une mélodie ou un titre en particulier, mais en appréciant la prise de risque et le travail colossal.

The Moth n'est donc pas pour tout le monde et nécessite déjà une énorme ouverture d'esprit voire, peut-être, de l'entraînement. Il n'est pas l'album le moins accessible de Devin Townsend, car l'artiste s'est déjà essayé à tout en passant par la musique plus méditative. Mais il est vrai que pour les fans des morceaux plus structurés, la pilule est plus difficile à digérer.

Cet opus reste tout de même intéressant pour la découverte, et nul doute que pour l'apprécier, il faut y revenir plusieurs fois. C'est en connaissance de cause que Devin Townsend, plutôt que de proposer une tournée focalisée sur cet album, a décidé de partir en solo pour revisiter toute sa discographie.

Tracklist : 

01. Semi-prologue
02. War Beyond Words
03. The Moth
04. Ode To My Eye
05. Enter The City
06. Covered By Causes
07. Lexin
08. Runaways
09. A Proxy For God
10. The Mothers
11. Orion
12. Stay There
13. Home At Night
14. Intermission
15. Lexin Returns
16. The Clergy
17. Prepare For War
18. The Big Snit
19. Silver Princess
20. A Life in Review
21. Metamorphosis
22. Stained Hearts
23. Let Go
24. We Don’t Deserve Dogs

Devin Townsend, prog metal, The Moth, Inside Out

L'album The Moth sort le 29 mai sur le label Inside Out Music et est déjà disponible à la précommande ici.

Crédits photos : DR Tom Hawkins

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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